Né en 1909 à Zamosc (Pologne sous occupation russe) ; couturier, tailleur ; militant syndicaliste et communiste en Pologne jusqu’en 1929 ; syndicaliste de l’habillement, militant communiste et dans diverses organisations internationales à Paris (1929-1933), en URSS (1933-1958, dont 10 ans de camp), Pologne (1958-1960), puis Paris.

Fils d’un employé chez un marchand de poissons et d’une livreuse de pain, tous les deux religieux, Moshé Zalcman était adolescent lorsque sa région natale, la Galicie, fut plongée dans la guerre, les pillages, les persécutions et les pogromes. Il rencontra les militants du Bund (Der Algemayner yidisher arbeter bund in Litè, Poyln un Russland : Union générale des travailleurs juifs de Lituanie, de Pologne et Russie) qui avec ceux du Parti socialiste polonais (PPS), créèrent des groupes d’autodéfense. Le 1er mai 1919, Moshé Zalcman participa à sa première manifestation. En 1920, lors de l’offensive de l’Armée rouge en Pologne et les pillages commis par la cavalerie rouge à Zamosc, il échappa à la mort.
Devenu militant du Combund, fraction du Bund favorable à l’adhésion à la IIIe Internationale, il rapprocha du Parti communiste bientôt interdit. Il fut membre d’un cercle de sympathisant des Jeunesses communistes en 1922, qui devint un cercle d’étude. En 1924, il était membre de la JC, dans la cadre du rayon de Lublin. Il fut secrétaire de cellule, membre du comité de ville et responsable pour le travail syndical en 1925.
Travaillant dans la couture, il fut chargé d’animer les groupes syndicaux de jeunes et s’occupa de la centraliser leurs activités. Il fut à l’origine de la création d’une chorale, d’un groupe d’art dramatique et d’un club sportif. En 1925, lors des élections municipales qui virent la victoire d’une coalition PPS-Bund-PCP, il se présenta sur une liste formée au nom des syndicats. Après sa prise de parole du 1er Mai, menacé d’arrestation, Moshé Zalcman se cacha pendant un mois puis gagna Varsovie avec l’accord des organisations auxquelles il appartenait.
Dans la capitale, il adhéra au syndicat de la Couture et devint membre de son comité exécutif. Parallèlement, il devint l’un des dirigeants des Jeunesses communistes et, lors des débats qui eurent lieu entre la direction des JC et celle du PC, à propos de l’attitude adoptée envers le maréchal Pilsudski, il se rangea dans le groupe des opposants à la direction. Plusieurs fois interpellé et emprisonné, il fut arrêté en juin 1929 et, prévenu libre, ne se présenta pas à son procès au cours duquel il fut condamné à cinq ans de prison par contumace. Le Parti communiste décida alors de l’envoyer à Dantzig puis en France, en raison de sa santé défaillante.
Arrivé à Paris, Moshé Zalcman trouva un emploi de tailleur, contacta la Ligue culturelle juive, adhéra au syndicat de la Confection, à la Main-d’œuvre immigrée ainsi qu’au Yask (Yddishe Arbeter Sport Kloub). Expulsé en Belgique, puis de Belgique au Luxembourg, il rentra aussitôt en France et constitua la section juive du Secours rouge international. Participant aux campagnes pour la libération des prisonniers politiques en Pologne, il devint responsable de la section juive auprès du Comité central du Secours rouge sous le pseudonyme d’Artek. Arrêté à nouveau et expulsé en Belgique, il revint en France et fut affecté à la même cellule que Maurice Thorez* dans le XVIIIe arr. En juillet 1933, le PC décida de l’envoyer en Russie.
Muni d’un faux passeport, il partit fin septembre 1933, traversant l’Allemagne puis la Pologne. A son arrivée, il retrouva sa sœur militante réfugiée en URSS après avoir fait trois ans de prison en Pologne et une grève de la faim. Il fut frappé par la pauvreté, les bas salaires du prolétariat soviétique mais plus encore par l’atmosphère de suspicion et la peur qui régnaient. Il constata le décalage entre les déclarations de Marcel Cachin*, André Marty* faites en France sur la condition ouvrière en URSS et la réalité vécue à laquelle ces responsables du PC demeuraient étrangers. Il dut abandonner son passeport français. Participant à une société des natifs de Zamosc, il fréquenta alors beaucoup de communistes polonais qui devaient être exécutés dans les années 1937-1938.
Parti travailler à Kiev (Ukraine), Moshé Zalcman fut embauché dans une usine textile, où il put s’apercevoir de la pléthore d’employés, de chefs d’équipe, de contremaîtres et de fonctionnaires du parti. Il y devint responsable de la section du Secours rouge puis fut admis, en juillet 1937, au PCUS. Il fut rejoint par sa femme et son fils né fin 1936. Membre du Comité d’aide au Birobidjan, la république juive autonome, il fut arrêté le 25 août 1937 et subit des tortures psychiques (un simulacre d’exécution) et physiques. Condamné à dix ans de camp le 14 novembre 1937 pour espionnage, il fut envoyé à Karaganda (Kazakhstan) puis, après un long périple, au camp de la Vorkouta dans la région polaire. Grâce à son métier de tailleur, il réussit à survivre. Libéré en août 1947, il fut assigné à résidence à Tbilissi (Caucase) où sa femme put le rejoindre. Il quitta l’URSS pour Varsovie au moment de la déstalinisation puis gagna Paris en 1960.
Écrits d’abord en yiddish, les souvenirs de Moshé Zalcman furent traduits et publiés en français en 1977.

ŒUVRE : Ouvrage cité. — Le Grand changement dans la vie juive à Paris (de la guerre des six jours à 1980), Tel Aviv, 1982. — Joseph Epstein, alias colonel Gilles, Quimperlé, La Digitale, 1984. — Bela Szpiro, militante socialiste du Bund à Lublin (1890-1944), idem, 1988.
SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 232, autobiographie du 8 mai 1933. — M. Zalcman, Histoire véridique de Moshé, ouvrier juif et communiste au temps de Staline, Encres, 1977. — Nat Lilenstein, Les Révolutionnaires du Yiddishland (film), Kuiv production et Antenne 2, 1983.

SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 232, autobiographie du 8 mai 1933. — M. Zalcman, Histoire véridique de Moshé, ouvrier juif et communiste au temps de Staline, Encres, 1977. — Nat Lilenstein, Les Révolutionnaires du Yiddishland (film), Kuiv production et Antenne 2, 1983.

Bibliographie : Claude Pennetier et Bernard Pudal (sd), Autobiographies, autocritiques, aveux dans le monde communiste, Belin, 2002. — Claude Pennetier et Bernard Pudal (sd), Le Sujet communiste. Identités militantes et laboratoires du "moi", Presse universitaires de Rennes, 2014. — Bernard Pudal, Claude Pennetier, Le Souffle d’octobre 1917. L’engagement des communistes français, Les éditions de l’Atelier, 2017 : le chapitre 8 lui est consacré.

ICONOGRAPHIE : Nat Lilenstein, Les Révolutionnaires du Yiddishland (film), Kuiv production et Antenne 2, 1983.

René Lemarquis, Jean-Louis Panné, Claude Pennetier

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