TARTAKOWSKY Roland, Salomon, dit Roland MICHEL

Par Claude Willard

Né le 30 novembre 1923 à Paris (XIIe arr.), mort en décembre 2015 ; riveur en maroquinerie, puis journaliste ; combattant de l’Union de la Jeunesse juive dans la Résistance ; journaliste à l’Humanité (1953-1999), responsable notamment du service des correspondants et rédacteur en chef de l’Almanach de l’Humanité.

Le père de Roland Tartakowsky, juif russe, quitta la Russie en 1912, après une série de pogroms ; apatride, il s’établit à Paris comme maroquinier ; sa mère, Mathilde, née Sabkovski, fut couturière et fourreuse ; Roland Tartakowsky accomplit ses études primaires dans le quartier de la Goutte-d’Or (XVIIIe arr.), dont le député était Marcel Cachin ; après son Certificat d’études, il entra à 13 ans comme apprenti chez un maroquinier et devint riveur en maroquinerie.
Ses parents (son père appartenait aux Amis de l’Union Soviétique), son milieu social, la Guerre d’Espagne enfin et surtout politisèrent Roland Tartakowsky. En 1937, il suivit des cours à l’Université ouvrière et participa à une manifestation des JC sur les boulevards contre le journal pro franquiste, Le Matin.

Son père s’étant engagé en 1939 dans l’armée française, Roland Tartakowsky, pour mieux subvenir aux besoins de sa famille, travailla durant la « drôle de guerre » à l’usine d’aviation Bruneton-Schmidt-Morin, quai des Grésillons à Asnières (Seine). Au retour de son père, il redevint maroquinier. Dès la fin d’août 1940, avec des JC de son quartier, il s’efforça de rendre inutilisables des véhicules de la Wehrmacht stationnés à Pigalle, en altérant leur carburant. Désireux de se battre, il tenta, avec un cousin, le 20 octobre 1941, d’aller en zone sud ; après un échec (qui leur valut deux semaines de prison), ils réussirent à passer la ligne de démarcation et gagnèrent Lyon.
A Lyon, Roland Tartakowsky travailla d’abord dans un atelier de maroquinerie, puis dans une fabrique de vin mousseux. Au début de 1942, il put établir un contact avec un militant de la MOI. Très vite, il devint l’un des responsables, avec Julien Zerman et Claudine Boushka (tous deux étudiants), du « triangle de direction » de l’Union de la Jeunesse juive (UJJ) de la région lyonnaise, puis ensuite le premier responsable. Il fit alors ses débuts de journaliste à la rédaction de l’organe clandestin de l’UJJ, Jeune Combat (avec Robert Bourstin, Jacques Kott et Julien Zerman). Au début de 1943, il participa à la création de groupes de combat de l’UJJ (s’emparant notamment de cartes de rationnement, ensuite distribuées sur les marchés de Villeurbanne). En même temps, il contribua à créer des « comités populaires » dans plusieurs usines (notamment chez Dell et Berliet).
A la fin de 1943, pour des raisons de sécurité, Roland Tartakowsky quitta Lyon et devint à Limoges responsable interrégional de l’UJJ de la région sud-ouest (Limoges, Toulouse, Périgueux...). Le 13 juin 1944, il fut arrêté, traîné au siège de la Milice, le « petit séminaire » (que dirigeait de Vaugelas) et appartint au « triangle de direction » de la prison. Emmené à la gare, le 10 août 1944, il parvint à s’échapper lors d’une alerte et gagna un maquis proche.

Après la Libération de Limoges, Roland Tartakowsky, intégré comme capitaine FTP, suivit l’école militaire de Magnac-Laval, puis celle de Saint-Maixent, d’où il sortit aspirant. Le 29 octobre 1945, il mit fin à son engagement pour la durée de la guerre et revint à Paris. Là, il se maria, le 25 juillet 1946, avec Sophie Lachminovitch (qui fut, dans la Résistance, agent technique de Charles Lederman, un des dirigeants de l’Union des Juifs pour la Résistance et l’entraide, UJRE). Le couple eut deux enfants : Danielle (16 octobre 1947), Pierre (30 août 1952). Roland Tartakowsky reprit son travail de maroquinier, militant au bureau de section de La Chapelle-Gouttte d’Or et, après son mariage, au secrétariat de section du XIIe Bel Air-Picpus.

Le 7 juillet 1946, Roland Tartakowsky devint journaliste à L’Union française d’information (UFI), agence de presse pour 17 quotidiens du PCF et du FN. Il devint responsable de la rubrique sociale, puis de politique intérieure. En juillet 1951, sur la recommandation de Marius Patinaud (député de la Loire et dirigeant l’UFI), il devint rédacteur en chef de Ce Soir en France (avec Jacques Mabille, Francis Crémieux, Lucien Barnier, Jean Lagadec), radio lancée par le PCF (avec l’appui de la radio tchèque) pour répliquer à la campagne menée par Jean-Paul David sur les ondes de Radio-France.

En janvier 1953, Roland Tartakowsky entra à l’Humanité. D’abord affecté à la rubrique Front du Travail (avec Nelly Feld, Georges Joseph, Jean Mérot, Octave Rabaté, son responsable), il dirigea en 1955 la « rubrique de la paix » (une page quotidienne du journal contre la bombe atomique). De 1957 à 1998, il réorganisa et dirigea le Service des correspondants de l’Humanité. De 1962 jusqu’à sa disparition en 1997, il fut rédacteur en chef de l’Almanach de l’Humanité, toujours sous le pseudonyme de Roland Michel.

En mai 1999, ayant constaté la disparition de fait du Service des correspondants et la suppression de l’Almanach de l’Humanité, non sans s’y être préalablement opposé, estimant qu’il n’avait plus rien à faire au journal, Roland Tartakowsky quitta l’Humanité.

Décédé en décembre 2015, ses obsèques eurent lieu le 24 décembre au crématorium du Père-Lachaise.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50088, notice TARTAKOWSKY Roland, Salomon, dit Roland MICHEL par Claude Willard, version mise en ligne le 5 mai 2009, dernière modification le 14 septembre 2016.

Par Claude Willard

SOURCES : Archives du CN du PCF. — Interview (novembre 1999). — Le Monde, 23 décembre 2015.

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