MAGNIADAS Jean, Yves, André

Par Claude Willard

Né le 17 septembre 1926 à Paris (Xe arr.) ; employé ; secrétaire de la Fédération des employés CGT (1956-1965) ; directeur du CCEES de la CGT (1968-1987) ; membre de la commission exécutive de la CGT (1972-1989) ; membre du Conseil économique et social (1968-1989) ; un des fondateurs de l’ISERES (1980), de l’IRES (1982) ; président de la fondation Espaces Marx (décembre 1995).

Le père de Jean Magniadas, agent commercial, penchait vers le radical-socialisme ; sa mère Delphine, née Broussal, sans profession, était une catholique non pratiquante, mais qui fit faire à son fils sa première communion.

Jean Magniadas, après des études primaires dans le XVIIIe arr., commença à suivre le cours complémentaire. Mais, en 1942, la firme (appartenant à un israélite) qui employait son père fut fermée ; après une période de chômage et de misère, ses parents s’installèrent comme concierges. Jean Magniadas dut abandonner ses études et entra comme employé (« grouillot ») à la succursale parisienne de la compagnie d’assurances Rhin et Moselle (intégrée depuis au groupe Allianz). Durant trois ans (1943-1946), il suivit, au Conservatoire des Arts et Métiers, les cours professionnels du soir de l’École polytechnique d’assurances. Diplômé, il fut, en 1948, promu rédacteur technique mais, peu après, détaché de ces fonctions pour accéder, avec le rang de chef-adjoint de service, au secrétariat général de l’École nationale des assurances.

Après la Libération, Jean Magniadas reconstitua, à Rhin et Moselle une section syndicale ; délégué syndical, il opérait aussi la liaison avec la chambre syndicale des employés de la région parisienne ; il adhéra par ailleurs à l’UJRF (fin 1946) et au PCF (décembre 1947). En 1949, il participa au bureau national des Jeunes syndiqués qui, sous la responsabilité d’André Tollet, anima l’action de la CGT en direction des jeunes. Il représenta la CGT au comité français de la Jeunesse démocratique et prit part au Festival mondial de Budapest (1949).

Ayant contracté la tuberculose, Jean Magniadas fut réformé (novembre 1949) et soigné dans un sanatorium en Allemagne (novembre 1949-avril 1950). Le 29 juillet 1950, il épousa Hélène Kvasnevski ; le couple eut deux enfants : Sylvie (19 février 1955) et Brigitte (4 novembre 1956). En avril 1950, Jean Magniadas fut élu membre du bureau de la Fédération des employés et en 1953 en devint secrétaire non permanent.

En avril 1950, son poste à l’École nationale des assurances étant supprimé en raison de ses activités militantes, Jean Magniadas redevint rédacteur technique à Rhin et Moselle, promu agent de maîtrise en 1958. Mais, cette même année, il fut détaché sans traitement de Rhin et Moselle pour devenir permanent syndical. Il devint alors, en remplacement de Jean Schaeffer* (élu secrétaire de la CGT), secrétaire de la Fédération des employés et cadres des assurances, du crédit, des organismes sociaux et du commerce, plus spécialement chargé des questions économiques, mais aussi des questions juridiques et de la jeunesse, Pierre Delon étant le secrétaire général.

À la suite d’une perforation de l’estomac due à un ulcère, en 1964, Jean Magniadas dut, sur conseil médical, renoncer à une activité aussi trépidante. Sur demande de Benoît Frachon, il travailla à plein temps au Centre confédéral d’études économiques et sociales (CCEES) de la CGT, dont il devint en 1968 le directeur. Il collabora, en même temps, à la section économique du comité central du PCF et participa au petit groupe qui, sous la direction d’Henri Jourdain*, prépara la Conférence internationale de Choisy-le-Roi (mai 1966). Il écrivit de nombreux articles économiques dans Le Peuple, Économie et Politique, et resta durablement membre de la section économique du PCF.

En 1968, Jean Magniadas remplaça André Barjonet au Conseil économique et social, siégeant à la section des problèmes économiques généraux et de la conjoncture (dont il fut vice-président en 1983), à la section de l’expansion économique extérieure, enfin à la commission spéciale du plan. Au Commissariat général du plan, il fut membre du comité à moyen terme sur l’emploi (sous la présidence de Jacques Delors), membre en 1971 de la commission de l’emploi du VIe plan et de la commission des relations extérieures du plan. Il fut, en 1979, élu membre et secrétaire du bureau du Conseil économique et social.

En mai 1968, Jean Magniadas collabora étroitement avec la délégation de la CGT qui négocia à Grenelle avec le gouvernement et le patronat. Dans ce cadre et sur mandat du bureau confédéral, il fut amené à rencontrer discrètement Jacques Chirac, alors secrétaire d’État à l’Emploi, qui siégeait à Grenelle aux côtés de Georges Pompidou, et, d’autre part, un représentant du président du CNPF. De 1972 à 1989, il siégea à la commission exécutive de la CGT. En 1982, il devint docteur en sciences économiques, après avoir soutenu, à l’Université de Grenoble, une thèse portant sur Les déterminants structurels des salaires depuis 1938 .

Jean Magniadas, sur proposition de la CGT, participa comme conseiller technique à plusieurs conférences internationales du Travail (OIT), à de nombreuses délégations confédérales à l’étranger et à plusieurs conférences syndicales internationales (notamment sur les sociétés multinationales et sur le développement). En 1980, Jean Magniadas fut l’un des fondateurs et dirigeant (jusqu’en 1998) de l’Institut syndical d’Études et de Recherches sociales (ISERES) de la CGT. En 1982, il fut un des négociateurs de la création de l’Institut de Recherches économiques et sociales (IRES), mis au service des différentes organisations syndicales, et son vice-président. Il présida l’IRES de juin 1995 à décembre 1997.

En 1989, à soixante-trois ans, Jean Magniadas décida de prendre sa retraite, se consacrant à l’ISERES et à l’IRES. Il devint aussi vice-président de l’Institut CGT d’histoire sociale et président, à sa création, en décembre 1995 d’Espaces Marx.

En 1999, il fut nommé membre du Conseil d’administration de l’Institut national d’Études démographiques (INED), après avoir siégé plusieurs années au conseil scientifique de cette institution et avoir été membre du Haut comité de la Population.

Chevalier de la Légion d’honneur en décembre 1982 (distinction attribuée sur proposition et remise par Jacques Delors) il fut promu officier, en juillet 1999, sur proposition de Lionel Jospin.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50086, notice MAGNIADAS Jean, Yves, André par Claude Willard, version mise en ligne le 5 mai 2009, dernière modification le 27 avril 2013.

Par Claude Willard

ŒUVRE : Outre de nombreux articles dans Le Peuple, Économie et politique, les Cahiers du communisme, La Pensée, etc., Jean Magniadas participa à la collaboration et à la co-direction de la revue Analyses et Documents et de la série d’études publiées par la CGT sous le titre « Études et documents économiques ». — Il collabora à l’élaboration et à l’analyse d’enquêtes sociologiques sur les militants de la CGT en formation syndicale (1973), sur les jeunes ouvriers (1974), sur les femmes à l’usine et au bureau. — Il fut l’auteur de deux ouvrages : Le syndicalisme de classes, Messidor, 1987. — Le Patronat, Messidor, 1991. — En collaboration, il écrivit : Variations autour de la régulation sociale, Presses de l’ENS, 199(?). — Regards sur les CE, VO Éditions, 1995. — La France ouvrière, Tome III, Éditions de l’Atelier, 1995. — La CGT 1895-1995, le Premier siècle, VO Éditions, 1995. — L’entreprise : lieu de nouveaux contrats, L’Harmattan, 1996. — La Bataille du temps, VO Éditions, 1996. — Images et mouvements du siècle, Tome II, France Progrès, 1998. — Les enjeux des migrations internationales au début du XXIe siècle, Note de la Fondation Gabriel Péri, septembre 2009.

SOURCES : Archives du comité national du PCF. — Pierre Delon, Les Employés, Éditions sociales, 1969. — René Mouriaux, La CGT, Le Seuil, 1982. — Interview (1999).