ORSINI Toussaint, Louis, Élie

Par Jacques Girault

Né le 18 juillet 1879 à Toulon (Var), mort le 10 mars 1952 à Toulon ; ouvrier chaudronnier sur fer ; militant syndicaliste ; militant communiste.

Fils d’un ouvrier d’origine corse à l’Arsenal maritime de Toulon et d’une coiffeuse, Toussaint Orsini fréquenta une école primaire de Toulon jusqu’à l’âge de 14 ans et commença à travailler comme « chauffeur de clous ». Il appartint dès 1906 au syndicat des Métaux et était en 1910 secrétaire général du syndicat des riveurs, chanfreineurs et perceurs des Forges et Chantiers de la Méditerranée à La Seyne. Il fut congédié deux fois (1910 et 1919). Toussaint Orsini travailla aussi aux chantiers navals de La Ciotat (où il s’était marié en avril 1906, puis il se sépara rapidement de sa femme) et de Bordeaux. Il fréquenta les milieux anarchistes toulonnais du groupe de la Jeunesse libre. Dirigeant du syndicat des Métaux, il anima la grève des ouvriers riveurs de la FCM en octobre-novembre 1910 et fut révoqué. Il entra alors à l’Arsenal maritime (atelier des bâtiments en fer) comme ouvrier auxiliaire et travailla au Mourillon. Membre du conseil d’administration du syndicat des travailleurs de la Marine, il devint, le 5 février 1913, secrétaire adjoint. Il était inscrit au Carnet B. Pendant la guerre il passa un certain temps au Maroc.

En 1916-1917, Toussaint Orsini participa aux actions pacifistes à l’Arsenal maritime puis quitta l’établissement militaire pour réintégrer les chantiers navals de La Seyne et devenir l’un des dirigeants du syndicat des métallurgistes (petits ateliers) en avril 1919. Lors du meeting du Premier Mai à la Bourse du Travail, il prit la parole au nom du syndicat dont il devint le secrétaire le 5 juin. La tension montait et le 10 juin, la grève commença et se termina le 28 juillet. Orsini en fut le principal animateur. Lors d’un meeting, le 17 juillet, il affirma : « Oui je suis bolcheviste. » Plus tard, le 15 novembre, il se présenta comme secrétaire de la section de La Seyne du Parti communiste animé par Raymond Péricat et protesta contre les ouvriers de l’Arsenal maritime qui se présentaient aux élections législatives sous l’étiquette communiste. Après l’échec du mouvement, le syndicat des constructions navales proposa le 3 août 1919 de s’adresser à Pierre Renaudel pour essayer de caser les révoqués. Privé d’emploi, Toussaint Orsini s’éleva contre cette idée, répétant « les syndicats ne doivent se rattacher à aucun parti politique ».
Dans le cadre de la préparation du congrès de l’Union des syndicats du Var, la question du remplacement du secrétaire général se posa. Une circulaire du syndicat international des ouvriers en constructions navales affirma qu’il fallait un « esprit révolutionnaire » comme Orsini. Le 8 février 1920, ce dernier fut désigné contre Marcellin Obviet avec 13, puis 22 voix sur 38 votants et devint secrétaire permanent doté de 510 francs par mois.

Dès lors, son centre d’activité devint Toulon. Tout en habitant avec sa famille à La Seyne, Orsini restait très souvent coucher dans un petit hôtel de la place Puget. Principal orateur du meeting du Premier Mai au Théâtre, il affirma la force de la CGT et lança un appel en faveur du régime soviétique. Dès que la vague de grève organisée par la CGT commença, Toussaint Orsini fut arrêté le 5 mai, et, avec Toussaint Flandrin et Hippolyte Nebout, fut inculpé « de complots contre la sûreté intérieure de l’État ». Emprisonné avec un régime politique, il fut libéré avec Flandrin, le 6 juillet, un non-lieu intervenant le 1er août.

Toussaint Orsini consacra alors son activité à la propagande minoritaire. Ainsi, le 29 août 1920, lors du congrès minoritaire régional à Marseille, il se montra d’accord avec Raymond Péricat pour préconiser la scission immédiate. Évoquant le futur congrès national, il affirma : « Nous, minoritaires, dirons qu’il faut que nous appartenions à l’Internationale de Moscou pour garantir notre mouvement révolutionnaire [...] » avant d’ajouter, « nous ne pouvons plus suivre la CGT avec ses méthodes. » Lors du congrès de la CGT à Orléans (29 septembre-2 octobre 1920), détenant les mandats de cinq syndicats varois, il interrompit Louis Jullien, des Bouches-du-Rhône, pour préciser que ce dernier ne s’exprimait pas au nom des minoritaires, incident significatif d’une tension extrême. Au retour du congrès, il intervint régulièrement dans la presse pour soutenir les thèses minoritaires contre le réformisme. Toussaint Orsini appela le 20 octobre à la formation immédiate d’un comité minoritaire. La presse, six jours plus tard, annonça sa démission du secrétariat de l’Union départementale « pour raisons personnelles ». Selon la police, ce retrait était dû à la mauvaise santé financière de l’organisation. Argument peu convaincant en raison des enjeux. La minorité syndicale hésitait sur la tactique à suivre. Il milita avec Toussaint Flandrin dans les Comités syndicaliste révolutionnaires, mais sa position tranchée se heurtait à l’attitude de Toussaint Flandrin, plus soucieux de faire évoluer la CGT de l’intérieur. Orsini se libérait ainsi des responsabilités et décidait de couper les ponts avec « les tendances majoritaires » qui, comme il le nota plus tard, « mettaient à l’épreuve l’unité du syndicat ».
Dès lors, Toussaint Orsini mena son action dans plusieurs directions : propagande au sein du comité pour l’amnistie intégrale, essai d’organisation autonome dans la coopérative de production lancée par le secrétaire de la Bourse du Travail de La Seyne, Ernest Sabattini, poursuite de l’action pour une organisation syndicale indépendante par le biais du syndicat des Métaux de La Seyne. Dès l’assemblée générale de l’Union départementale le 19 janvier 1921, il préconisait la formation d’une CGTU, demandait la convocation d’un congrès national et acceptait une neutralité d’un mois.

Dans son autobiographie de 1934, Toussaint Orsini déclarait avoir été membre du Comité de la IIIe Internationale. Aussi se rallia-t-il très tôt au nouveau parti communiste issu de la scission de Tours, formant dans les mois qui suivirent la section communiste de La Seyne, associant aux militants déjà communistes, des socialistes partisans du Comité de la IIIe Internationale, minoritaires dans ce bastion ouvrier. Membre du premier comité fédéral communiste et du comité de rédaction du futur journal, Le Var ouvrier et paysan, il participa aux premières actions, et notamment aux campagnes pour l’amnistie qui marquèrent fortement les débuts du communisme dans le Var. Il se sépara avec éclat de ses anciens amis anarchistes du Comité pour l’amnistie intégrale dont il démissionna le 7 novembre 1922. Outre les arguments politiques, une nouvelle fois apparurent des reproches qui ne cessèrent de l’accabler pendant toute sa vie militante. Il profiterait de la liberté imposée par la vie militante pour étaler son refus du travail et son goût immodéré pour la vie facile. Pourtant, il semble bien qu’Orsini ait mené une vie austère comme de nombreux révolutionnaires, mangeant peu, trouvant difficilement de l’embauche en dépit de ses qualités professionnelles reconnues.

Vers 1923, Toussaint Orsini devint concierge de la Bourse du Travail de La Seyne. Membre des commissions exécutives de l’Union locale et secrétaire adjoint de l’Union départementale CGTU, il participa aux discussions pour la création d’une XVIe région centrée sur Marseille. Il soutint la position de Toussaint Flandrin concernant la nécessité d’un secrétaire permanent non inféodé à un parti politique. Selon la police, en octobre 1924, il aurait pu être ce secrétaire ; rien ne se fit. Secrétaire de la section du Secours rouge international, Toussaint Orsini refusa de poursuivre le soutien aux candidats d’amnistie pour le conseil général dans le canton d’Hyères puisqu’il fallait établir des relations avec d’autres forces politiques. Il s’opposa à tout front unique qui risquait de conduire à un accord avec les réformistes. Il refusa de figurer parmi les candidats communistes aux élections législatives de 1924, préconisant la présentation d’emprisonnés. Le Cartel des gauches arrivé au pouvoir, il dut, comme les révoqués de 1920, postuler à un emploi à l’Arsenal maritime. Il signa une lettre ouverte à Pierre Renaudel et à Edouard Herriot indiquant son refus d’acquitter ses impôts puisqu’il était « interdit de travail dans les établissements de l’État » (l’Humanité, 20 novembre 1924). Dans toutes les questions débattues, il était en conflit avec les dirigeants de l’Arsenal maritime, dont Paul Viort. Aussi, abandonna-t-il toute responsabilité dans le Parti communiste à la fin de 1924, conservant son poste de secrétaire adjoint de l’UD-CGTU. Dans son autobiographie écrite en 1934, il affirmait avoir été, en 1924, délégué à la propagande dans le département de l’Oise.Il dut aller travailler à Marseille puisqu’il fut délégué au congrès de la CGTU à Paris (26-31 août 1925) par le syndicat des Métaux de cette ville. Son intervention, le 27, porta sur la stratégie des grèves.

Toussaint Orsini revint définitivement à Toulon après sa désignation comme concierge de la Bourse du Travail, le 4 mars 1926, avec un salaire de 3 000 francs par mois. Dès lors, la surveillance de la Bourse redoubla et de nombreuses perquisitions montrèrent son rôle dans les réunions d’origine communiste. La rivalité d’Orsini avec Paul Viort ne s’estompant pourtant pas, ce dernier parvint même à le faire exclure du Parti communiste dans l’été 1926, alors qu’il était le secrétaire de la cellule n° 2 de Toulon.`

En juin 1934, Toussaint Orsini relatait ainsi son conflit avec Paul Viort et l’interruption de son activité politique pendant trois années. Il indiquait alors qu’un conflit existait « entre la fraction d’un nommé Viort » et quelques militants syndicaux et politiques dont il faisait partie « pour je ne sais quelle position des dirigeants du Parti de l’époque » (il citait Roger Duisabou et Roques...) qui « éternisaient les débats qui devaient amener une scission ». Au congrès régional tenu à Beaucaire en 1926, Toussaint Flandrin fut exclu pour un an et on « écarta Orsini "parce que ne pouvant prendre une décision d’exclusion du parti... pour un temps indéterminé". Pendant cette interruption des responsabilités dans le PC il se limita au SRI et au syndicalisme. « Ma position fut toujours celle déterminée par l’Exécutif de l’Internationale » affirmait Orsini.

Toussaint Orsini exerça de constantes responsabilités : secrétaire adjoint de l’Union locale unitaire de Toulon, membre de la commission exécutive et secrétaire adjoint de la IXe Union régionale unitaire, orateur lors de l’affaire Sacco-Vanzetti, intérim du secrétaire régional Léon Pothier pendant le congrès de l’Internationale syndicale rouge à Moscou. Toutefois, il fut mêlé aux nombreuses difficultés que la IXe Union régionale connut en 1929 qui conduisirent à sa démission en mars 1929. En raison de ses difficultés, Orsini fut contacté par Louis Sellier lors de la formation du Parti ouvrier et paysan, en février 1930.

Officiellement réintégré dans le Parti communiste, en mars 1931, Toussaint Orsini apparut à nouveau comme l’un des piliers de l’organisation communiste amoindrie. Membre du comité et du bureau du rayon communiste, présenté comme candidat communiste au conseil général dans le canton de Besse, en octobre, il obtint 170 voix sur 1 777 inscrits et se retira à l’issue du premier tour. Il fit partie du secrétariat collectif du rayon, issu de congrès de Carnoules (15 mai 1932), avec Victor Etienne et Libert (voir Firmin Bouvier), pendant la période où la crise s’accentua. À partir de 1933, Toussaint Orsini se retrouva en permanence dans les luttes. Il intervint fréquemment dans des réunions au titre du Secours rouge international, dont il était devenu le responsable départemental en 1931. Le 7 février 1934, il participa à la réorganisation de l’Union locale CGTU et lors de la grève du 12, se montra fort actif dans les piquets de grève à la porte de l’Arsenal maritime. Lors de la manifestation contre Ibarnegaray, le 25 mars, il fut « sérieusement contusionné » dans les heurts avec le service d’ordre. Le 20 juin 1934, il signa, au nom du Parti communiste, avec Toussaint Flandrin et Jean-Baptiste Bartolini, l’accord avec la section socialiste SFIO de Toulon pour des actions communes. Désigné comme candidat communiste au conseil général dans le canton de Solliès-Pont, il fut remplacé en octobre.

Certaines pièces dans son dossier au RGASPI (non datées mais sans doute de 1934) constituaient des explications pour cette décision. La commission des cadres le jugeait « esprit brouillon, profondément teinté d’anarcho-syndicalisme. Utiliser avec prudence. Ne devrait pas être candidat aux élections quelles qu’elles soient. » (A1) Par ailleurs une résolution relevait à son encontre certains griefs et rappelait d’autres « affaires » : Orsini aurait toléré, sinon aidé, la provocation d’Alphonse Izard, qui avait « tiré des journaux anti » à la Bourse du Travail, et mené campagne contre l’exclusion de celui-ci (annoncée en novembre 1931 !). Il aurait aussi défendu Joseph Lambert qui, après son exclusion du SOI, avait été félicité et accueilli au SRI et se serait opposé à la demande de Charles Nédelec de le chasser des organisations ouvrières. Le Bureau régional, reprenant ces critiques, décida un rappel à l’ordre de tout le comité de rayon pour négligence et le retrait de Toussaint Orsini du bureau et du comité de rayon, assorti d’un blâme. Il devait être affecté à « un travail de base avec surveillance de tous ses actes ». Lors des campagnes électorales communistes à Toulon, il fit partie des comités de soutien et prit souvent la parole, se présentant le plus souvent au nom du Secours rouge international, dont il fut élu secrétaire administratif, lors du congrès départemental du 9 février 1936.

Membre de la commission exécutive de l’Union locale CGT, le 23 avril 1938, membre du comité départemental désigné par l’Union départementale pour organiser la solidarité avec les sanctionnés à la suite de la grève du 30 novembre 1938, Toussaint Orsini vit son poste de concierge de la Bourse du Travail supprimé par la municipalité de Toulon en septembre 1939. Le 6 octobre 1939, l’Union locale CGT lui attribua une indemnité de 2 000 francs. Poursuivi pour outrages à l’armée, il fut condamné, le 16 janvier 1940, par le tribunal militaire de Marseille à 18 mois de prison pour coups et blessures. Un rapport de police du 25 mai 1941 nota qu’il n’était pas interné.

Quand se reconstitua clandestinement, à la mi-juin 1944, l’Union locale CGT, Toussaint Orsini figura parmi les responsables. Il signa l’appel de la commission exécutive de l’Union locale paru dans Le Var libre, le 29 août 1944. Il fut réélu secrétaire adjoint de l’UL lors du congrès du 25 mars 1945.

Toussaint Orsini, qui s’était remarié en septembre 1948 à Toulon, se suicida, le 10 mars 1952, après avoir réglé ses cotisations politiques et syndicales.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50082, notice ORSINI Toussaint, Louis, Élie par Jacques Girault, version mise en ligne le 4 mai 2009, dernière modification le 5 juin 2019.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat. F7/12975, 12976, 13021, 13090, 13107, 13164, 13165. — Arch. Dép. Var, 2 M 5 280, 4 M 41 4, 46, 47, 49 4 2, 3, 52, 53, 54, 55, 56 4, 7, 59 2, 4 1, 3, 3 Z 2 5, 6, 9, 10, 4 12, 21, 23, 24, 28, 29, 30. — RGASPI : 495.270.1607. Autobiographie du 10 juin 1934. Notes de la région du PC (consultée par Claude Pennetier). — Bibliothèque marxiste de Paris, microfilm n° 186. — Arch. privées Julien Sauli. — Notes de Jean-Marie Guillon, de René Lemarquis, de Jean Masse.

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