MATHIEU Marcel, André. Pseudonyme à Moscou : MARTIN André

Par René Lemarquis

Né le 27 juillet 1900 à Troyes (Aube), mort le 1er novembre 1984 à Troyes ; ouvrier du Textile ; membre du comité régional communiste ; secrétaire du syndicat unitaire du Textile ; élève de l’École léniniste internationale (ELI) de Moscou en 1932-1934 ; secrétaire de l’UD-CGT de l’Aube (1936-1939) ; rédacteur en chef de l’Aube libre à la Libération.

Marcel Mathieu était le fils d’un ouvrier bonnetier qui eut cinq enfants. Après avoir été un certain temps contremaître dans une usine de Troyes en 1918 ce dernier quitta cette profession en 1923 pour devenir cafetier avec son gendre. Marcel suivit l’école primaire jusqu’à l’âge de treize ans, obtint son certificat d’études primaires et commença à travailler dans la bonneterie jusqu’au service militaire qu’il effectua en 1921-1923 comme 2e classe au 172e RI où il participa à l’occupation de la Rhénanie à Kaiserslautern. Marié en 1923, veuf en 1929, il eut ensuite pour compagne Rosa Bernot. Après avoir repris son travail, il fut quelque temps en 1932 permanent à la Fédération des locataires puis fut élève à l’ÉLI jusqu’en 1934. En 1936 il devint permanent syndical.

Marcel Mathieu adhéra dès 1919 au syndicat CGT du Textile qu’il suivit à la CGTU et participa en 1917 et 1925 à des grèves pour l’augmentation des salaires. Lecteur de l’Humanité il entra au Parti communiste le 1er août 1925 à la suite des élections municipales à Sainte-Savine. Il avait été contacté comme abonné à l’Humanité et était bien connu d’Alfred Charles au syndicat unitaire du Textile. Il se consacra d’abord au travail syndical et à la Fédération des locataires de l’Aube-Haute-Marne. En 1927, ouvrier à l’usine Gillier, il organisa la section syndicale qui passa de 35 à 250 membres (3 000 ouvriers) et une cellule de 50 membres après une réunion assurée par Célestin Philbois. Il quitta cette usine en 1929 et travailla dans diverses entreprises, souvent victime de la répression patronale. Il fut secrétaire de la 21e RU (dont il était membre de la CE) lors de l’emprisonnement de Marcel Cuny du 2 août à novembre 1929 et y connut quelques difficultés avec Marcel Guenerie. Adrien Gennevois lui succéda en 1930.

Dans le PC, Marcel Mathieu fut à la fois adhérent à la cellule locale de Sainte-Savine (dont il était secrétaire), qui périclitait et à diverses cellules d’entreprises. Lors de l’affaire René Plard il se prononça d’abord contre la direction nationale et fut, en 1930, dans la délégation de six membres qui accompagna celui-ci à Paris. Il fut désigné par Maurice Thorez pour rédiger, avec « Sylvan », (Sylvan Péronnet) et Edmond Marchand , la résolution. Mais il fut d’accord avec le parti après la venue de [Pierre Semard->8625] dans un meeting à Troyes et approuva la mise à l’écart de l’organisation de René Plard à l’occasion des législatives de 1932. Après la conférence de Migennes du PC de cette année-là il devint membre du comité régional et de son bureau ainsi que secrétaire des fractions communistes. Il avait également en 1930 et 1932 participé au « travail anti » illégal. Il était actif à la Fédération des locataires dont il fut permanent au début de 1932 ; membre du comité directeur du SRI, du CE du SOI, des Amis de l’URSS et du Comité de lutte contre la guerre et le fascisme.

Le 16 janvier 1931, il devint gérant de La Dépêche de l’Aube et, en octobre, le PC le présenta aux élections cantonales à Troyes contre le socialiste Émile LoisyINS> : il obtint respectivement à chacun des deux tours 1 206 et 1 106 voix.
En juillet 1932, Marcel Mathieu (qui avait suivi une école régionale en 1928) fut envoyé à l’ÉLI (Ecole léniniste internationale de Moscou) où il arriva avec un passeport espagnol au nom d’Aznar Enrique Julio. Inscrit à l’École (« sous conditions ») en décembre, il prit le pseudonyme d’André Martin. Il y resta jusqu’en avril 1934. Il travailla à la construction du métro de Moscou lors de l’école.

À son retour d’URSS, Marcel Mathieu reprit quelque temps son métier de bonnetier et devint fin 1934 secrétaire du syndicat unitaire du Textile puis de l’UD-CGTU. Il resta secrétaire du syndicat du Textile réunifié et en devint permanent lors de l’afflux d’adhésions en 1936.
En 1936, Marcel Mathieu devint membre élu de la commission exécutive nationale de la Fédération du Textile CGT. En février 1936, il était redevenu gérant de La Dépêche de l’Aube et fut candidat communiste aux élections législatives d’avril où il obtint 890 voix dans la 4e circonscription de l’Aube ; il se désista au second tour pour le radical Robert. Il fut encore candidat aux élections cantonales du 9 octobre 1937 à Aix-en-Othe et rassembla 161 voix. Il joua un rôle actif dans le mouvement de juin 1936, participa aux occupations d’usine chez Jourdain et Devanlay-Recoing et signa les accords avec le patronat du Textile au nom de la CGT. Il représenta la Confédération au conseil d’administration des Assurances sociales de l’Aube.

De 1936 à 1939, Marcel Mathieu fut trésorier adjoint de l’UD-CGT. En 1936 et 1938, il fut délégué aux congrès nationaux de la CGT.
Dans le PC, il reconstitua en 1934 la cellule de Sainte-Savine et fut candidat aux élections cantonales dans le 3e canton de Troyes. Nommé en 1935 provisoirement secrétaire régional (suite à ce qu’il appelle « la défaillance du camarade Navoizat »), (voir Joseph Navoizat), il fut remplacé le 12 janvier 1936 par Pierre Parigaux mais resta au bureau régional. Il fut condamné à 1 000 Frs de dommages intérêts en tant que gérant de la Dépêche de l’Aube pour des articles parus début 1937 dans ce journal. La commission des cadres, rappelant sa position dans l’affaire Plard en 1930 et certaines omissions relatives à sa compagne Rosa Bernot l’avait classé B. (Rosa Bernot, an cien délégué unitaire et responsable des AUS dans l’Aube avait été arrêtée en 1923 et aurait selon Maurice Tréand dénoncé des camarades lors de son arrestation. En dépit de son exclusion du Parti prononcée en 1934, elle continuait à militer dans les organisations de masses).

En octobre 1939 les partisans de Léon Jouhaux l’exclurent. Résistant, il reprit ses responsabilités syndicales à la Libération et assura un certain temps la fonction de rédacteur en chef de L’Aube libre, organe du comité départemental de Libération. Il fut, en novembre 1945, membre du comité de patronage de la liste du PCF pour les élections à l’Assemblée constituante. L’année suivante, il fit partie du conseil national de la Fédération du Textile.
Son nom apparaît pour la dernière fois dans le comité fédéral communiste de l’Aube en 1953.

Marié en 1923 à Troyes, Marcel Mathieu se remaria en 1952 à Sainte-Savine (Aube).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50080, notice MATHIEU Marcel, André. Pseudonyme à Moscou : MARTIN André par René Lemarquis, version mise en ligne le 4 mai 2009, dernière modification le 28 novembre 2013.

Par René Lemarquis

SOURCES : RGASPI : 495.270.660 : Autobiographies : 29 septembre 1932 ; 25 décembre 1932 (questionnaire André Martin, même date) ; 16 juin 1937. — La Dépêche de l’Aube, 1930-1938, en particulier 7 mars 1936. — L’Aube ouvrière, 1936-1939. — L’Aube libre, 1944. — S. Courtois, La politique du PCF et ses aspects syndicaux, Thèse, op. cit. — État civil.

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