LANTI (pseudonyme de ADAM Eugène, Aristide, Alfred)

Par Nathalie Viet-Depaule

Né le 19 juillet 1879 à Néhou (Manche), mort le 17 janvier 1947 au Mexique ; ouvrier ébéniste ; militant libertaire puis communiste ; animateur du mouvement espérantiste ; « anationaliste ».

Fils d’un charpentier-sabotier et d’une originaire du Pays basque, tous deux très religieux et tous deux analphabètes, Eugène Adam fut un excellent élève fasciné par les voyages. Il apprit la menuiserie puis l’ébénisterie et, à Rouen, se spécialisa dans l’imitation des meubles anciens. Dans cette ville, les conférences de Sébastien Faure et la lecture de Han Ryner l’avaient gagné aux thèses libertaires.

Adam travailla un temps à Paris puis, pour se perfectionner, parcourut quelques grandes villes de province et revint dans la capitale en 1903. Il suivit des cours de dessin et, à trente ans, devint professeur d’école professionnelle. Il s’était marié en 1908, mais selon des témoignages, son mauvais caractère, son esprit de contradiction, son goût pour les « anti » (militarisme, clérical..) lui valut son pseudonyme L’anti puis Lanti. Cette union ne dura guère. Entre 1909 et la guerre, Adam s’affirma comme un autodidacte type, suivant des cours de langue, de sociologie, dévorant toute la littérature anarchiste. C’est en 1914 qu’il découvrit l’espéranto. Sa déception devant le ralliement d’anarchistes à la lutte contre le militarisme allemand contribua à son évolution vers le bolchevisme à partir de 1918 et à sa volonté de promouvoir une langue internationale. Mobilisé dans les services auxiliaires, il se perfectionna en espéranto avec l’aide d’un prêtre.

En 1919, il s’affirma un fervent adepte d’un communisme dont la langue internationale serait un des ciments. La publication de sa brochure Où en est la question de la langue internationale ? incita Lucien Bannier et Louis Glodeau à l’associer à la reconstitution de Liberiga Stelo, l’organisation espérantiste ouvrière. Adam accepta d’en diriger le journal, Le Travailleur espérantiste, qu’il transforma progressivement d’organe de propagande espérantiste en organe d’expression espérantiste qui prit le nom d’Esperantista Laboristo. Le journal devait mettre la langue internationale au service de la Révolution. Il le rappela en 1922 dans sa brochure For la neutralismo (À bas le neutralisme) où il demandait aux travailleurs espérantistes de s’organiser sur la base de la lutte des classes. Cette même année, un séjour de trois semaines en URSS le laissa déçu et, s’il garda jusqu’en 1928 sa carte du Parti communiste, il s’opposa à une tentative de contrôle de l’Internationale communiste sur son organisation en 1923, au congrès de Cassel. Il devint sous le nom de Lanti le théoricien de l’anationalisme. Liberiga Stelo prit le nom de Sennacieca Associo Tutmonda (Association Mondiale Anationale), connue sous le sigle de SAT. Ses membres, les SAT-anoj étaient invités « à s’accoutumer, à sentir, penser et agir hors de toute influence nationale ». En 1930, les Soviétiques toujours minoritaires firent scission : le SAT perdit un millier d’adhérents dont de nombreux intellectuels qui furent, en 1937, victimes des purges staliniennes.
Traducteur de Candide et de Zadig en espéranto (1929), auteur du Manifeste des anationalistes (1931), Lanti vivait avec une jeune Anglaise d’origine bourgeoise, Ellen Kate Limouzin, ancienne suffragette, militante communiste, qu’il avait connue en 1922. Elle lui proposa de venir habiter chez lui en 1925 pour l’aider au travail de l’association. En 1934, Lanti divorça et épousa Ellen Kate, mais, sa décision était prise, il vivait une vie aussi proche que possible de son idéal de citoyen du monde en voyageant. Son périple solitaire, qui ne prit fin qu’à sa mort, commença en 1936 par l’Espagne, le Portugal, puis le Japon (1937), l’Australie et la Nouvelle-Zélande (1938), l’Uruguay, l’Argentine, le Chili (1939) et en 1940 le Mexique. Atteint d’une tumeur au cerveau, il se suicida le 17 janvier 1947 après avoir fait connaître ses dernières volontés à ses amis parisiens. Depuis son départ, Lanti était resté en relation épistolaire avec Bannier, Glodeau, Barthelmess (secrétaire permanent) et Ellen Kate. Celle-ci revint en Angleterre en 1936 et elle y mourut en 1950.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50061, notice LANTI (pseudonyme de ADAM Eugène, Aristide, Alfred) par Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 3 mai 2009, dernière modification le 3 mai 2009.

Par Nathalie Viet-Depaule

ŒUVRE : La Langue internationale, ce que tout militant ouvrier doit connaître de la question, Fédération espérantiste ouvrière, 77 p., 1930.— Avec M. Yvon, Le socialisme se construit-il en Russie ?, Éd. Espéranto, 1935.

SOURCES : E. Borsboom, Vivo de Lanti, 270 p. — Souvenirs inédits de Lucien Laurat. — Renseignements fournis par R. Soudant.

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