FUMET Stanislas, Marie, Raphaël, Louis, Paul

Par Claire Toupin-Guyot

Né le 10 mai 1896 à Lescar (Basses-Pyrénées), mort le 1er septembre 1983 à Rozès (Gers) ; correcteur, essayiste, critique, directeur de collections, journaliste politique, homme de radio, écrivain ; directeur de Desclée de Brouwer (1933-1937) ; directeur de Temps présent (1937-1941) ; membre du Comité national des écrivains (1943-1956) ; résistant. 

Stanislas Fumet était le fils de Victor-Dynam Fumet, un compositeur musicien proche des milieux anarchiste et ésotérique, et de Marcelle Jury, d’origine protestante. Son enfance fut modelée par une ambiance musicale et pieuse car ses parents, tous deux convertis au catholicisme, étaient membres du Tiers-Ordre franciscain. Stanislas Fumet fut élève au collège oratorien de Juilly (Seine-et-Marne), là où son père était maître de chapelle. Il manifesta à partir de neuf ans un goût très vif pour la lecture mais aussi pour l’écriture. En 1907, sa famille emménagea à Paris et Stanislas Fumet rejoignit le collège oratorien Massillon, puis poursuivit ses études au lycée Charlemagne. Touché par la misère sociale qu’il côtoya dans le quartier familial, il puisa la conviction d’un droit à l’éducation pour le peuple et d’une nécessaire révolution culturelle. À l’âge de quatorze ans, il fonda une revue esthétique La Forge sous le patronage de Guillaume Apollinaire et mit fin à ses études, sans avoir passé le baccalauréat. Il fréquenta les milieux littéraire et artistique parisiens. Influencé par la pensée de Léon Bloy mais plus encore par celle de Charles Péguy qui « lui a fourni une doctrine », il renonça à une vocation poétique après la lecture de l’œuvre claudélienne. La Première Guerre mondiale pendant laquelle il resta à l’arrière, affecté au service auxiliaire dans le corps des infirmiers, constitua une expérience « moins de soldat que de catholique ».

À son retour à Paris, en 1919, il se maria avec Anne-Michèle Rosov, surnommée Aniouta, qui avait fui la Russie en 1905. Deux filles, Angèle et Agnès, naquirent du couple qui s’était installé rapidement au 15 rue Linné. Stanislas Fumet commença sa carrière comme correcteur au Journal officiel, puis devint chef-correcteur à L’Intransigeant tout en donnant quelques petits papiers sur des musiciens et des écrivains. Il se syndiqua le 13 avril 1931 et noua de nombreuses amitiés littéraires tout particulièrement avec Pierre Reverdy, Paul Claudel ou Max Jacob. Profondément catholique, il entra avec sa femme Aniouta dans le Tiers-Ordre franciscain et le domicile conjugal fut le lieu de nombreuses conversions. Il côtoya Jacques Maritain avec lequel il fonda la collection « Le Roseau d’or », chez Plon en 1925 et y déploya une importante activité éditoriale. Découvreur de talents, il n’eut de cesse de faire connaître des poètes et artistes connus comme inconnus. Il participa au renouveau de la littérature catholique, publia Georges Bernanos et Julien Green mais aussi de nombreux auteurs étrangers. Il joua particulièrement un rôle de passeur entre la France catholique et la Russie orthodoxe et s’intéressa à la révolution bolchevique. Il tenta, sans succès, de nouer des contacts avec Pierre Pascal et publia le premier ouvrage du Russe Nicolas Berdiaev, Un nouveau Moyen Âge. S. Fumet, avec sa femme juive convertie au catholicisme, contribua également à faire connaître le patrimoine spirituel judaïque par des publications et des contacts noués à Rome. En 1933, il quitta la maison Plon, appelé par Pierre van der Meer à prendre la direction française de la maison éditoriale belge Desclée de Brouwer. Il tenta d’élargir les collections à des ouvrages non religieux sans grand succès. Encore très peu connu en dehors des cercles confessionnels, même s’il avait été le signataire par trois fois de manifestes dénonçant le fascisme, le communisme et le bombardement de Guernica, il fut appelé à la direction du journal Temps présent, en 1937. Il occupa avec zèle son nouvel emploi devenant un « moraliste politique ». Dans ses articles comme dans les conférences qu’il donnait pour les groupes d’Amis de Temps présent, il défendit une Église des pauvres et appelait à « une purification du christianisme et au ravalement de façade trop souillée par le temporel de l’Église catholique ». Lui qui s’était toujours tenu éloigné de l’Action française - il prit position contre le projet de levée d’excommunication de Charles Maurras - ne se sentit guère plus proche des chrétiens de gauche.

C’est la défaite de 1940 qui scella son orientation politique en faisant de lui un « gaulliste absolu ». À la signature de l’armistice, il quitta Paris pour continuer la lutte « dans l’inconnaissance du lendemain ». Il trouva refuge à Lyon et, avec Louis Terrenoire, lança un nouveau journal Temps nouveau. Sous plusieurs pseudonymes, comme Synchrone ou Le Pavillon, il y dénonça le nazisme antihumain. Orateur hors pair, il stigmatisa les faiblesses des catholiques prompts à écouter « la voix cassée du vieux capitulard moraliste » et exerça une influence considérable dans les milieux intellectuels de la zone non occupée. Après la suppression du journal, en août 1941, Stanislas Fumet resta à Lyon et joua un rôle de médiateur entre différents réseaux de résistance et abrita des clandestins dans sa maison, Villa Kamaalot. Il soutint la création des Cahiers du Rhône, celle des Cahiers du Témoignage Chrétien et créa les Éditions du Livre français. Il y publia Aux trois couleurs de la Dame blessée. Il participa également à des réunions organisées par la Rencontre, substitut de l’École normale ouvrière régionale de la CFTC, pour informer les militants sociaux et syndicaux des dangers du nazisme et du maréchalisme. De retour à Paris, au cours de l’été 1943, il fut arrêté et interné à Fresnes, en septembre, par la police allemande. Il fut libéré, trois mois plus tard, grâce aux démarches habiles de sa seconde fille, Angèle. Haute figure de la résistance littéraire, il fut nommé vice-président du Comité national des écrivains et participa à la rénovation du PDP en contribuant à fonder le MRP, puis reprit la plume au sein de Temps présent, comme directeur littéraire. Mais il connut de nombreux différends avec la ligne progressiste du journal portée par le dominicain Pierre Boisselot. Lorsque Temps présent s’interrompit, en mai 1947, sa carrière d’écrivain politique se clôt. Il collabora à d’autres journaux comme À présent, Rassemblement, Liberté de l’esprit, ou encore Notre République, mais le journalisme devint une activité marginale et épisodique. L’année 1947 constitua une fracture irréparable et ouvrit à une longue traversée du désert. Il publia son essai La Ligne de vie commencé vingt ans plus tôt mais qui eut peu de résonance dans le milieu intellectuel français. Il rédigea divers articles de critique littéraire pour La Table ronde et participa largement aux activités du Centre catholique des intellectuels français mais son œuvre personnelle ne trouva pas les débouchés espérés. Sa carrière d’auteur dramatique fut un échec et plusieurs de ses initiatives éditoriales n’aboutirent pas. Sa revue Mains libres publia un seul numéro et la collection « Connaissances de l’homme » aux Éditions du Livre français dont le projet était de « refaire l’éducation des masses populaires » signé par plusieurs figures importantes du monde intellectuel comme Paul Éluard ou Louis Aragon échoua.

En 1956, il démissionna du Comité national des écrivains pour protester contre la répression soviétique en Hongrie. Son gaullisme intransigeant lui fit éloigner nombre d’amis, progressistes et démocrates-chrétiens. Il déploya son talent de portraitiste dans des critiques littéraires ou artistiques grâce à ses nouvelles activités d’homme de radio mais ne joua plus de rôle essentiel dans le paysage culturel français. Représentatif d’une génération d’intellectuels catholiques qui a été marquée par le réveil religieux de la fin du XIXe siècle et qui a rompu avec tout cléricalisme politique, il ne se retrouvait guère dans l’Église post-conciliaire même s’il salua le concile Vatican II et le dialogue œcuménique qui s’engageait. Il s’insurgea contre la disparition du grégorien et du latin dans la liturgie, vit, dans les années 1970, une débâcle spirituelle et culturelle mais se réjouit de l’accession au trône du pape Jean Paul II. Il entreprit le récit de ses grandes amitiés et de ses engagements politiques et culturels dans Histoire de Dieu dans ma vie. L’obtention du Grand prix de littérature catholique pour ce témoignage lui apporta, en 1978, une tardive consécration.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50059, notice FUMET Stanislas, Marie, Raphaël, Louis, Paul par Claire Toupin-Guyot, version mise en ligne le 2 mai 2009, dernière modification le 18 mars 2018.

Par Claire Toupin-Guyot

ŒUVRE CHOISIE : Notre Baudelaire, Plon, « Le Roseau d’Or », 1926. — Aux trois couleurs de la Dame blessée, Lyon, Éditions du Livre français, 1942. — La Ligne de vie, Éditions du Livre français, « Le Caillou blanc », 1947. — Le néant contesté. Devant une débâcle spirituelle, Fayard, « Points chauds », 1972. — Histoire de Dieu dans ma vie, souvenirs choisis, Fayard-Mame, 1978. — Dragées pour mon enterrement, Albatros, 1984. - Paul Claudel-Stanislas Fumet, Correspondance 1920-194, Histoire d’une amitié, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1997.

SOURCES : Arch. IISG carton 113. - L’Intransigeant. — Temps présent. — Temps nouveau. — La Table ronde. — Hommage à Stanislas Fumet (1896-1983), dans Espoir, Revue de l’Institut Charles de Gaulle, 52, septembre 1985. – Claire Toupin-Guyot, Les Intellectuels catholiques dans la société française. Le Centre catholique des intellectuels français, 1941-1976. Presses universitaires de Rennes, 2002. — Arch. Centre catholique des intellectuels français, IMEC.

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