LANGUMIER Adrien, Achille

Par Jean Maitron, Guillaume Bourgeois, Claude Pennetier, Jean-Charles Guillaume

Né le 3 janvier 1902 à Auxerre (Yonne), mort le 11 décembre 1990 à Saint-Amand-en-Puisaye (Nièvre) ; mécanicien ajusteur, permanent syndical puis journaliste ; secrétaire de l’Union départementale de l’Yonne, puis de la 22e Union régionale CGTU (1925), puis des syndicats unitaires de la Seine (1934) ; membre du Parti communiste depuis 1921, député communiste du XXe arrondissement de Paris (1936), démissionnaire (1940).

LANGUMIER Adrien, Achille
Né le 3 janvier 1902 à Auxerre (Yonne), mort le 11 décembre 1990 à Saint-Amand-en-Puisaye (Nièvre) ; mécanicien ajusteur, permanent syndical puis journaliste ; fondateur de la section auxerroise des Jeunesses Syndicalistes ; syndicaliste révolutionnaire militant à tendance bolchéviste ; secrétaire de l’Union départementale de l’Yonne, puis de la 22e Union régionale CGTU (1925), puis des syndicats unitaires de la Seine (1934) ; membre du Parti communiste à partir de 1921, député communiste du XXe arrondissement de Paris (1936), démissionnaire (1940).

Adrien Langumier naquit à Auxerre, mais sa famille vient de Saint-Amand-en-Puisaye, dans la Nièvre. Son grand-père paternel Louis Alexandre était ouvrier potier, puis chef cantonnier, et son grand-père maternel, scieur de long ; ses grands-oncles, maçons, charpentier, marchand de grains ; son oncle maternel, maçon. Son père, Charles (1864-1927), artisan sabotier, avait quitté sa commune natale avec sa femme et ses deux fils en bas âge, était venu s’installer vers 1900 à Auxerre dans le quartier de la Marine, était entré chez Guilliet comme raboteur le 19 septembre 1904, mais n’y était pas resté puisqu’il avait été recensé comme « manœuvre pour divers » en 1911. Sa mère, Eugénie Régnier, était femme de service et cuisinière au collège Paul Bert, tout à côté de la maison familiale. Les ressources de la famille étaient faibles. La viande n’était présente sur la table que le dimanche. Dans les conversations, les problèmes d’argent étaient évoqués : il fallait payer les intérêts des emprunts, rembourser les échéances, régler les fournisseurs de bois. Les clients achetaient à crédit et payaient parfois difficilement.
Le petit Adrien avait sucé « le lait du socialisme » dès son enfance. Un lointain cousin de Saint-Amand avait été déporté en Algérie en 1851 pour son opposition au coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte. Son grand-père avait été un vieux républicain qui ne parlait jamais de politique. Le père était un socialiste convaincu, militant de toujours du POF et secrétaire de la section socialiste SFIO d’Auxerre, abonné à L’Humanité et au Travailleur Socialiste de l’Yonne, avant de devenir communiste, animateur des CSR de l’Yonne et animateur du Comité de secours au peuple russe, à Auxerre, en 1922. Ce pacifiste et antimilitariste parlait souvent de l’Armée Nouvelle. Son frère Charles Langumier fut déserteur. Sa mère n’était pas en reste : elle fut également plus tard militante communiste. A la maison étaient reçus tous les leaders nationaux de la SFIO venus donner des conférences de propagande à Auxerre : Zéphyrin Camélinat, dont il aimait écouter les souvenirs, Jules Guesde, Edouard Vaillant, Gustave Hervé, Marcel Cachin… Adrien fut marqué par la lecture de Petit Pierre sera socialiste, de Compère-Morel, offert par Zélie Camélinat, fille de Zéphirin, grande amie de sa mère, et Le tour de France par deux enfants d’Augustine Fouillée (paru sous le pseudonyme de G. Bruno). Il était passionné par la Révolution française et fut récompensé par le prix Simon Boyer des écoles communales d’Auxerre décerné depuis 1880 à l’élève le plus fort en histoire contemporaine. Il obtint en juin 1914 son certificat d’études primaires. Boursier, il entra au collège en octobre. Il se fit embaucher chez Guilliet pendant l’été 1915 pour payer ses livres, cahiers et fournitures.

La guerre brisa tout. Son père abandonna son échoppe pour l’usine de munitions, et sa mère fit de même du 13 novembre 1916 au 6 avril 1918. Adrien découvrit dès 1915 Le Journal de Genève, parcourut les chroniques de Romain Rolland qui condamnaient la guerre et fut séduit par Zimmerwald. Il lut l’année suivante Le Feu d’Henri Barbusse, dont la première édition s’arrachait dans les librairies avec des parties entièrement "caviardées" par la censure. Il entendit parler de « scission », de discussions longues, de délibération à « huis clos », de « scènes regrettables ». Tout un discours se développa alors non seulement contre la « paix à tout prix », mais aussi contre la « paix boiteuse », contre la « paix prématurée », contre la « paix immédiate » qui favoriserait la « paix allemande ». La guerre « jusqu’au bout », jusqu’à la victoire devient le mot d’ordre.

La mort de son frère Eugène au Champ d’honneur en avril 1917 acheva de convaincre son père que l’Union sacrée était responsable de tout, que Gustave Hervé, Edouard Vaillant, Jules Guesde et Marcel Sembat étaient des « traîtres ». Il obtint en juin 1917 son brevet élémentaire, passa un second été chez Guilliet, refusa de devenir instituteur comme le lui conseillait sa mère « pour la sécurité de l’emploi » (il souffrait, en tant que boursier, du mépris de ses professeurs), entra en apprentissage chez un artisan serrurier où il apprit vraiment à travailler. Il décida de passer ses deux baccalauréats en se présentant comme candidat libre. Il bénéficia du soutien de Camille Dufour, professeur de philosophie au collège de Joigny, qui le conseilla dans ses lectures. Malgré son jeune âge, ses lettres témoignent d’une bonne maîtrise de la langue française et d’une grande maturité politique.

Adrien entra le 8 avril 1918 chez Guilliet comme apprenti ajusteur. Il fut frappé par le degré de politisation des affectés spéciaux venant des Ardennes, notamment - sans doute - par celui d’Edmond Loth. Il se lia d’amitié avec René Roulot, Albert Guichard et Louis Momon. Deux des frères aînés de Louis avait travaillé chez Guilliet, mais durant une courte période car ils n’avaient pas apprécié le travail d’usine : Léon (né en 1884), qualifié de « sujet exalté, réfractaire aux observations », embauché le 4 janvier 1911, avait quitté le 19 mars 1913 « sans donner de raisons » ; Jules (né en 1887), « peu fixé sur ce qu’il veut faire », embauché le 9 octobre 1911, était parti le 6 novembre 1912 « à la suite d’une opposition ».

Adrien découvrit vite ses qualités d’un meneur d’hommes et d’orateur. Il fonda à dix-sept ans, avec René Roulot une section des « Jeunesses syndicalistes » et en devint le président. Il apporta tous ses soins à la formation des adhérents et fit appel à divers militants socialistes et syndicalistes : Louis Picard venait parler de l’organisation et des luttes de la classe ouvrière ; Camille Dufour, directeur du Travailleur socialiste de l’Yonne, faisait chaque semaine des cours d’histoire du socialisme et du marxisme ; une troupe théâtrale donnait chaque dimanche dans les communes sympathisantes du département des représentations au cours desquelles un orateur intervenait à l’entracte en marge du spectacle pour exposer les problèmes politiques et sociaux ; René Lagrange rédigeait des revues humoristiques mettant en boîte le maire, le commissaire de police, les patrons…

Bientôt une soixantaine de « gamins », constatant que le mouvement ouvrier français avait perdu ses espérances, furent conduits à chercher ailleurs de nouvelles raisons de vivre. Et cet ailleurs ne pouvait être que la Russie. Ils s’opposèrent au réformisme de la CGT en intervenant dans les assemblées pour fustiger l’institution des délégués d’atelier ou ridiculiser le projet de retraite ouvrière baptisée « retraite des morts ». Ils furent scandalisés par l’acquittement le 29 mars 1919 de Raoul Villain (1885-1936), assassin de Jean Jaurès, par la cour d’assises de la Seine, venu avec ses parents habiter Auxerre. En avril, lorsqu’ils l’apprirent, ils rédigèrent un tract intitulé « Pas d’assassin chez nous » et appelèrent la population à manifester devant la villa de Villain. Ils réussirent à mobiliser à la sortie des ateliers plusieurs milliers ( ?!) de personnes et obtinrent du préfet l’engagement que, dès le lendemain, Vilain serait invité à quitter la ville, ce qui fut fait. Ils soutinrent les candidats socialistes aux élections législatives de novembre 1919, se relayant lors des réunions publiques de la liste de l’avocat Pierre-Etienne Flandin pour harceler de questions les candidats. Adrien, chargé de la politique étrangère, prit pour cible le traité de Versailles, reprochant aux seuls capitalistes de tirer leur épingle du jeu. Lors des réunions électorales où le public venait comme à un spectacle, un glorieux mutilé se levait à un moment propice, se découvrait et demandait : « Pourrais-je savoir si ce jeune homme a fait la guerre ? » Il sut avoir le sang-froid nécessaire pour ne pas se laisser désarçonner par ce truc mis au point par ses adversaires.

Adrien devint comme ses camarades et leurs aînés Lagrange et Quénard un syndicaliste révolutionnaire militant à tendance bolchéviste. Il croyait en l’action directe, prit une part des plus actives aux grèves de mai 1920 à Auxerre, organisa des piquets de grève, assura des liaisons à vélo avec Clamecy, Laroche-Migennes et Joigny.

Le 13 mai, un groupe de cinq jeunes gens, emportant à bicyclettes des affiches cégétistes et un seau de colle, s’arrêtèrent devant la gare, où le syndicat anti-gréviste venait de faire apposer son placard, et le recouvrit de bandeaux portant l’inscription : « Syndicat de la jaunisse ». Ils furent interpellés par un employé de la gare, le rudoyèrent, puis prirent la fuite à bicyclette. Ils furent poursuivis par trois soldats en charge de la garde de la gare, « des petits gars du 4e Régiment d’Infanterie qui pens[ai]ent surtout à la démobilisation ». Deux d’entre eux furent rattrapés et arrêtés. Les trois autres, dont Adrien Langumier, parvinrent à s’enfuir et se rendirent à la Bourse du travail. 250 militants quittèrent alors leur réunion, se rendirent à la gare, envahirent les salles d’attente et les quais, renversèrent les barrières, réclamèrent la mise en liberté immédiate des deux colleurs d’affiches et les libérèrent à la faveur d’une bousculade dans le bureau du chef de gare. Un mandat d’arrêt fut délivré contre Adrien Langumier et ses jeunes camarades, Robert Nicaise, ouvrier à l’usine Diebold, et Henri Larhy, marinier, tous âgés de 18 ou 19 ans. On leur reprochait de s’être livrés à des voies de fait sur plusieurs cheminots non grévistes et sur l’officier qui commandait le service de protection de la gare. Adrien Langumier demeura introuvable malgré la perquisition effectuée au domicile de ses parents.

Langumier poursuivit quelque temps son action dans le département de l’Yonne sous l’identité de Loiseau, puis gagna Paris où il travailla comme ajusteur jusqu’en juillet dans une usine d’ascenseurs (Soulier) de Boulogne-Billancourt. Menacé d’arrestation, il passa en compagnie de René Lagrange, Albert Guichard et Louis Momon la frontière suisse où il obtint le statut de réfugié politique et s’installa à Genève où il retrouva Lucien Midol. Pour gagner sa vie, il trouva d’abord du travail dans son métier à l’usine « Moto-rêve » où il fut apprécié. La fédération suisse des ouvriers sur métaux et horlogers, dont il était devenu membre, ayant lancé un ordre de grève générale, il y participa et fut licencié de l’usine. Il dut faire alors tous les métiers : paveur, manœuvre maçon, marchand des quatre saisons, tireur de sable, serrurier, où il ne demeurait jamais longtemps, sa qualité de réfugié politique n’étant pas une recommandation. Il essaya le petit commerce comme marchand des quatre-saisons, avant d’être engagé comme homme à tout faire dans une galerie d’art, son dernier emploi à Genève.

Adrien Langumier décrivit ainsi son état d’esprit à la fin de juillet 1920 : « Être obligé de travailler ici à 1,40 F de l’heure, 11 francs par jour, n’avoir aucune avance, et être obligé de faire attention à toutes ses paroles, à tous ses gestes, et en fin de compte, avoir la vision pénible de ne plus revoir jamais ceux qu’on aime. » Il restait toutefois fidèle à ses convictions lorsqu’il écrivit le 10 août 1920 au « représentant de la justice bourgeoise » - le procureur d’Auxerre - chargé d’instruire son affaire : « N’ayant aucune confiance dans la justice de classe des tribunaux bourgeois, ma conscience se refusant à subir une peine injuste et inique, ainsi que les promiscuités dégradantes de la prison préventive, je suis venu mettre mes bras et mon "intelligence" au service de l’industrie suisse. Quelle que soit la peine que vous m’infligerez, elle atteindra un innocent qui se refusera de s’y soumettre. » Il ne fut guère étonné par sa condamnation par contumace par le tribunal correctionnel d’Auxerre le 11 novembre 1920 pour coups et blessures et entraves à la liberté du travail à treize mois de prison, Lagrange obtenant dix-huit mois, Guichard et Momon étant acquittés. Il adhéra au groupe socialiste français, section de la SFIO, qui comptait parmi ses membres Albert Thomas et André Brumel. Il participa alors aux débats du groupe sur les motions présentées au congrès de Tours et se prononça pour la IIIe Internationale. Midol et lui ayant obtenu la majorité pour la motion Cachin-Frossard, une scission se produisit et il devint secrétaire adjoint du nouveau groupe communiste français.

Après les événements de mai 1920, s’instaura à Auxerre comme ailleurs un climat de défiance et de dénigrement systématique. Les anciens leaders réglaient leurs comptes et beaucoup cédaient au découragement. Dans l’Auxerrois, les caisses de l’Union départementale des syndicats étaient vides et Louis Picard était ainsi accusé par Guichard, Lagrange et la grande majorité des ouvriers syndiqués d’Auxerre d’être parti avec la caisse « sous prétexte de soupes communistes ». A Genève, les réfugiés politiques s’entredéchiraient aussi. Langumier écrivit dans une lettre à Louis Picard datée du 28 juillet 1920 : « Pour Guichard, inutile d’en parler ; à part les relations forcées du travail, ainsi qu’avec Momon, j’ai cessé toute intimité. Ce sont des personnages qui ont fait un mal inouï depuis leur arrivée ici et à qui toutes les portes des camarades qui les auraient reçus sont fermées. » Langumier et Midol durent réconforter leurs camarades avec lesquels ils étaient restés en bon terme comme Louis Picard à l’aide de cartes postales se rapportant à la propagande bolcheviste en Suisse envoyées sous enveloppe fermée.

Jules Humbert-Droz, avec qui il s’était lié, et Nicolle, l’avocat du Parti socialiste genevois, lui conseillèrent de rentrer en France à la fin du printemps 1921. Georges Marrane lui trouva sans difficulté un emploi dans une coopérative de production parisienne, la Mécanique Moderne, rue de la Convention. Dénoncé par un mouchard, il fut arrêté le 21 juillet de cette même année puis conduit, enchaîné, à Auxerre où il fut emprisonné en attendant d’être jugé pour son rôle dans la grève de mai 1920. Son procès, qui se tint à la fin du mois d’août, ne fut qu’une suite de coups de théâtre car, les uns après les autres, les soldats, que le jeune syndicaliste avait désarmés, refusèrent de le reconnaître alors qu’ils comparaissaient comme témoins. L’accusation s’effondra quand leur propre lieutenant fit de même : le dossier étant vide, Adrien Langumier ne fut condamné qu’à quatre mois de prison avec sursis. Interdit de travail dans son département, il travailla comme chef de chantier à la liquidation d’aérodromes militaires dans l’Aube, en Moselle puis en Rhénanie-Palatinat. C’est dans cette province allemande occupée qu’il se lia d’amitié avec un jeune professeur de français, Alexandre Vialatte, plus tard célèbre comme traducteur de Kafka et de Nietzsche. Relativement bien inséré, membre du Parti communiste allemand, Adrien Langumier fut obligé de rentrer en France pour remplir ses obligations militaires au 503e régiment de chars de combat au camp de Satory. Repéré, brimé, il fut ensuite muté dans un autre régiment de chars, le 511e, à Bourges.

De retour à Auxerre au début de l’année 1923, Langumier fut élu secrétaire du syndicat des métallurgistes CGTU, fort d’une cinquantaine d’adhérents. Le 13 janvier 1924, il devint membre de la commission exécutive de la Fédération communiste de l’Yonne. Il eut toutes les peines du monde à stimuler l’action militante car le communisme mourait de langueur.

Invité au IIIe congrès du PCF à Lyon (20-23 janvier 1924), Adrien Langumier se vit offrir par Racamond, Berrar et Raynaud de devenir permanent syndical mais il refusa, de crainte de se couper du monde du travail. Un mois plus tard, le congrès de la CGTU de l’Yonne le désigna comme secrétaire de l’Union départementale. A la fin de l’année, le premier congrès de la 22e Union régionale CGTU qui regroupait les syndicats du Jura, Doubs, Haute-Saône, Territoire de Belfort, Haute-Marne, Saône-et-Loire, Côte-d’Or et Yonne l’élut comme son secrétaire : il allait avoir vingt-quatre ans. Adrien Langumier accepta à contre-cœur de quitter un emploi, retrouvé par chance, et sa ville natale, pour s’installer à Dijon et devenir permanent. Présent dans toutes les grèves qui éclataient sur l’immense territoire qui était le sien, il entra à plusieurs reprises en conflit avec son propre parti sur leur conduite, en particulier lors de la grève des métallurgistes de Dôle où il préféra le maintien de l’unité syndicale à une rupture brutale et purement propagandiste exigée par le PCF. Adrien Langumier rencontra Maurice Thorez, à l’occasion du Ve congrès du PCF à Lille (20 au 26 juin 1926), qui l’encouragea dans son refus de l’action militaire.

Poursuivi sous prétexte d’avoir organisé une manifestation, en fait pour avoir occupé avec 200 chômeurs le bureau du maire de Dijon, Gaston Gérard, le jeune secrétaire de l’Union régionale CGTU fut arrêté le 5 septembre 1927 à Beaune et condamné à 40 jours de prison. Quelques semaines après sa sortie, Adrien Langumier épousa Pauline Lucienne Heinimann, fille d’Auguste Heinimann, dirigeant du syndicat des cheminots de Dijon et leader des ouvriers du PLM. Celle-ci milita aux Jeunesses communistes en 1926-1928, puis, fourreuse, elle cessa de militer.

Adrien Langumier faisait partie de la délégation française au IVe congrès de l’Internationale syndicale rouge qui se tint en mars-avril à Moscou. Staline reçut personnellement les délégués français et leur expliqua le sens qu’il convenait d’imprimer à la nouvelle tactique électorale « classe contre classe » incluant le refus de vote pour la SFIO au second tour des prochaines législatives. Chargé de la direction de campagne en Côte-d’Or, Langumier se rendit compte qu’appliquée dans la circonscription de Beaune, elle aboutirait à faire élire un agrarien qui battrait Jean Bouley, sortant socialiste. Il exposa par lettre la situation à Maurice Thorez ; en guise de réponse, celui-ci envoya, pour veiller à l’application de la nouvelle orientation, un contrôleur, Robert Fromage. Langumier ayant accepté non sans remords de se soumettre, Jean Bouley fut battu.

Délégué du VIe congrès, semi-clandestin, du PCF à Saint-Denis (31 mars-7 avril 1929), il en revint porteur de consignes de plus en plus violentes. Il fut arrêté à Montbéliard en tant qu’organisateur de la grande journée d’action contre la guerre impérialiste, le 1er août de cette même année, puis acquitté après trois semaines de cachot à la prison de la Butte à Besançon où se trouvaient déjà Maurice Tréand et Henri Janin. Ce ne fut qu’au début de l’année 1930, à l’occasion de la grève des lunettiers de Morez, que se cristallisèrent ses divergences politiques. Soucieux de faire aboutir un mouvement qui, depuis de longues semaines, polarisait toutes les attentions, Langumier s’opposa aux délégués parisiens du Comité central venus lui demander d’y mettre un terme. Mis en cause personnellement par Marcel Gitton à l’occasion de la Conférence nationale du PCF à la Bellevilloise (Paris, 9-12 mars 1930), il pensait être sanctionné pour « opportunisme » et quitter toutes ses responsabilités lorsque la direction du PCF décida d’assouplir son fonctionnement interne sur les conseils de Moscou et d’absoudre les récalcitrants.

Langumier fut promu en octobre 1931 à Paris, en tant que délégué national, à la propagande de la CGTU. Deux mois plus tard, le congrès de l’Union des syndicats unitaires de la Région parisienne l’élut à son secrétariat avec la responsabilité du secteur de Paris-Ouest. Instructeur auprès de l’Union syndicale des travailleurs de la Métallurgie, Adrien Langumier s’installa à Puteaux, 9 bis rue du Centenaire, et prit en charge l’intervention dans les usines Renault de Boulogne-Billancourt. Il s’occupa également, en 1932, de la grève des bateliers de Conflans-Sainte-Honorine et fit établir des barrages de péniches sur la Seine, tactique qui devait faire céder les armateurs. Le 13 mars 1932, Adrien Langumier prononça, dans le petit village de Mailly-la-Ville (Yonne), l’éloge funèbre de Zéphyrin Camélinat, grand ami de sa famille, directeur de la Monnaie pendant la Commune de Paris. Enfin, il se rendit au mois d’août 1932 au congrès international contre la guerre et le fascisme à Amsterdam.

Proche d’Albert Vassart, témoin des confidences de Jacques Doriot, Adrien Langumier assista à toutes les phases du tournant du PC vers la politique qui devait aboutir à la création du Rassemblement populaire. Au plan syndical, il prit une part active aux négociations entre les directions de la CGTU et de la CGT et rapporta sur l’épineux problème du cumul des mandats politiques et syndicaux (revendication que le PCF décida d’abandonner par la suite) au congrès de fusion des syndicats de la région parisienne (18-19 janvier 1936). Au plan politique, il fut présenté par le PCF comme tête de liste aux élections municipales de Puteaux, en mai 1935. La direction du PCF jugea alors préférable de détacher Langumier de ses tâches de masse pour lui confier un poste de rédacteur à L’Humanité, avec pour charge la page économique et sociale qu’il rénova avec Pierre Delon et Jules Raveau. Adrien Langumier assista donc, en tant que journaliste, au VIIIe congrès du PCF (22-25 janvier 1936) puis au XXIVe congrès national de la CGT (Toulouse, 2-5 mars 1936) dit « de réunification ». C’est à la fin du mois de mars qu’il fut convoqué par [Jacques Duclos pour être candidat aux élections législatives prochaines dans la circonscription où le numéro 2 du Parti avait été battu par [Marcel Déat en 1932, celle de Charonne-Père-Lachaise, dans le XXe arrondissement de Paris. Parallèlement il vint, lui le communiste, tenir un meeting au marché couvert à Auxerre avec Maxence Roldes, socialiste, et Albert Bayet, radical. Il fut alors entraîné par une équipe de chez Guilliet dans son ancienne usine occupée et harangua sous les acclamations la foule monté sur son ancien établi. Dans sa circonscription parisienne, il parvint en tête au premier tour, contre toute attente, avec 10 642 voix contre 10 034 à Marcel Déat et 3 322 au réactionnaire Bordage. Déat se maintint au second tour malgré les consignes du Rassemblement populaire exigeant le désistement automatique en faveur du candidat de gauche parvenu en tête et bénéficia d’un appel de Bordage en sa faveur. Adrien Langumier triompha finalement avec 13 623 voix contre 12 766, grâce à un excellent report des voix du socialiste Barré et à une mobilisation des abstentionnistes en sa faveur.

Membre de la commission parlementaire des assurances et de la prévoyance sociale, Langumier était également vice-président de celle de la législation civile et criminelle. Il représentait, par ailleurs, le PC au sein de la délégation des gauches, à Radio-Liberté et à la Ligue internationale contre l’antisémitisme. Adrien Langumier fut, dès la fin du mois de mai, envoyé en Espagne avec Jean-Richard Bloch pour parler dans un meeting organisé à Madrid et affirmer la solidarité du PCF au leader brésilien Carlos Prestès, menacé de mort dans son pays. A son retour, il fut choisi, compte tenu de sa vieille amitié avec André Blumel, chef de cabinet de Léon Blum, pour rencontrer, au nom de son parti, le président du Conseil et lui faire part des besoins des républicains espagnols en armes lourdes et en DCA, peu après l’insurrection franquiste.

Adrien Langumier fit, en février 1937, un premier voyage en Tchécoslovaquie, au sein d’une délégation parlementaire, et fut reçu par Benès et Masaryk. Il partit aussi souvent en Espagne pour assurer des transports d’armes ou le passage de membres des Brigades internationales puis, à la fin du mois d’avril 1938, en Algérie, en tournée avec Clamamus, enfin à nouveau Tchécoslovaquie, peu après Munich, pour une mission d’information.

Peu enthousiaste vis-à-vis du nouveau cabinet Chautemps, Adrien Langumier fut choisi pour prononcer le discours de soutien à son investiture au nom du Parti communiste. Il avait affirmé, contre toute réalité, le 21 janvier 1938, que le Front populaire était « plus fort que jamais ». Langumier passa le mois de février 1939 sur la frontière espagnole puis partit le 3 mars pour un dernier voyage à Prague. C’était la fin. On avait bourré le double-fonds de sa valise de dollars et de faux papiers destinés aux dirigeants communistes qu’il fallait soustraire à la pressante menace allemande. Langumier réussit à organiser des voyages aériens entre Prague, Paris et Londres avec l’aide du responsable de l’Internationale communiste, Otto Katz, futur pendu du procès de Prague sous le nom d’André Simone. Tout fut achevé le 13 mars. Le 14, les divisions allemandes envahissaient la Bohême et la Moravie.

Adrien Langumier passait des vacances en Saône-et-Loire lorsqu’éclata la nouvelle du Pacte germano-soviétique. Il revint à Paris et assista aux réunions du groupe parlementaire puis partit au front, à École, près de Besançon, à la 2e compagnie de sapeurs-démineurs. Il fut indigné par l’annonce de la dissolution du PCF et son carnet de notes témoigne qu’il n’avait en rien perdu, en ces instants, de sa détermination politique.

Le 5 octobre toutefois, il reçut un émissaire de Florimont Bonte, André Barthélémy, qui lui proposa d’adhérer au Groupe ouvrier et paysan français, reconstitution du groupe parlementaire communiste. Deux jours plus tard, l’ensemble des adhérents du GOPF étaient convoqués par la justice militaire. Ébranlé par la teneur des nouvelles positions du PC en matière de lutte contre Hitler, Langumier décida d’attendre et de tenir bon. Le 26 novembre, René Roulot vint lui proposer de déserter. Tréand, responsable de l’appareil clandestin du PCF, lui donna l’ordre de se réfugier en Suisse et d’y construire un bureau de liaison du PC à l’abri de la répression, à Genève ou à Lausanne. Langumier refusa à nouveau et fit part à son vieil ami d’Auxerre de sa crise de conscience. Lorsqu’il apprit, un peu plus d’un mois plus tard, qu’il était convoqué pour le 9 janvier à la Chambre des députés, il partit, sincèrement résolu à ne pas abdiquer malgré l’extraordinaire confusion ambiante. D’emblée, André Mercier lui présenta un message signé Duclos lui demandant de s’inscrire avec Cogniot dans le débat. Il raconte la suite des événements :

« J’étais décidé, quels que soient les risques, à ne pas me désolidariser du Parti. Le 8, j’avais déposé ma demande d’interpellation. Le 9 janvier, je m’étais mis en civil pour assister à la séance. Nous étions une dizaine de communistes : Guyot, Mercier, Michel, Grenier, Parsal, Le Corre, Benenson, Dewez, Honel et moi. Le doyen d’âge, Lévy-Alphandéry, s’installa au fauteuil de la présidence. Aussitôt, de toute l’assemblée, s’élevèrent des injures à notre égard et des protestations contre notre présence. Le président annonça alors qu’une fois installé le bureau définitif, il serait donné suite à ces protestations. Puis il commença la lecture de son discours et salua d’un vibrant hommage les armées de la République. Toute la Chambre se leva et sur nos bancs, Parsal, Le Corre, Dewez, Honel et moi fîmes de même. Les quatre autres demeurèrent incrustés à leur banc [...]. Après cette provocation imbécile, qui donnait des armes à ceux qui préparaient notre déchéance, il n’était plus question pour moi d’interpeller. Je fis un mot pour le secrétariat de la présidence en indiquant que je retirais ma demande d’interpellation [...]. Nous demeurions six camarades qui venions, sans l’avoir voulu, de nous séparer du Parti. Nous nous sommes réunis dans un bureau de la Chambre et nous avons été d’accord pour rédiger une déclaration condamnant l’agression de l’URSS contre la Finlande et nous désolidarisant de l’attitude des quatre. Cette déclaration a été publiée dans le Temps du 12 janvier 1940 » (entretien avec Adrien Langumier, le 5 novembre 1979).

Sa rupture avec le Parti communiste était définitive. L’expliquer ne peut se réduire à une question de désaccords. Depuis le début de sa carrière de militant, il avait su vivre avec eux et, en travailleur consciencieux, n’avait jamais pris part aux débats sur le fond. L’action primait avant tout. Il avait donc fallu que se crée la situation la plus inextricable pour que le lien se brise net. Une lettre envoyée le 7 février 1940 à « l’oncle » (vraisemblablement Benoît Frachon) témoigne de son état d’esprit : « Je m’imagine vos discussions. Parce que tu as fait l’autre [guerre], tu es plus apte à comprendre mon état d’esprit et je te remercie de n’avoir pas fait comme certains copains qui ayant conclu que j’étais un salaud ont cessé de m’écrire. Peut-être que si j’avais été comme Mercier, mobilisé au fort de Vanves et rentrant tous les soirs chez moi, ou comme Fajon à Marseille, ou comme Grenier à Caen, ou comme Raymond Guyot à Tarascon, j’aurais eu un autre état d’esprit. Mais ce que les copains n’imaginent pas, c’est ma situation ici, seul, sans appui, exposé à tout. Souvent pendant des nuits entières, j’ai retourné les problèmes : je revoyais le 14 juillet 1939, les fêtes du 150° anniversaire, je me souvenais de nos pancartes sur les « traîtres », je me rappelais toute notre propagande contre Munich, pour la politique de fermeté. Quel saut depuis… Mais c’est un saut dans un inconnu dangereux. Il faut battre Hitler ou subir l’esclavage ! Lorsqu’il sera battu pourrons-nous régler en France nos affaires en famille ? (…) Nous aurions pu tout sauver, préserver l’avenir (…) Je te prie de dire aux amis que je ne les oublie pas et que ma conscience est intacte. Ce que j’ai fait était complètement désintéressé, la preuve, c’est que je suis où je suis. » (RGASPI, 495 270 4962).

Adrien Langumier rejoignit son bataillon et fut déchu le 20 février 1940 avec les autres députés communistes. Muté dans une compagnie d’exclus, il fut alors dirigé sur la Tunisie, à la frontière libyenne. Démobilisé sans avoir pu combattre, il rejoignit les réseaux gaullistes qui lui proposèrent de rentrer en France pour des tâches clandestines. On avait imaginé que sa meilleure couverture serait de reprendre son travail de journaliste, mais dans la presse collaborationniste cette fois. Langumier se fit donc embaucher aux Nouveaux Temps, quotidien de Jean Luchaire où fonctionnait un groupe de résistance comprenant notamment Simone Signoret et Nino Frank. Écrivant des articles incolores et sans saveur le jour, Langumier sabotait, organisait des parachutages la nuit pour le compte de l’OCM. Il forma en 1943 un groupe franc d’une trentaine de membres, la plupart anciens communistes et fut promu capitaine FFI par le général Kœnig. Lors de la libération de Paris, le colonel Lizé lui confia le commandement de la barricade située au carrefour Saint-Michel/Saint-Germain. Ignorant sa qualité de résistant, l’Humanité du 28 août 1944 publia cette « mise en garde » : « Le traître Langumier, ex-député, condamné à mort par la population du XXe, le 24 août 1944, est passé hier devant le siège du PC, 44 rue Lafayette, dans une voiture portant les inscriptions de FFI, armée d’une mitrailleuse. Ainsi, l’infâme Langumier, agent de Luchaire, membre actif de la cinquième colonne, instigateur des attentats de cette colonne qui, depuis quelques jours, essaie de terroriser les Parisiens, peut non seulement circuler librement dans Paris mais, dans une voiture des FFI, venir provoquer impunément le siège du Parti avec l’ordre de mitrailler nos camarades communistes. Nous appelons ici les courageux combattants des FFI et tous les patriotes à s’assurer immédiatement de la personne du mouchard Langumier et à le mettre à la disposition de la préfecture de la Seine pour une justice exemplaire et rapide. »

Par la suite, le PCF persista à nier l’engagement résistant de Langumier — Duclos l’assimilant encore dans ses Mémoires aux « tireurs de toit » —, aussi est-il resté dans l’historiographie « officielle » sous le masque du traître. Le 26 novembre 1965, le tribunal de grande instance de Nevers y remédia en le qualifiant de « Parlementaire patriote et courageux en 1939 » et de « résistant héroïque ».

Engagé dans la 1e Armée française de libération, Langumier finit sa campagne au Tyrol. Le général Kœnig le chargea alors de devenir rédacteur en chef des Nouvelles de France, publiées à Constance à l’intention des troupes d’occupation, ce qu’il fit jusqu’en octobre 1949. Rentré à Paris, il travailla dans différents journaux avant que Guy Mollet ne lui demande de fonder, en 1950, l’Agence coopérative d’information destinée à alimenter la presse socialiste en dépêches. Retraité en 1970, Adrien Langumier écrit dans la presse socialiste locale. Membre du Parti socialiste, il anima la section de Saint-Amand-en-Puisaye où il défendit dans les années 70 des positions antimitterandistes et anticommunistes.

Il fut décoré de la Médaille militaire, de la Croix de guerre avec étoile et trois citations, de la Croix du combattant volontaire de la Résistance. Il était également Chevalier de la Légion d’honneur.

Adrien Langumier mourut le 11 décembre 1990.

Marié le 31 décembre 1927 avec Pauline, Marie Heinimann, Adrien Langumier était père d’un fils, Serge (1928).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article50058, notice LANGUMIER Adrien, Achille par Jean Maitron, Guillaume Bourgeois, Claude Pennetier, Jean-Charles Guillaume, version mise en ligne le 2 mai 2009, dernière modification le 15 mai 2015.

Par Jean Maitron, Guillaume Bourgeois, Claude Pennetier, Jean-Charles Guillaume

ŒUVRE : Mémoires, inédit, 1983.

SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 4962 : lettre du 7 février 1940 ; autobiographie du 22 octobre 1932. — Arch. Nat. F7/13023, F7/13120, rapport du 9 mars 1930, F7/13124, rapport du 13 janvier 1931. — Arch. Dép. Côte-d’Or, S M 2692, rapport du 25 mai 1926. — Le Travailleur socialiste de l’Yonne, L’Yonne, Le Bourguignon, notamment les numéros de mai 1920. — Le Cri des Jeunesses syndicalistes, janvier 1920. — Le Libertaire, 8-15 et 22-29 juillet 1921. — Le Travailleur socialiste de l’Yonne, années 1921 à 1929. — Le Travailleur de Bourgogne, 5 août 1933, notamment. — Le Travailleur parisien, janvier-mars 1936. — Interviews d’André Claudot et Auguste Blanchet (1961), d’Adrien Langumier (1979, 1980, 1987). — Registres du personnel, Fonds Guilliet, ADY 48 J — Lettres ou rapports du commissaire spécial au préfet de l’Yonne, échanges entre le Directeur de la Sûreté générale (Ministère de l’Intérieur) et le préfet de l’Yonne, Lettres écrites par Adrien Langumier à ses camarades, au procureur, ADY 3M1/358, /352, /359 — Témoignage du 12 mars 1987. — Mémoires inédits d’Adrien Langumier (sans titre, 1983). — Bernard Prudal, Les dirigeants communistes, Actes de la recherche en sciences sociales, vol.71-72, mars 1988, Penser la politique-1, p.60-62, notamment p.61 — Ludovic Bertrand, La répression du militantisme communiste en Côte-d’Or durant l’entre-deux-guerres, Mémoire de Maîtrise, Dijon, 1994. — Jean-Charles Guillaume, « Adrien Langumier, un militant révolutionnaire dans l’Yonne », BSSY, 1988, p.149-158 — Adrine Langumier a participé, en 1991, au film de Mosco, Mémoire d’ex. avec Jules Fourrier et Lucien Hérard. — Notes de Jean-Charles Guillaume.

fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément