GAILLARD Roger, Pierre, Maurice

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 4 mars 1904 à Saint-Quentin (Aisne), mort à Paris XIIe arr. le 23 février 1947 ; employé de coopérative ; dirigeant des Jeunesses communistes ; membre du comité central du Parti communiste (1926-1929) ; secrétaire de la XXe Union régionale unitaire ; membre de la commission exécutive de la CGTU (1927-1929) ; exclu du Parti communiste en 1933.

Rogert Gaillard en 1933
Rogert Gaillard en 1933

Les parents de Roger Gaillard étaient instituteurs socialistes. Ils avaient même adhéré au Parti communiste après le congrès de Tours (décembre 1920) mais ils le quittèrent lorsque fin 1922 fut prononcée l’interdiction d’appartenir à la franc-maçonnerie. La père, Maurice, comme la mère , Emmeline Lechantre, étaient en effet liés à la Franc-maçonnerie. Le couple divorcé le 19 janvier 1925 et Roger comme sa sœur cadette Mireille Gaillard évoquent surtout leur mère devenue directrice d’école maternelle dans le XXe arr. de Paris. Le père partit enseigner le français en Perse. L’enfance de Roger Gaillard fut parisienne.

Roger Gaillard fut, de mai 1921 à mars 1923, employé au magasin de gros des coopérateurs. Mais la direction le congédia en raison de ses absences irrégulières, l’essentiel de son temps étant consacré à l’agitation politique. En effet, très tôt membre des Jeunesses socialistes du XXe arr., il avait adhéré aux Jeunesses communistes dès leur création et avait été élu, le 1er avril 1921, trésorier du Comité d’entente des Jeunesses communistes de la Seine. Il assura même un temps l’intérim de Simonant (ou Simondant), secrétaire général alors arrêté. Le 16 mai 1921, il entra au Comité national des Jeunesses communistes puis au congrès de Montluçon les 14-15 mai 1922, au Conseil d’administration des Jeunesses communistes et à la commission du journal l’Avant-Garde. Le 10 septembre 1922, la Fédération communiste l’élut à son comité fédéral comme représentant de la « gauche » (Bulletin communiste, 5 octobre 1922). L’Humanité du 31 août 1922 publia sous sa signature un article critiquant les positions de Daniel Renoult*.

Ses activités pendant les années 1923 et 1924 sont difficiles à établir : selon le témoignage d’André Ferrat*, Gaillard fut mis à l’écart en septembre 1923 et remplacé à la tête de la 4e Entente des JC par Demay puis par lui-même. Il est vrai qu’au congrès de Lyon, en mai 1923, R. Gaillard ne sollicita pas le renouvellement de son mandat de membre du comité national des JC. Dans le même temps la justice l’inculpa (mars 1923) pour provocation de militaires à la désobéissance dans un article du Conscrit, puis en juin dans l’affaire dite du « complot » où il obtint un non-lieu, et enfin en mars 1924, en raison de sa propagande contre l’occupation de la Ruhr.

Gaillard intervint au IIIe congrès du PCF (Lyon), le 22 janvier 1924, sur le manque d’unité du parti, puis le lendemain sur les relations entre groupes locaux et cellules d’usine. Le Bulletin communiste du 4 avril 1924 annonça que le bureau politique du PCF avait chargé Jean et Gaillard de rédiger un projet de brochure « destinée à renseigner les militants sur l’importance fondamentale de la cellule d’usine et sa supériorité sur la section territoriale comme unité de base du parti ». Elle vit le jour en mai sous le titre Les cellules communistes d’usine et avec la seule signature de Gaillard (16 p.). Son nom disparut de l’édition revue et complétée publiée en septembre 1924 (26 p.).

Selon un rapport de police, Roger Gaillard aurait été incorporé le 10 mai 1924 dans un régiment de chars à Rouen (Arch. Jean Maitron, fiche Gaillard) nommé caporal le 27 décembre suivant et libéré le 28 avril 1925 (Arch. PPo. 300). Deux témoignages contredisent sa présence au service militaire. Ferrat, présenté par la police comme son successeur, n’a gardé aucun souvenir de son départ sous les drapeaux et Henri Barbé le décrit longuement dans ses Souvenirs parmi les délégués des Jeunesses communistes françaises au Ve congrès de l’Internationale communiste (17 juin-8 juillet 1924), aux côtés de Jacques Doriot, François Chasseigne, François Billoux, Adrien Mouton, Courtade et Jean Théophile (op. cit., p. 48). Gaillard avait-il été réformé ou ajourné ? Gaillard fut proposé par le Bureau d’organisation, le 6 mai 1925, comme responsable de la section d’organisation « sous réserves de l’approbation des Jeunesses ». Il ne semble pas que cette décision ait été suivie d’effets. La police le signala à la réunion du comité central des Jeunesses communistes tenue les 4 et 5 juillet 1925, salle de la Grange-aux-Belles à Paris. En décembre 1925, il remplaça Radi* comme gérant du journal l’Avant-Garde et, à ce titre, fut condamné par défaut le 14 juin 1926 à quinze jours de prison et 100 francs d’amende. On lui confia également la gérance du bimensuel le Jeune bolchevik (n° 1, 1er février 1926). Son rôle était important, puisqu’en juin 1926, le congrès du Parti communiste tenu à Lille l’élut au Comité central.

Ses ennuis avec la justice étaient loin d’être terminés : la police l’arrêta le 9 décembre 1926 puis le relaxa après qu’il eût fait opposition au jugement par défaut. Condamné à nouveau le 27 juillet 1927 à quatre mois de prison pour provocation de militaires à la désobéissance, peine confirmée en appel, il refusa de se constituer prisonnier le 8 décembre 1927. La police l’arrêta le 4 février 1928 à la Grange-aux-Belles et l’incarcéra à la prison de la Santé (il figure sur la photographie prise dans cette prison avec Marcel Cachin et André Marty. La Chambre des appels constitutionnels confirma, en mars 1928, une condamnation à huit mois de prison et 500 francs d’amende. Libéré le 4 mai, à nouveau emprisonné le 14 mai, il ne retrouva définitivement la liberté que le 29 juin 1928.

Ses multiples séjours en prison ne l’empêchèrent pas d’occuper d’importantes fonctions syndicales. Le nom de Gaillard, de la Fédération des Employés, apparut dès le Ier congrès de la CGTU, tenu à Saint-Étienne du 25 juin au 1er juillet 1922. Il ne doit pas être confondu avec R. Gaillard de la Fédération des ouvriers coiffeurs. Le IVe congrès, réuni à Bordeaux en septembre 1927, l’élut à la Commission exécutive de la CGTU mais le Ve congrès (Paris, septembre 1929), où sa présence n’était pas signalée, ne le maintint pas.

Élu en janvier 1926 secrétaire de l’Union des syndicats unitaires de la Seine, Gaillard fit le rapport sur le mouvement syndical au congrès constitutif de la XXe Union régionale (Loiret, Seine-et-Marne, Oise, Seine-et-Oise, Seine) et entra au secrétariat. Avant le congrès de l’Union régionale, le bureau régional du PC, le 15 décembre 1926, eut à examiner sa demande : permanent syndical et à la JC depuis longtemps, il désirait « travailler à la base du Parti » : se proposait de rester candidat à la commission exécutive et d’être secrétaire adjoint du syndicat des employés. Le manque de liaison entre l’union régionale et le bureau confédéral, le manque de travail collectif étaient ses arguments supplémentaires. Il se sentait « fatigué » et affirmait : « la fréquentation des organismes centraux n’est pas toujours quelque chose de réconfortant ». Le BR décida son maintien. En 1928, il partageait la fonction de secrétaire avec Boullé, Lichon, Nilès et Raynaud. Lors d’une réunion des fractions syndicales communistes de la Région parisienne pour la désignation des candidats au bureau de l’UR, ce dernier déclara que des divergences profondes sur la radicalisation des masses et les dangers de guerre s’étaient manifestées, et Jégou précisa que Gaillard s’était montré « en complet désaccord avec l’Internationale communiste sur la situation générale » (Arch. Nat. F7/13017, rapport du 23 janvier 1929). Un rapport de police du 24 janvier 1929 prévoyait le retrait volontaire de Gaillard du secrétariat et croyait savoir qu’il cherchait à se faire attribuer un poste à l’Humanité : « Mais il n’avait pas prévu que la direction de l’Humanité, pour des raisons qui ne sont pas encore connues, n’était nullement disposée à l’accepter au journal » (Arch. Nat. F7/13017). Le Bureau politique aurait déclaré, au début février, qu’il considérait la démission de Roger Gaillard du secrétariat de l’Union régionale comme une « désertion » et qu’il s’opposait formellement à son entrée à l’Humanité en dépit des promesses de Paul Vaillant-Couturier* et de Marcel Cachin*. Le 24 février 1929, il intervint au congrès de la XXe UR sur la situation nationale et internationale sans laisser percer la moindre réserve sur la ligne officielle. Les oppositionnels remarquèrent cependant son départ des organismes de direction et Charbit écrivit dans la Révolution prolétarienne du 1er mars 1929 qu’il était soupçonné de sympathies pour Renaud Jean et Jacques Doriot. Le conflit s’aggrava dans les mois qui suivirent. À la réunion de la fraction communiste de la XXe UR, le 9 août, Gaillard critiqua l’organisation de la journée du 1er août 1929, spécialement le mot d’ordre de « conquête de la rue ». Gitton intervint « avec une certaine violence » pour le traiter d’« opportuniste dangereux » ; « me voilà classé, je m’y attendais répliqua Gaillard » (Arch. Nat. F7/13017, rapport du 10 août 1929).

Correcteur au Petit Journal depuis avril 1929, Roger Gaillard se présenta aux élections municipales de mai 1929 dans le XIXe arr. de Paris (Combat), où il obtint 2 479 voix sur 10 831 inscrits, le conseiller sortant Eugène Fiancette* étant réélu avec 4 947 suffrages. Ayant déclaré que la police l’avait approché pour lui proposer de devenir indicateur,une enquête fut ouverte contre lui par la Commission centrale de contrôle en août 1929. Elle ne le sanctiona pas. En août 1931 il était secrétaire permanent de la section centrale coloniale, sur intervention de Doriot selon des notes de police. Trois mois plus tard, le bureau politique le chargea de remplacer Lozeray en qualité de responsable du travail colonial. Il organisa l’exposition anti-impérialisme mise en place par le PCF contre l’exposition coloniale. Pendant cette période on lui reprocha un certain laissé aller dans la gestion des documents confidentiels et des finances. Il collabora en 1932 avec Louis Aragon à la direction de la Ligue anti-impérialiste.

Gaillard gagnait sa vie comme correcteur au Journal officiel lorsque le Parti communiste envisagea de le présenter aux élections législatives du 1er mai 1932 dans le IIe arr. de Paris. Ballu lui fut finalement préféré.

La police signale son exclusion du Parti communiste en 1933 et affirme qu’il cessa de militer. On lui reprochait ses origines familiales, sa mauvaise gestion de la commission coloniale (il manquerait 4 à 5000 F dans les caisses, mais plus par négligeance que par profit personnel) et on le soupçonnait, sans preuve, de liaisons avec la police.
Sa sœur écrit dans son autobiographie de mai 1934 : « mon frère Roger Gaillard a été exclu du Parti l’année dernière. Je le vois très rarement et n’avons que des rapports de famille ». Dans son autobiographie de juin 1937, il précise : « Un gros point noir dans ma famille : mon frère, Roger Gaillard, qui fut un militant en vue des Jeunesses et du parti communiste, a été exclu du Parti en avril 1933 pour une question d’argent. Depuis il a réglé sa situation et a fait une demande de réintégration au Parti. Durant tout ce temps, je l’ai très peu vu ; mais depuis qu’il a demandé sa réintégration, je l’ai revu de temps en temps. Il est d’ailleurs rarement à Paris, étant voyageur de commerce dans le midi de la France. » La commission de contrôle polique refusa de le réintégrer, affirmant qu’il avait réparé les fautes commises, "« qu’au cours de ces quatre dernières années, Roger Gaillard n’a rien fait pour aider la classe ouvrière dans se lutte contre le fascisme et pour la défense du pain, de la liberté et de la paix ».

Il vécut chez sa mère dans le XXe arr. jusqu’en février 1939, puis habita 110 bis, rue de Crimée (XIXe arr.) chez Henriette, Suzanne Haas (née le 25 février 1907 à Lagny) (Seine-et-Marne) qu’il avait épousée à Paris, XIXe arr. le 3 août 1937. Mobilisé en août 1939, il aurait été « tué à l’ennemi aux dernières hostilités » selon un rapport de police qui semble erroné (Arch. Jean Maitron, fiche Gaillard). Henri Barbé* donne une version différente de son destin :

« Roger Gaillard était calme et extrêmement intelligent. Il devint un des meilleurs dirigeants adjoints de Doriot et joua un rôle important dans la direction du Parti, surtout dans la Région parisienne. Il fut pendant un certain temps, le dirigeant principal de l’Union des syndicats unitaires de la Seine. Il se détacha sans bruit ni discussion du mouvement communiste en 1930. Pendant quelques années, il ne fit preuve d’aucune activité. Il accepta en 1941 de collaborer avec Marion et Chasseigne dans les services de l’Information du gouvernement de Vichy. Il fut inquiété et poursuivi après la libération mais pas arrêté. Il décéda en 1947, au moment précis où on allait l’arrêter » (op. cit., p. 48).

Enfin, selon les mentions marginales de son acte de naissance, R. Gaillard mourut à Paris, XIIe arr., le 23 février 1947.

Sa sœur Mireille Gaillard, internée évadée, fut une dirigeante communiste de Saint-Mandé sous le nom de Mireille Chauvin.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article49974, notice GAILLARD Roger, Pierre, Maurice par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 27 avril 2009, dernière modification le 27 août 2016.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Rogert Gaillard en 1933
Rogert Gaillard en 1933

ŒUVRE : Les Cellules d’usines, Cahiers du militant, n° 1, mai 1924. — L’Attaque patronale et gouvernementale contre la classe ouvrière, 1928.

SOURCES : RGASPI, 495 270 7843, photo, texte de son exclusion et du refus de réintégration ; dossier de sa soeur : 495 270 1573. — Arch. Nat. F7/13017 ; F7/13090 ; F7/13092 ; F7/13093 ; F7/13096 ; F7/13264. — Arch. PPo. 300, juin 1927. — I.M.Th., bobines 100, 190, 256, 278, 279. — Arch. Jean Maitron, fiche Roger Gaillard. — Albert Vassart, Mémoires, inédit, op. cit. — Henri Barbé*, Souvenirs de militant et de dirigeant communiste, inédit. — État civil de Saint-Quentin, 13 juin 1984. — Témoignage d’André Ferrat*. — Note de Jacques Girault.

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