FABVIER Lucien, dit Martial

Par Janine Olmi

Né le 6 février1911 à Crévic (Meurthe-et-Moselle) ; typographe ; trésorier puis secrétaire du syndicat du Livre de Nancy (1934-1974) ; refusant la scission de FO en 1947 ; dirigeant du syndicat du livre CGT de Nancy et de l’Union départementale.

La mère de Lucien Fabvier était issue d’une lignée d’Alsaciens natifs de Ribeauvillé (Haut-Rhin). Son père, maréchal ferrant aux salines de Sommervilliers (Meurthe-et-Moselle), dut abandonner son métier à la suite d’une blessure et – ne percevant aucune pension – ouvrit un café. Lucien Fabvier, troisième de cinq enfants, avait dix ans lorsque son père mourut à l’âge de quarante-cinq ans. Sa mère reprit le café et y ajouta la confection de repas, profitant des opportunités de la période de reconstruction de l’après-guerre. Des ouvriers émigraient d’autres régions et d’autres pays vers ce bout de campagne lorraine. Des hommes de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), mais aussi des Italiens vinrent travailler et commencèrent à fréquenter la cantine improvisée de la famille Fabvier. Tous les enfants participaient à la tenue du commerce et Lucien Fabvier, bien que bon élève, interrompit sa scolarité à l’âge de treize ans, après avoir obtenu le certificat et le premier ordre. En l’absence de secours, le quotidien familial devait être complété par les ressources du potager et de la basse-cour.

Lucien Fabvier fut d’abord embauché comme garçon de courses dans une librairie de Dombasle (Meurthe-et-Moselle) avant de démissionner deux mois plus tard. En août 1924, il devint apprenti à l’imprimerie Rigot à Nancy (Meurthe-et-Moselle).
Lucien Fabvier obtint 3 F 50 de l’heure au bout de plusieurs mois en qualité de tireur de feuilles à l’échelon de base de la hiérarchie. L’apprenti Fabvier finit par signer un contrat rémunérateur. Il y avait des cours à suivre et l’employeur ne pouvait accueillir qu’un apprenti pour cinq travailleurs.

À l’origine, les sections syndicales se réunissaient d’une façon peu banale, à l’occasion des répétitions des chorales fréquentées par les typos, suivies de réunions dans les cafés, ainsi aux Trois Maisons, dans les environs de Berger Levrault. Les chorales jouèrent un rôle jusqu’en 1936.

Dans le livre en général, et à Nancy en particulier, « 1936 s’est passé tranquillement. Les entreprises n’ont pas été occupées. La corporation avait déjà obtenu certaines des demandes des accords Matignon. Ce qu’il y a eu de mieux, c’étaient les 15 jours de vacances. Car on a pu souffler et découvrir les environs. L’Union départementale m’avait envoyé repérer les auberges susceptibles d’accueillir tous ces nouveaux vacanciers. ». Après 1936, l’effervescence céda la place à l’ordinaire syndical. Le syndicat conserva les traditions de défense des salariés qui lui avaient déjà réussi… « Sauf qu’après 1936, il y a eu plus de travail pour le syndicat du fait des conventions collectives. Dans les entreprises où on était organisé, on a dû discuter pour avoir l’application des décisions. Par exemple avec Fridel, le patron de Berger Levrault qui était aussi un alsacien émigré de 1870, les rencontres étaient dures, mais quand il avait accepté, ça roulait. Où on avait plus de mal à faire admettre les nouveautés c’était dans les petites boîtes sans traditions syndicales. ».

Lucien Fabvier devint trésorier au comité nancéien de 1934 à 1937 et adjoint au secrétaire Alfred Klein*. Après la guerre, le comité lui confia le secrétariat général probablement peu avant le départ d‘Alfred Klein parte à FO.

À la Libération, il participait à un club et vendait le journal Messidor avant qu’il ne se rende compte que c’était l’antichambre de FO. Lorsqu’on lui parla de scission, Lucien Fabvier quitta le club. Nancy a été l’une des plateformes des tentatives scissionnistes. Il y a eu un référendum national pour les comités. « Au comité, finalement, on a décidé de suivre la fédération parce que contrairement à la rumeur les syndicats n’ont pas été soviétisés par contre les scissionnistes ont reçu des cadeaux de l’Amérique. »

Ainsi, Alfred Klein qui était aussi secrétaire de l’UD, s’efforça d’obtenir le transfert du comité à FO sans y parvenir. « Il nous a réunis pour qu’on se prononce, mais comme personne ne répondait, il a conclu que la poursuite de la séance était inutile. ». Quelques jours après, le comité reçut d’Alfred Klein une lettre de démission « pour raisons personnelles et de santé ».

Le syndicat privilégiait son action pour les salaires et les qualifications Après 1947, il n’y eut plus de grandes grèves dans le livre nancéien. Le socle syndical CGT devenait aux yeux de Fabvier plus « politique ». Alfred Klein était remplacé par le résistant FTP Camille Thouvenin* puis par le longivicien communiste Marcel Dupont*.

Lucien Fabvier créa un comité régional du livre au profit de la Meurthe-et-Moselle, des Vosges et de la Meuse dont il fut le secrétaire général jusqu’en 1976-1978, année où Pierre Habermacher de L’Est Républicain lui succéda en négociant avec les intéressés l’entrée du livre mosellan qui était jusqu’alors rattaché à l’Alsace. Après 1968, Michel Teche délégué CGT depuis 1967 reprit les rênes du livre nancéien. Un autre cycle était ouvert.

En 1974, Lucien Fabvier quitta l’entreprise et ses mandats syndicaux cinquante années jour pour jour après son entrée dans la profession du Livre, non sans avoir édicté une ultime sentence : « on parle de démocratie syndicale à tout propos, d’accord, mais il faut éviter que tout ça glisse vers la soviétisation des syndicats. »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article49966, notice FABVIER Lucien, dit Martial par Janine Olmi, version mise en ligne le 26 avril 2009, dernière modification le 8 mai 2009.

Par Janine Olmi

SOURCE : Témoignage recueilli par Françoise Birck et Arthur Riela, historiens, le 18 décembre 1985 dans le cadre de l’Institut lorrain d’histoire sociale.

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