FERTET Henri, Claude

Par Jean-Pierre Besse complétée par Annie Pennetier

Né le 27 octobre 1926 à Seloncourt (Doubs), fusillé après condamnation le 26 septembre 1943 à Besançon (Doubs) ; lycéen ; résistant FTPF, compagnon de la Libération.

Henri Fertet
Henri Fertet

Fils d’instituteurs de tradition anticléricale, Henri Fertet fit ses études primaires à Seloncourt où ses parents étaient en poste puis en 1937 rejoignit le lycée Victor-Hugo de Besançon où il se passionnait pour l’histoire et l’archéologie.
Pendant les vacances de l’été 1942, il entra dans un groupe de résistance animé par Raymond Tourain. Ce groupe, principalement formé des jeunes de l’Action catholique (JAC) intégra le groupe FTP Guy Môcquet dirigé par Marcel Simon, jeune agriculteur et secrétaire de la JAC de Larnod, commune proche de Besançon.
Sous le matricule Émile 702, il participa à la prise d’un dépôt d’explosifs du fort de Montfaucon dans la nuit du 16 avril 1943, à la destruction d’un pylône de haute tension près de Châteaufarine le 7 mai 1943 et avec Marcel Reddet à l’attaque d’un commissaire des douanes allemand le 12 juin 1943, dans le but de lui prendre son arme, son uniforme et les papiers qu’il transportait. Henri Fertet tira sur le commissaire, le blessant mortellement mais l’arrivée d’une moto les empêcha de se saisir des documents. Activement recherché, le groupe subit de nombreuses arrestations à partir de juin 1943.
Henri Fertet fut arrêté dans la nuit du 2 juillet 1943 au domicile de ses parents, à l’école de Besançon-Velotte et conduit à la Feldkommandantur puis à la prison de la Butte à Besançon. Transféré le lendemain dans les locaux de la police allemande, il fut torturé. Condamné à mort le 18 septembre 1943 par le tribunal militaire allemand de la Feldkommandantur 560 avec seize de ses camarades, il a été fusillé le 26.
Sept co-inculpés ont été déportés, quatre en sont morts.
Il avait écrit une lettre à sa mère qui fut lue à la BBC le 30 décembre. Un auditeur, Albert Grunberg, alors caché dans une chambre parisienne, nota dans son journal le 1er décembre : « Hier, j’avais écouté la lecture par la BBC d’une lettre poignante dans sa simplicité d’un jeune homme de seize ans à sa mère, lettre écrite quelques heures avant que les bourreaux boches ne le fusillent pour crime de patriotisme. Toute sa lettre était une profession de foi patriotique et d’amour filial. Les larmes me gagnèrent. Le speaker lui-même ne put s’en empêcher de pleurer tout en lisant cette lettre. »
Inhumé au cimetière de Saint-Ferjeux à Besançon, son corps a été exhumé et incinéré après la guerre ; ses cendres ont été dispersées avec celles de son père à Sermoyer (Ain).
Il reçut à titre posthume la Légion d’honneur, la Croix de guerre 1939-1945, la Croix du Combattant volontaire 1939-1945, la Médaille des Déportés et Internés résistants, la Médaille de la Résistance et fut fait compagnon de la Libération le 7 juillet 1945. En 1947, il a été homologué dans le grade d’Aspirant des Forces Françaises de l’Intérieur à titre posthume.
L’école de Besançon-Velotte, le collège de Sancey-le-Grand, le lycée professionnel de Grey (Haute-Saône) ainsi qu’une rue de Besançon portent son nom.

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Dernière lettre
 
[Sans date]
Chers parents,
Ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vus si pleins de courage que, je n’en doute pas, vous voudrez encore le garder, ne serait-ce que par amour pour moi.
Vous ne pouvez savoir ce que, moralement, j’ai souffert dans ma cellule, ce que j’ai souffert de ne plus vous voir, de ne plus sentir peser sur moi votre tendre sollicitude que de loin. Pendant ces quatre-vingt-sept jours de cellule votre amour m’a manqué plus que vos colis et souvent, je vous ai demandé de me pardonner le mal que je vous ai fait, tout le mal que je vous ai fait. Vous ne pouvez vous douter de ce que je vous aime aujourd’hui, car avant je vous aimais plutôt par routine, mais maintenant je comprends tout ce que vous avez fait pour moi et je crois être arrivé à l’amour filial véritable, au vrai amour filial. Peut-être après la guerre un camarade vous parlera-t-il de moi, de cet amour que je lui ai communiqué. J’espère qu’il ne faillira pas à cette mission désormais sacrée.
Remerciez toutes les personnes qui se sont intéressées à moi et particulièrement nos plus proches parents et amis. Dites-leur ma confiance en la France éternelle. Embrassez très fort mes grands-parents, mes oncles, tantes et cousins, Henriette Donnez une bonne poignée de mains chez M. D... Dites un petit mot à chacun..Dites à M. le Curé que je pense aussi particulièrement à lui et aux siens. Je remercie Monseigneur du grand honneur qu’il m’a fait, honneur dont je crois, je me suis montré digne. Je salue aussi en tombant mes camarades du lycée. À ce propos Hennemay me doit un paquet de cigarettes, Jacquin, mon livre sur les Hommes préhistoriques. Rendez le « Comte de Monte-Cristo à Emeurgeon, 3, chemin Français, derrière la gare. Donnez à Maurice-Andrey de la Maltournée, 40 grammes de tabac que je lui dois.
Je lègue ma petite bibliothèque à Pierre, mes livres de classe à mon petit papa, mes collections à ma chère petite maman ; mais qu’elle se méfie de la hache préhistorique et du fourreau d’épée gaulois.
-Je meurs pour ma Patrie. Je veux une France libre et des Français heureux. Non pas une France orgueilleuse et première nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête. Que les Français soient heureux, voilà l’essentiel. Dans la vie il faut savoir cueillir le bonheur.
Pour moi ne vous faites pas de soucis, je garde mon courage et ma belle humeur jusqu’au bout et je chanterai Sambre et Meuse parce que c’est toi, ma chère petite maman, qui me l’a apprise.
Avec Pierre, soyez sévères et tendres. Vérifiez son travail et forcez-le à travailler. N’admettez pas de négligence. Il doit se montrer digne de moi.
Sur « trois petits nègres » il en reste un. Il doit réussir.
Les soldats viennent me chercher Je hâte le pas.
Mon écriture est peut-être tremblée, mais c’est parce que j’ai un petit crayon. Je n’ai pas peur de la mort, j’ai la conscience tellement tranquille ! .
Papa, je t’en supplie, prie. Songe que si je meurs c’est pour mon bien. Quelle mort sera plus honorable pour moi que celle-là ? Je meurs volontairement pour ma Patrie. Nous nous retrouverons tous les quatre, bientôt, au ciel
Qu’est-ce que cent ans ?
Maman rappelle-toi !
Et ces vengeurs auront de nouveaux défenseurs,
Qui, après leur mort, auront des successeurs.
 
Adieu, la mort m’appelle. Je ne veux ni bandeau,
ni être attaché. Je vous embrasse tous. C’est dur
quand même de mourir. Mille baisers !
Vive la France !
Un condamné à mort de 16 ans,
H. Fertet
Excusez fautes et orthographe, pas le temps relire.
Expéditeur : Henri Fertet, au ciel, près de Dieu.

Le 9 décembre 1943, au micro de la BBC, Maurice Schumann rendit hommage aux fusillés.
La lettre a été reproduite dans des journaux clandestins nationaux.
François Marcot a retrouvé une vingtaine de copies de la lettre.
Elle a été diffusée sous forme de tract par le Front National,le mouvement de résistance proche des communistes ;
Le 5 juin 2019, à Portsmouth, le président de la République Emmanuel Macron a lu la dernière lettre d’Henri Fortet.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article49958, notice FERTET Henri, Claude par Jean-Pierre Besse complétée par Annie Pennetier, version mise en ligne le 26 avril 2009, dernière modification le 17 juin 2019.

Par Jean-Pierre Besse complétée par Annie Pennetier

Henri Fertet
Henri Fertet

SOURCES : DAVCC, Caen. – Albert Grunberg, Journal d’un coiffeur juif à Paris sous l’Occupation, Éd. de l’Atelier, 2001. – Lettre de fusillés, Éditions France d’abord, 1946 . — La vie à en mourir, lettres de fusillés 1941-1944, Tallandier, 2003. – Fanny Monin, Les fusillés dans le département du Doubs de 1941, à 1944, Mémoire de master 1, Université de Franche-Comté, 2009. — Association pour la mémoire de la Résistance dans le Doubs et AERI, La Résistance dans le Doubs, CDrom, 2007, fiche de Françoise Leboul.— Vladimir Trouplin Dictionnaire des compagnons de la Libération Elytis, Bordeaux 2010.

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