LAJOINIE André, François

Par Agnès Roche

Né le 26 décembre 1929 à Chasteaux (Corrèze) ; agriculteur ; militant communiste ; membre du comité central du Parti communiste français à partir de 1972, du bureau politique à partir de 1976, et du secrétariat à partir de 1982 ; candidat du Parti communiste à l’élection présidentielle de 1988 ; député de l’Allier (1978-1993 et 1997-2002).

André Lajoinie naquit le 26 décembre 1929 à Chasteaux, petit village de Corrèze situé à 15 kilomètres au sud-ouest de Brive. Propriétaire d’une petite exploitation agricole, la famille Lajoinie vécut très modestement. André était le deuxième des quatre enfants.

Dans cette famille paysanne, la culture et la politique ont toujours eu une place de choix. Le père avait été reçu premier du canton au certificat d’études et il faisait bénéficier de son savoir les habitants de son village : responsable du syndicat local des exploitants agricoles, il jouait un rôle d’écrivain public, recevant le soir autour de la table familiale tous ceux qui avaient besoin de ses services pour écrire une lettre, résoudre un problème administratif ou juridique. Il était l’un des rares habitants du village à être abonné à des journaux parisiens. Politiquement, c’était un homme très proche des radicaux-socialistes, avec une sensibilité anticléricale marquée, comme on en trouve fréquemment dans le sud-ouest rural.

La mère d’André Lajoinie exerça une influence assez différente sur son fils : cette femme très pieuse allait à la messe chaque dimanche. André Lajoinie fut enfant de chœur jusqu’à douze ans, et le prêtre de la paroisse était allé jusqu’à évoquer la possibilité pour le jeune homme d’entrer au séminaire. Mais André Lajoinie n’était guère désireux de s’orienter dans cette voie, préférant suivre plutôt le modèle et les convictions paternels.

C’est la Seconde Guerre mondiale qui constitua sans doute l’élément déclencheur dans l’engagement d’André Lajoinie. Même s’il n’était qu’un enfant au début du conflit, ses souvenirs sur cette période sont nombreux. Il se souvient notamment d’un homme qui, un soir de 1938 écrivit sur un mur de son village : « Munich, c’est la guerre. » Demandant ensuite à son père quelques éclaircissements, celui-ci lui répondit que « celui qui a écrit ça, c’est sûrement un communiste, parce qu’il n’y a qu’eux qui sont contre cette signature (...). Ils ont peut-être raison » (André Lajoinie, A cœur ouvert , 1987). La famille écoutait les émissions de Radio Londres, et ravitaillait les maquisards de la région. Pour provoquer son institutrice, le jeune Lajoinie écrivit un jour "Vive De Gaulle" au tableau. Dans l’entourage proche du jeune homme, un de ses cousins germains, sympathisant communiste, qui était chef de train, lui racontait les actes de résistance des cheminots dans le département.

Fortement influencé dès l’enfance par les idées de son père, sensibilisé par son cousin, pendant la période troublée de l’Occupation, c’est presque « naturellement » qu’André Lajoinie adhéra aux Jeunesses communistes en 1946, avec plusieurs autres jeunes de la commune. Son père prit sa carte la même année au Parti communiste. Deux ans plus tard, en 1948, André Lajoinie adhéra à son tour au Parti communiste, sollicité par des militants plus âgés que lui.

André Lajoinie dut arrêter sa scolarité après l’obtention de son certificat d’études. Sa famille n’avait en effet pas les moyens de lui payer des études plus poussées. Il en ressentit un sentiment d’injustice, élément que l’on peut sans doute citer comme l’un des facteurs ayant favorisé son engagement communiste. Il travailla alors en famille sur l’exploitation. Pour compléter sa formation, il prit des cours par correspondance pendant quelque temps. Après un service militaire de 18 mois, il revint à Chasteaux en 1950. Il était alors seul avec son père à travailler à la ferme, l’un de ses frères étant au service militaire, l’autre apprenti boulanger, et sa sœur mariée.

Alors que le jeune homme pensait mener une vie paisible d’agriculteur, en 1954, il fut sollicité pour être permanent de la Fédération corrézienne des syndicats d’exploitants agricoles. Il s’occupa de l’organisation du syndicat, de la rédaction du journal, des questions techniques et juridiques. Il parcourut ainsi les campagnes de Corrèze pendant une dizaine d’années.

Parallèlement, André Lajoinie progressa dans la hiérarchie interne du Parti communiste. En 1957, il était secrétaire fédéral, chargé de la propagande.

Un événement vint perturber sa vie de permanent syndical : en juillet 1958, lors d’une manifestation contre les partisans de l’Algérie française à Brive, André Lajoinie fut très grièvement blessé à la tête. Il fut soigné à Tulle puis à l’hôpital Sainte-Anne à Paris. Le Parti communiste l’envoya ensuite en convalescence en Tchécoslovaquie, à Marienbad, pendant quelques mois.

De retour en Corrèze, il épousa le 10 août 1960, une militante communiste, Paulette Rouffiange, qui était employée à la préfecture, à Tulle. Ils eurent un fils, Laurent né en 1962, devenu journaliste sportif à l’Humanité.

En juin 1961, André Lajoinie se présenta pour la première fois devant les électeurs, lors d’une élection cantonale, à Larche (Corrèze). Il fut battu dès le premier tour, obtenant 31,8 % des suffrages exprimés, face au radical-socialiste sortant, Jaubert. Suite au décès de Jaubert, une autre élection cantonale eut lieu, et André Lajoinie fut battu dès le premier tour, obtenant 21,2 % des suffrages exprimés, face à deux autres candidats, Delbary et Laroche.

André Lajoinie fut pendant une courte période correspondant du quotidien régional du PCF, L’Écho du Centre, où il s’occupait de la vie politique locale et des affaires judiciaires.

Mais cet intermède fut bref : en 1963, à la demande de Gaston Plissonnier*, il partit à Paris, pour devenir permanent du parti : il travailla pour la section agraire du comité central, et fut également collaborateur du journal La Terre. Il s’installa avec sa femme à la Courneuve, à la cité des Quatre Mille, avec pour mission d’y organiser une cellule du Parti communiste. Paulette Lajoinie trouva un emploi dans la municipalité, puis fut élue adjointe dans cette ville communiste, mandat qu’elle détint jusqu’à son décès en janvier 1999.

André Lajoinie suivit plusieurs stages organisés par le Parti communiste : à l’École centrale permanente de Choisy-le-Roi, puis en 1966-1967, il séjourna à Moscou pour suivre les cours de l’École supérieure de sciences sociales du PCUS, où il réalisa un mémoire sur le capitalisme monopoliste d’État. En 1971, il devint directeur des stages organisés par l’École de Choisy-le-Roi pour les militants ruraux.

À partir du début des années 1970 (il avait alors une quarantaine d’années), l’ascension d’André Lajoinie au sein du Parti communiste fut plus rapide. En 1972, lors du XXe congrès du parti, il entra au comité central comme suppléant ; il fut nommé secrétaire de la commission paysanne en 1973 ; en 1976, il devint membre titulaire du comité central et fit son entrée au bureau politique comme suppléant. Il fut nommé membre titulaire du bureau politique en 1979, comme responsable de la commission agricole. Enfin, il entra au secrétariat du comité central à l’occasion du XXIVe congrès du Parti communiste en 1982.

Il prit également la direction du journal La Terre en 1977, où il remplaça Fernand Clavaud.

Son ascension dans le parti confirmée, il manquait néanmoins à André Lajoinie un mandat d’élu. Le parti lui proposa la succession de Pierre Villon*, dans la troisième circonscription de l’Allier (Gannat-Saint-Pourçain-sur-Sioule), acquise au PC de longue date. André Lajoinie s’installa à Montluçon en 1973, puis à Saint-Pourçain.

Lors de la campagne législative de 1978, son concurrent principal, le centriste Maupoil, fit réaliser une affiche où André Lajoinie était caricaturé descendant d’un avion en parachute, et portant des sabots. Lors d’une réunion publique dans le petit village de Taxat-Senat, un participant lui fit remarquer que son concurrent avait voulu l’insulter en lui faisant porter des sabots. André Lajoinie parvint alors à retourner le stigmate, en mettant fièrement en avant ses origines paysannes, ce qui lui valut les applaudissements chaleureux des paysans venus l’écouter. Erreur de son concurrent, l’anecdote des sabots fut largement diffusée et lui attira sans doute l’estime de bien des électeurs de cette circonscription rurale.

Il fut élu au second tour avec 51,7 % des suffrages exprimés (36,1 % au premier tour), totalisant plus de voix que son prédécesseur Pierre Villon en 1973. En 1981, il améliora son score (39,7 % des suffrages exprimés au premier tour, 57 % au second). Réélu en 1986 lors des élections législatives à la proportionnelle, il conduisit la liste communiste dans le département, qui obtint 22,2 % des suffrages exprimés. En 1988, pour son troisième renouvellement, son implantation ne se démentit pas : 40,3 % des suffrages exprimés au premier tour, 55,5 % au second. Mais en 1993, ce parcours s’interrompit : André Lajoinie fut battu (48,7 % des suffrages exprimés, 1 300 voix d’écart avec son concurrent).

André Lajoinie détint également un mandat de conseiller régional (1982-1986 et 1992-1998). Réélu en 1998, il laissa sa place à l’un de ses successeurs potentiels dans le département, Jean-Claude Mairal, conseiller général de Moulins-sud, devenu depuis les cantonales de 1998 président du conseil général de l’Allier.

Une fois élu député, André Lajoinie obtint vite des responsabilités au sein du groupe communiste à l’Assemblée : il fut président du groupe communiste dès 1980, et responsable au sein du parti de l’action parlementaire à l’Assemblée nationale et au Sénat. En tant que président du groupe parlementaire, il jouissait au milieu des années 1980 d’une certaine notoriété. Pour l’élection présidentielle de 1988, Georges Marchais* renonça à se porter candidat une nouvelle fois, et c’est André Lajoinie qui fut proposé comme candidat par le bureau politique au comité central du 18 mai 1987. Georges Marchais déclara à cette occasion : « Le bureau politique unanime pense que le camarade le plus apte à populariser dans cette élection notre politique novatrice et rassembleuse est André Lajoinie ». Le comité central adopta la proposition à l’unanimité moins deux refus de vote (Félix Damette et Claude Llabrès*). C’est une réunion de la conférence nationale du Parti communiste, les 12 et 13 juin 1987, qui devait officiellement désigner le candidat : « c’est à la quasi-unanimité que les 96 comités fédéraux ont approuvé la candidature d’André Lajoinie » (Georges Marchais, rapport introductif à la conférence nationale, cité par Le Monde, 14-15 juin 1987).
La campagne électorale fut émaillée d’incidents, liés à la candidature concurrente de Pierre Juquin. André Lajoinie fut peu amène envers son concurrent, et jamais il ne fit preuve d’aucun intérêt à l’égard de l’entreprise des rénovateurs.

Les portraits d’André Lajoinie réalisés au cours de cette campagne ne furent guère flatteurs : il fut décrit à maintes reprises comme un fidèle de Georges Marchais, sans beaucoup de personnalité, profondément attaché à la terre. Ses origines paysannes furent bien souvent mises en exergue, en tant que singularité discriminante (« Archétype du communisme rural, dos voûté, tête obstinée rentrée dans les épaules, accent légèrement rocailleux et chantant, sourire aux lèvres » O. Biffaut, Le Monde, 20 mai 1987).

Le score réalisé par André Lajoinie (6,76 % des suffrages exprimés) fut très en deçà des espérances. Maigre consolation, il obtint ses deux meilleurs scores dans des départements ruraux (18,11 % des suffrages exprimés dans l’Allier, et 13,66 % en Corrèze).

André Lajoinie retrouva son siège de député de l’Allier en 1997 (54,3 % des suffrages exprimés au second tour) pour le conserver jusqu’en 2002. Il fut président de la commission de la Production et des Échanges à l’Assemblée nationale.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article49903, notice LAJOINIE André, François par Agnès Roche, version mise en ligne le 23 avril 2009, dernière modification le 9 septembre 2011.

Par Agnès Roche

OEUVRE : André Lajoinie, avec Roland Passevant, À cœur ouvert, Paris, Messidor / Éditions sociales, 1987, 261 p.

SOURCES : Entretien avec l’intéressé. — Le Monde, 13 mars 1978, 16 et 23 juin 1981, 18 mars 1986, 15 janvier 1987, 11 mars 1987, 18 et 20 mai 1987, 6 et 13 juin 1987, 14-15 juin 1987, 19 mars 1988, 7 et 14 juin 1988, 10 mars 1992, 24 mars 1992, 23 et 30 mars 1993, 26 mai et 3 juin 1997.

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