ABRAMOVITCH Alexandre, Ellianovitch ou Emelianovitch. Pseudonymes : ALBERT A, ALBRECHT, ALEXANDRE, VUDRO, ZALEWSKI

Par Michel Dreyfus, Serge Wolikow

Né le 27 mars 1888 à Matskouli (Russie), mort le 21 janvier 1972 à Lipaja (Lettonie) ; étudiant puis ouvrier ; un des premiers délégués du Komintern en Europe de l’Ouest et spécialement en France.

Fils de propriétaires fonciers juifs, Alexandre Abramovitch naquit à Matskouli dans le district de Kherson, près d’Odessa. Il termina ses études secondaires en 1904 puis suivit des cours de médecine à l’Université d’Odessa, d’où il fut exclu en 1905 avec interdiction de s’inscrire dans toute autre université, en raison de sa participation à des actions antigouvernementales. Il fut également chassé de la maison parentale et obligé d’entrer dans une usine de machines agricoles comme simple ouvrier.

En 1908, Abramovitch fit son service dans un régiment, cantonné dans un faubourg d’Odessa. Il y fut arrêté pour participation à une organisation bolchevique et condamné à quatre ans de bagne ; il les passa dans la prison-bagne d’Odessa. Son père réussit à le faire libérer sous caution avant la fin de sa condamnation, mais en 1911, Abramovitch fut à nouveau condamné à la déportation à vie en Sibérie orientale. Au cours de son transfert, il s’enfuit à l’étranger et s’installa en Suisse, d’abord à Genève, puis, au début de la Première Guerre mondiale, à La Chaux-de-Fonds, où il était le seul militant russe, appartenant au Parti bolchevique. Au cours de son exil, il continua ses études de médecine à la faculté de Genève qu’il ne devait jamais terminer. Après avoir rencontré Lénine au cours de cette période, il revint en Russie en sa compagnie dans le célèbre wagon « plombé », après le renversement du tsar le 3 avril 1917.

Élu au Conseil des bolcheviks de Petrograd, il fut ensuite envoyé sur le front de Roumanie, après les émeutes de juillet. En octobre 1917, il devint membre du Présidium du Conseil des députés d’ouvriers, de paysans et de soldats et membre du comité révolutionnaire à Odessa. Il revint à Petrograd en 1918 comme délégué au 7e congrès du Parti communiste russe bolchevique (PCRb). À partir de mai 1918, il fut instructeur itinérant envoyé par le comité central du Parti bolchevique, puis chef du régiment des missions spéciales de la région militaire de Moscou.

En février 1919, Abramovitch fut envoyé en Europe par le Parti bolchevique pour établir des liaisons avec des éléments révolutionnaires européens afin d’organiser le Ier congrès du Komintern. Il se rendit illégalement en Allemagne et y resta jusqu’au 1er mai 1919 où il participa à l’organisation de la République des Soviets en Bavière, dont il fut même membre du gouvernement. Il séjourna ensuite en Autriche et en Tchécoslovaquie puis, en novembre 1919, il arriva en France comme membre du secrétariat du Komintern pour l’Europe occidentale. Avec l’aide de Stépanov*, Abramovitch entra en relation avec le Comité de la IIIe Internationale et avec la gauche syndicaliste. Toutefois, jusqu’en mars 1920, leur collaboration se limita à des discussions sur la nécessité du renforcement de la propagande communiste et sur la prise de contacts avec des communistes d’autres pays d’Europe. Le manque de financement devint la cause essentielle de l’échec des premières tentatives pour créer un organe de presse ou publier des brochures. Jusqu’au congrès du Parti socialiste à Strasbourg, les représentants du Komintern ne réussirent guère à influencer réellement le mouvement ouvrier en France : leur volonté de participer à la lutte politique reçut un accueil réticent, le Komintern n’était informé qu’a posteriori des décisions prises.

À partir du congrès de Strasbourg, Abramovitch arriva à influer de manière significative sur le mouvement communiste en France, mais un nouveau problème se posa : la détérioration de ses relations avec les autres émissaires du Komintern. En tant que délégué du Comité français pour la IIIe Internationale, Abramovitch participa au IIe congrès du Komintern, mais avec seulement voix consultative. Le 8 août 1920, le « Petit bureau » du Comité exécutif de l’IC le nomma représentant du CE dans les pays latins avec Lioubarski et Gueller. Avec un passeport au nom de Frantisek Zalewsky, Abramovitch arriva courant novembre en France. Il participa à la rédaction finale de la motion pour l’adhésion à la IIIe Internationale qui devait être adoptée par le congrès de Tours auquel il assista dans les coulisses, aidant et conseillant les plus fermes partisans de l’IC. Quelques jours plus tard, il se serait débarrassé d’un carnet de chèques compromettant qu’il aurait confié à Amédée Dunois. Le 19 janvier 1921, Abramovitch et sa femme, Zelma Bertyn, furent arrêtés à Nice alors qu’ils se rendaient en Italie. Cette arrestation entraîna peu après celle d’A. Dunois et A. Ker*. Les révélations imprudentes d’Abramovitch à son codétenu, l’ancien directeur du journal pacifiste La Vérité, Pierre Meunier, devinrent le prétexte au lancement par la droite française d’une campagne de propagande sur « l’or de Moscou ». Dans le cadre de cette affaire, deux membres de la direction du PCF, Amédée Dunois* et Antoine Ker*, furent arrêtés alors qu’ils tentaient de retirer de l’argent au moyen des chèques de l’American Express Bank, signés par Abramovitch. La police arrêta également Stépanov* sous le nom de Lébédev, mais ce dernier fut rapidement libéré.

Début mai, la police française fut obligée de libérer Abramovitch, et le 17 juillet 1921, il arriva en Russie. Le 24 juillet 1921, le « Petit bureau » de l’IC le nomma directeur adjoint des affaires administratives du CE de l’IC, et plus tard il fut envoyé comme représentant en Estonie ; il y aurait été secrétaire d’ambassade à Reval et y aurait assuré un point de passage pour les courriers de l’IC. Par une décision du Présidium du CE de l’IC du 16 décembre 1922, il fut transféré à Vienne et mis à la disposition de la Fédération communiste des Balkans jusqu’en septembre 1924. À sa demande Abramovitch fut également instructeur du comité régional du PC russe à Ekatérinoslav. Le 4 avril 1925, Abramovitch revint dans l’appareil du CE de l’IC, au Département d’organisation. À partir de novembre 1925, il semble avoir dirigé le Département des relations internationales du CE de l’IC. Mais comme il ne se serait pas montré assez zélé dans ce poste, on l’aurait muté au Département d’organisation en tant que rédacteur. En janvier 1927, le secrétariat du CE de l’IC l’envoya en Chine comme représentant du Komintern ; il y resta jusqu’en janvier 1931, non sans quelques interruptions.

En 1931-1932, Abramovitch suivit les cours de l’Institut des professeurs rouges puis il fut envoyé comme fonctionnaire du Parti en Sibérie. De 1934 à 1949, il dirigea la chaire du marxisme-léninisme à l’Université de Tomsk. On ne sait s’il fut inquiété durant les grandes purges et de quelle façon ; quoi qu’il en soit, il était à la retraite en 1961. En 1949, le Présidium du Soviet suprême de l’URSS l’avait décoré de l’ordre de Lénine.

Il ne doit pas être confondu avec Aleksandr, Lazarévitch Abramov (1895-1937) qui eut un rôle important à l’OMS (organisme clandestin de liaison du Komintern) de 1926 à 1935. Celui-ci suivait particulièrement l’Europe centrale mais eut à traiter des problèmes en Suisse, en Belgique et en France. Accusé d’avoir assuré des liaisons du groupe Bela Kun avec Trotsky, il fut arrêté le 25 novembre 1937 et fusillé.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article49893, notice ABRAMOVITCH Alexandre, Ellianovitch ou Emelianovitch. Pseudonymes : ALBERT A, ALBRECHT, ALEXANDRE, VUDRO, ZALEWSKI par Michel Dreyfus, Serge Wolikow, version mise en ligne le 22 avril 2009, dernière modification le 5 juin 2019.

Par Michel Dreyfus, Serge Wolikow

SOURCES : RGASPI, Moscou, dossier personnel. — Philippe Robrieux, Histoire intérieure du Parti communiste, tome 4, Paris, Fayard, 1984, p. 63-64. — Pierre Broué, Histoire de l’Internationale communiste, 1919-1943, Paris, Fayard, 1997. — Denis Peschanski (dir.), Marcel Cachin, carnets, tomes 2 et3, 1993-1998. — Notes de Mikhaïl Panteleiev.

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