FANON Maurice, Henri

Par Claude Pennetier

Né le 31 décembre 1929 à Auneau (Eure-et-Loir), mort le 30 avril 1991 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) ; professeur d’anglais puis chanteur auteur-compositeur.

Fils d’une institutrice et d’un commerçant en fournitures scolaires, socialisant, Maurice Fanon fut un enfant « très fugueur » et très « rêveur » qui fit sa scolarité à Chartres. Mais la forte personnalité de son enfance fut son grand-père campagnard, « Octave le rouge », passionné par la Commune de Paris, qui lui apprit les livres, la « Gauche » et la nature.

Maurice Fanon fit ses études universitaires à Rennes, d’abord en philosophie puis en anglais. Il vécut avec une écossaise, Margaret, qu’il décrivit sans ménagement dans Le Testament. Enseignant à Vitry-sur-Seine puis professeur adjoint d’anglais au lycée Buffon de Paris. Maurice Fanon était un amateur de littérature et de jazz. Il écrivit un roman qu’un ami fit lire à Jean-Paul Sartre. Selon Maurice Fanon, celui-ci eut la « gentillesse » de lui dire que c’était mauvais : « quand on prend chaque page séparément, c’est très beau ; mais le tout ensemble, c’est un bric-à-brac, c’est tout ce qu’on veut mais ce n’est pas un roman ».

Évoquant la guerre d’Algérie qu’il fit de 1957 à 1959 terminant avec le grade de caporal, Maurice Fanon déclara à Jean Moalic : « J’ai toujours été profondément antimilitariste mais sans être un militant de l’antimilitarisme. Je n’aurais jamais pu avoir, par exemple, la même démarche que celle d’un objecteur de conscience, encore moins d’un déserteur ». Mais sur place, ses propos hostiles à la « pacification » dérangèrent et il fut muté. Maurice Fanon dénonça la torture dans plusieurs chansons : La Question (1971), Le Képicon (1982). Dans La Valse à soldats (1966) il ne se met pas hors du lot : « Nous étions cent/ Salis salauds/ Combien de sang/ Sur mon calot ». Conscient du problème algérien, il accepta au retour de faire « quelques missions » pour maître Mourad Oussédik. Pia Colombo, souvent plus militante que Maurice Fanon, fit de même.

L’écoute de Léo Ferré, et notamment son interprétation par Catherine Sauvage, avaient orienté Maurice Fanon vers la chanson. Il devint artiste professionnel à la fin des années cinquante et fit la rencontre de la chanteuse Pia Colombo qui fut l’amour de sa vie. Il se mit en ménage avec elle en 1960 après son retour d’Algérie. C’est d’abord pour elle que Maurice Fanon écrivit des chansons. Il lui consacra en particulier un de ses grands succès, L’Écharpe, qui est aussi une des plus belles chansons d’amour du répertoire français. Pendant leur trois ans de vie commune (ils se séparèrent en 1963), leur appartement de la rue Bréat fut un lieu de rencontres pour des artistes de la rive gauche comme Georges Moustaki, Joël Holmès, Boby Lapointe et Oswald d’Andréa. Maurice Fanon avait été embauché au cabaret Le Port du Salut en 1960, mais c’est surtout à La Méthode qu’il finissait ses nuits avec Georges Moustaki et Boby Lapointe. Ayant obtenu le Grand Prix de l’Académie Charles Cros en 1963, la séparation le confirma dans la volonté de chanter lui-même son répertoire. Il se maria le 12 octobre 1964 avec Brigitte Tranchant dont il divorça en juin 1971.

Auteur compositeur de grand talent, Maurice Fanon était essentiellement attaché au texte, la musique venait ensuite, souvent écrite par lui, par d’autres parfois tels Joël Holmès, Oswald d’Andréa ou Gérard Jouannest. Il connut le succès dans les cabarets rive gauche parisiens, sur les scènes militantes et fut chanté par des grandes de la chanson comme Juliette Gréco, Isabelle Aubret, Rosalie Dubois, Mélina Mercouri, Francesca Solleville, car ses interprètes étaient essentiellement féminines.

Le répertoire de Maurice Fanon s’inspirait des douleurs de l’Occupation (La petite juive, 1963), de la guerre d’Algérie (Paris Cayenne, 1963), de la guerre du Vietnam (Les Orgues de Monsieur Johnson, 1968), de l’argent et de la dénonciation du système capitaliste (Les gens qui n’ont pas d’argent) de l’amitié pour Jean-Roger Caussimon (A deux doigt de l’Amour), Jean Ferrat (Vincennes-Neuilly) ou Léo Ferré (Monsieur Léon de Hurlevent) et surtout (près de la moitié de son répertoire) des enthousiasmes et des déceptions amoureuses (L’écharpe 1963 ; Jean-Marie de Pantin, 1965) qui lui donnaient une force émotionnelle singulière. Moins connue, sa chanson Les communistes témoignait en 1974 de sa sympathie pour les militants et de ses réserves pour les orientations et la direction du PCF.

Politiquement, ses amis disent que Maurice Fanon était proche du Parti communiste, mais aussi « anarchiste ». Ils affirmaient aussi qu’il fut un temps franc-maçon sans précision de date et de loge. Maurice Fanon avait vécu intensément Mai 68 « Quel nettoyage de printemps […] Quelque chose meurt/Autre chose naît ». Georges Moustaki, Pia Colombo, Leny Escudero chantèrent dans les universités et les usines, mais on ne trouve pas le nom de Maurice Fanon, ni d’ailleurs celui de Jean Ferrat, sans doute moins tentés par le caractère improvisé de l’exercice.

Son refus des recettes du succès (Avec Fanon, 1963) et un caractère peu malléable le laissèrent à l’écart de la grande carrière que connaissaient Jean Ferrat ou son ami Jacques Brel qui le prit dans ses premières parties en 1967. Catherine Sauvage fit de même à Bobino en 1968, mais son spectacle était mal préparé. Le soutien de Travail et culture et de la Maison pour tous de la rue Mouffetard ne suffit pas à lui gagner un public plus large que celui des cabarets. Sa mauvaise gestion des contrats avec les maisons de disque contribuèrent à casser la carrière de Maurice Fanon. Signataire d’un contrat avec CBS en février 1963, il avait répondu aux sirènes de Barclay en 1966 sans tenir compte des clauses antérieures, entrant dans un long conflit juridique qu’il perdit et qui bloqua ses disques.

La traversé du désert de Maurice Fanon dura une décennie. Désargenté (son appartement fut saisi par les impôts et l’URSSAF fit retenir le revenu de ses droits), aigri, usé par l’alcool, il renonça un temps à chanter. En 1977, Pia Colombo atteinte d’un cancer (dont elle mourut en 1986) lui demanda d’écrire un spectacle, le Requiem Autour d’un temps présent qui fut présenté au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers l’année suivante, épreuve difficile, douloureuse qu’il réussit. Les années quatre-vingt lui offrirent de nouvelles chances comme en 1982 et 1984, l’édition de deux disques inédits chez Gérard Meys (ami et producteur de Jean Ferrat) ou la réédition de ses anciens titres chez Barclay. En dépit de ses prestations dans le cabaret le Connétable, tenu par sa nouvelle compagne Françoise Wilcz, de ses concerts à succès au Japon (où ses chansons étaient connues grâce à ses interprètes féminines françaises et nipponnes), ou encore de l’édition du roman Le petit Turc qu’il dit ne pas être autobiographique, il entra dans l‘histoire de la chanson comme un « chanteur maudit ».

Un cancer du poumon emporta Maurice Fanon à l’hôpital américain de Neuilly en avril 1991. Depuis, CBS (Columbia-Sony Music), Barclay et Gérard Meys ont réédité sur CD l’ensemble de son œuvre qui garde un public fidèle.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article49879, notice FANON Maurice, Henri par Claude Pennetier, version mise en ligne le 18 avril 2009, dernière modification le 2 décembre 2018.

Par Claude Pennetier

ŒUVRE : La Transparente, œuvre autobiographique, à peine romancée. — Le petit Turc.

SOURCES : Florie Cadilhac, Maurice Fanon et Claude Vinci ou l’itinéraire de deux chanteurs rive gauche dans les années soixante, mémoire de maîtrise, CHS Paris 1, 2004. — J. Moalic, Avec Fanon, Christian Pirot, Saint-Cyr-sur-Loire, 1995. — Sites internet. — Témoignages de Joël Holmès, Claude Vinci et Françoise Wilcz. — État civil d’Auneau.

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