VACHETTE Roland dit Francis

Par Daniel Grason, Gérard Larue

Né le 7 mai 1917 à Nogent-sur-Oise (Oise), abattu le 11 janvier 1944 à Saint-Denis ; militant communiste ; résistant FTP des Groupes spéciaux.

Fils d’Émile, mécanicien à la Compagnie du Nord, et de Jeanne, né Foix, Roland Vachette se maria dans sa commune natale le 31 octobre 1936 avec Louise, Raymonde Quillet, le couple eut un enfant. Au moment du Front populaire, il animait les Jeunesses communistes à Nogent-sur-Oise. Le parti communiste fut interdit par décret le 26 septembre 1939, Roland Vachette continua à militer à distribuer Il fut arrêté le 6 décembre 1940 pour « propagande communiste », au cours de la perquisition les policiers saisissaient des tracts, cinq carabines, un revolver, un drapeau rouge et des portraits de militants. Interné le jour même au camp d’Aincourt (Seine-et-Oise, Val-d’Oise), il signa le 28 avril 1941 une déclaration où il désapprouvait l’action communiste sous toutes ses formes. Roland Vachette était libéré à l’occasion du 1er mai 1943.

Il reprit de l’activité militante à une date inconnue, intégra les FTP au sein des Groupes spéciaux (GS). Le 27 août il était dans l’équipe qui tenta de dérober des tickets d’alimentation à la mairie de Sèvres-les-Bruyères (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine). Le 21 août quatre FTP se rendaient à bicyclettes jusqu’à la mairie de Fourqueux près de Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise, Yvelines). À la fermeture de la mairie, la secrétaire de la mairie devait sortir avec une sacoche contenant des tickets de rationnement. Elle sortit accompagnée d’un homme, Galo Bordège gardait les vélos, par mesure de prudence les FTP décidèrent de la suivre jusqu’à son domicile. Émile Réaubourg accompagné de Roland Vachette dit Francis frappa à la porte du pavillon, entra, une dispute éclata avec la secrétaire. Réaubourg sortit, indiqua aux autres FTP « Il n’y a rien à faire ». À l’intérieur le ton monta entre la femme et Roland Vachette, elle menaça d’appeler la gendarmerie.

Il était le 23 octobre 1943 avec Franz Roeckel dit Rageac, Paul Quillet dit Arnoux, Durand dit Bruno à l’attaque de la mairie de Nogent-sur-Marne, des tickets de rationnement devaient être distribués, ils furent raflés. Le 5 novembre 1943 Durand dit Bruno assurait la protection à l’extérieur du restaurant Leboeuf 84 Grande-Rue à Montrouge (Seine, Hauts-de-Seine). Selon Roeckel, Leboeuf avait dénoncé une quarantaine de camarades, Roland Vachette dit Francis, Durand et Jean Camus se restaurèrent. Au moment de régler l’addition Camus appuya sur la gâchette, le coup ne partit pas, il réarma, tira une balle à bout portant dans la tempe de Leboeuf.

Le 19 novembre vers 10 heures 30 Franz Roeckel, Roland Vachette et Jean Camus, mitraillettes Sten à la main ordonnaient au chauffeur des tickets de rationnement en mairie de Sartrouville de s’arrêter, le gardien de la paix qui l’accompagnait était désarmé. Les sacs de tickets étaient promptement transférés dans le véhicule des FTP. Le 11 décembre avec Roland Vachette, il se rendait 30 Rue Aristide Briand à Levallois-Perret (Seine, Hauts-de-Seine) tuait Roger Moro, un ébéniste ex-militant du parti communiste, considéré comme un traître. Selon son épouse il était coupé de l’organisation depuis un ou deux mois. Auparavant il ronéotait les tracts et se chargeait de la répartition.

Le 3 janvier 1944 des inspecteurs de la BS2 interpellaient un jeune ouvrier italien, Auguste Andreï, que Camus venait de recruter. Le 8 janvier cinq inspecteurs de la BS2 interpellaient Jean Camus à l’angle des rues de Vaugirard et de la Procession dans le XVe arr. Roland Vachette habitait à Saint-Denis, hébergeait l’un de ses camarades du GS (groupe spécial) des FTP de la région parisienne, Jean Camus. Ce dernier fut pris en filature par les inspecteurs de la BS2 après l’arrestation le 3 janvier 1944 d’un jeune ouvrier italien, Auguste Andreï, que Camus venait de recruter. Arrêté à son tour et copieusement tabassé, le « terroriste » Camus finit par livrer l’adresse de Francis.

Alerté par la disparition de son camarade Jean Camus qu’il hébergeait, Roland Vachette était certainement en alerte. Un autre militant dionysien Jean Verrechia habitait aussi au 5 bis Rue Driessens (actuellement rue Roland-Vachette). Son épouse venait d’être hospitalisée pour accoucher, Vachette revint le 11 janvier 1944 rue Driessens pour prendre des affaires dans son logement situé au rez-de-chaussée. Craignant probablement l’arrestation, il s’était réfugié chez Verrechia au 1er étage.

De très nombreux inspecteurs de la BS2 étaient sur place ce jour-là ainsi que les commissaires Pierre Gautherie et Jean Hénoque Les policiers de la BS2 constatèrent que le logis de Vachette était vide d’occupant, ils décidaient d’aller au premier étage. Ils frappèrent, Verrechia ouvrit, aux questions des policiers il répondit « Il n’y a personne chez moi ». Deux inspecteurs pénétrèrent dans l’appartement, une pièce sur la gauche était dans l’obscurité. Roland Vachette vendit chèrement sa peau, il fit feu blessant grièvement deux inspecteurs. Profitant de l’effet de surprise il se réfugiait sur le toit.

Malgré une rafale de mitraillette, touché, Vachette sauta du toit, traversa une petite cour intérieure pour se réfugier dans une cave. Il fut finalement abattu d’une deuxième rafale de l’une de ces mitraillettes anglaises dont les Allemands avaient récemment doté leurs précieux auxiliaires des deux brigades spéciales de la police politique parisienne. Sur le toit les policiers trouvèrent un parabellum 9 m/m et un pistolet automatique 6,35 m/m muni d’un chargeur de six cartouches. Dans son logement les inspecteurs saisissaient un autre parabellum muni d’un chargeur de neuf cartouches, un poignard, un carnet annoté, etc.

Une plaque fut apposée après-guerre sur sa maison natale à Nogent-sur-Oise et la commune donna son nom à une rue. La ville de Saint-Denis fit de même pour perpétuer la mémoire de ce vaillant résistant.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article49839, notice VACHETTE Roland dit Francis par Daniel Grason, Gérard Larue, version mise en ligne le 11 avril 2009, dernière modification le 22 février 2016.

Par Daniel Grason, Gérard Larue

SOURCES : Arch. PPo., 77W 2215, BS2 carton 28, JA 235, JA 253, KB 64. - Archives du service des cadres du PCF (« affaire Andreï »), notes de Jean-Pierre Ravery. – État civil.

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