FONTANEL Lucien

Par Michel Lequenne

Né en 1925, mort en 1955 à Paris ; ouvrier, trotskiste, membre du PCI-SFQI, puis du PCI majoritaire.

Toute la courte vie de Lucien Fontanel s’est déroulée dans une lutte acharnée contre une maladie nerveuse, dite du plexus solaire, à laquelle la médecine n’a pu trouver de solution, et pour dominer par une grande force de caractère le handicap d’un bras atrophié de naissance. À seize ans, à Saint-Ouen où il habita, il fut employé à l’usine Ferodo. Il y rencontra Henri Benoits*, d’un an son cadet, qui y fit son apprentissage d’ouvrier. Ensemble, ils pratiquaient l’athlétisme à l’Évolution sportive du XVe arrondissement de Paris. Lucien Fontanel, du fait de son état physique, se limite à la course de 80 mètres. Mais Benoits se souvient pourtant de lui comme d’un garçon joyeux, aimant même faire le pitre. Au début de 1944, Henri Benoits fut recruté au PCI-SFQI par Daniel Renard*, apprenti chez Chausson, où travailla aussi le frère d’Henri. Ce n’est cependant qu’après les semaines de grèves et d’occupations de la Libération, puis alors qu’il était démasqué comme trotskiste, qu’Henri entreprit Lucien, avide de connaissances toujours plus poussées, et qui devint stagiaire du PCI en 1946. Ils furent alors tous deux membres de la cellule du XVIIIe arrondissement, et suivirent ensemble les cours dispensés par le responsable du rayon Nord, Rodier (Raymond Gorin) et par sa femme Cordier (Hélène)*.

L’acharnement à l’étude du marxisme de Lucien Fontanel le fit progresser rapidement, et son activité politique, surtout sur le terrain syndical, fit bientôt de lui un des cadres ouvriers du PCI, et un collaborateur régulier de son journal, La Vérité. En 1951, il prit position activement pour la majorité de la section française dans la grande crise de la IVe Internationale qui commençait, et entra dans l’équipe de rédaction du journal quand Marcel Bleibtreu en prend la direction. Il en fut le gérant après la scission de 1952, et le responsable des pages “ouvrières“, dont il écrivit la plupart des éditoriaux. C’est ce noyau de la rédaction de La Vérité, auquel le travail en commun donnait une homogénéité, qui fut celui de la tendance qui se constitua autour de Bleibtreu, sur un ensemble de questions politiques, auxquelles s’opposa le courant dirigé par Pierre Lambert*. Celui-ci devenu majoritaire, les membres de la tendance dite Bleibtreu-Lequenne sont mis successivement hors tous les postes de direction, y compris ceux du journal.

Les oppositions politiques atteignirent leur sommet sur les problèmes de la révolution algérienne qui commençait à la fin de 1954. Un conflit, suscité par le refus de la direction « lambertiste » d’assumer un éditorial du journal en soutien à cette révolution, se termina par l’exclusion, par le comité central, en mars 1955, de Bleibtreu, Lequenne et Fontanel (qui en était devenu membre lors du IXe congrès, en juin 1954), entraînant la sortie du parti de toute la tendance, qui fonda alors un Groupe bolchevik-léniniste. Sa maladie nerveuse, à laquelle s’était jointe une colite, n’a jamais quitté Lucien. Il fallut les révélations, par sa compagne Suzanne Minot, du caractère terrible de ses souffrances, qu’il cachait le mieux qu’il pouvait dans son activité diurne, pour apprendre qu’elles pouvaient aller jusqu’à le tordre la nuit pendant des heures, sans qu’aucun traitement ne soit parvenu à les atténuer. L’exclusion du PCI lui enleva le ressort politique qui l’aidait à se battre contre le mal. Malgré le soutien et l’amour de sa compagne, dans la solitude morale où il se trouva pendant l’été 1955, il ne put supporter une ultime crise et se suicida.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article49829, notice FONTANEL Lucien par Michel Lequenne, version mise en ligne le 9 avril 2009, dernière modification le 9 avril 2009.

Par Michel Lequenne

ŒUVRE : articles dans La Vérité.

SOURCES : témoignages d’Henri Benoits et de Michel Lequenne.

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