FAURE Paul, Auguste [Pseudonymes : Robert, Gaston et François DARIEN]

Par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason

Né le 5 août 1913 à Paris (Xe arr.), fusillé le 14 février 1944 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; étireur sur métaux ; militant communiste dans l’Oise ; résistant FTPF dans la région parisienne.

Fils d’Auguste et Louise Desplanque, Paul Faure passa sa jeunesse à Mogneville (Oise). Ses parents apparurent sur les listes nominatives de recensement de la commune en 1926. Le père travaillait à l’usine Desnoyers de Laigneville. Paul Faure travailla d’abord comme fraiseur chez Marinoni à Montataire puis comme étireur sur métaux chez Desnoyers à Laigneville. Il était un des responsables départementaux des Jeunesses communistes au moment du Front populaire, secrétaire de la section de Liancourt en 1936 et responsable de la propagande au bureau régional en 1938.
Mobilisé en 1939 à Metz, il fut démobilisé en 1940, et affecté spécial le 18 janvier 1940 à la Compagnie Électro-Mécanique à Rai dans l’Orne. Il épousa Suzanne Coualan, vendeuse, le couple eut un enfant, en 1941 la famille s’installa 68 rue de l’Église à La Garenne-Colombes (Seine, Hauts-de-Seine). Il travaillait dans la localité pour l’entreprise Grappin. Désigné pour aller travailler en Allemagne, il quitta son domicile et alla habiter sous le nom de François Darien 79 rue du Landy à Saint-Denis (Seine, Seine-Saint-Denis). Il rencontra un militant communiste qui le mit en rapport avec un homme disant s’appeler « Cousin ». En décembre 1943, il fut rapidement désigné responsable militaire des FTP de la région P3 (banlieue nord de Paris), sous le pseudonyme de « Robert », matricule 3091. Il prit ensuite la direction du détachement « Marceau » sous le pseudonyme de « Gaston ». Il fut arrêté le 20 octobre 1943 par des inspecteurs de la BS2 des Renseignements généraux parisiens.
Les policiers saisirent à son domicile un important stock de matériel : deux mitraillettes légères de char, une mitraillette Sten, trois pistolets et revolvers, quatre poignards, seize grenades (Mills et OF), cinq corps de bombes, huit paquets d’hexogène, deux rouleaux de cordon Bickford, trois engins incendiaires, neuf chargeurs garnis pour mitraillettes, un chargeur de fusil-mitrailleur, un lot de cartouches de guerre, un lot de timbres humides. Une importante documentation des FTP retint l’attention des policiers : un projet d’attentat contre un Brigadier des gardiens de la paix, la description d’un homme, plusieurs notices « Comment détruire le réseau électrique », d’autres sur les engins incendiaires, l’interruption des voies navigables, la destruction des moyens de transports, plusieurs « Code d’honneur des FTP » etc.
Paul Faure était inconnu des différents services de police, il fut soumis à des interrogatoires « musclés », il finit par reconnaître sa participation à plusieurs actions. En février 1943 à la tentative d’incendie avec une bouteille incendiaire d’un poste allemand rue du Landy à Saint-Denis. Le 25 février 1943 à l’incendie des établissements Gouthon 213 rue Ledru-Rollin à Pierrefitte (Seine, Seine-Saint-Denis).
Le 21 mai 1943, il fit le guet à l’extérieur des chantiers navals Franco-Belge à Villeneuve-la-Garenne, plusieurs FTP déposaient des engins explosifs et incendiaires dans des vedettes rapides en construction. Le 4 juin au grenadage d’un détachement allemand au Pont de Saint-Ouen. En juin 1943 au vol de mitrailleuses légères de chars qui s’avéreront inutilisables (les canons étaient percés) à la Société Générale de Constructions Mécaniques, 34 rue de la Gare à La Courneuve.
Le 3 juillet 1943 au jet d’une grenade sur un train de permissionnaires allemands, la grenade rebondissait sur le toit d’un wagon et retombait à terre sans exploser. Le même jour à la tentative de déménagement d’un dépôt de matériel situé au 26, avenue du Président Wilson à la plaine Saint-Denis.
Le 26 août en compagnie d’André Ched’Homme et Adolphe Wersand au déraillement d’un train de matériel allemand à Creil. Au cours de cette opération Ched’Homme dit « Petit Pain » fut tué par des gendarmes, et il y eut trois FTP qui avaient été arrêtés alors qu’ils allaient prendre le train à la gare de Pont-Saint-Maxence.
Paul Faure fut selon ses déclarations « rétrogradé » et nommé chef du détachement « Marceau ».
Le 26 septembre il participait à la récupération d’armes dans les Bois de Domont. Début octobre avec sept FTP il dirigeait l’opération du déboulonnage de rails à Orry-la-Ville. Et le 15 octobre à la tentative d’incendie des établissements Hydro-Carbures à Saint-Denis. De nombreux papiers ayant été saisis à son domicile, Paul Faure reconnut sa participation aux actions qu’il dirigea.

Livré aux Allemands, incarcéré dans le quartier allemand de la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne), Paul Faure fut condamné à mort le 28 janvier 1944 par le tribunal militaire de la Wehrmacht FK 758 de Saint-Cloud (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine). Il a été fusillé le 14 février avec deux autres FTP de la région P3, André Deveze et Adolphe Wersand.

Son épouse Suzanne auditionnée le 21 novembre 1944 par la commission d’épuration de la police déclara : « J’ai vu mon mari pendant cinq minutes environ le 25 octobre 1943 dans les locaux de la Brigade spéciale. Il n’a pu me faire aucune confidence et j’ignore s’il a été torturé. J’ignore dans quelles circonstances et par qui il a été arrêté. Je porte plainte contre les auteurs de l’arrestation de mon mari ».
Le ministère des Anciens combattants lui attribua la mention « Mort pour la France », Paul Faure fut homologué à titre posthume lieutenant FFI.

Une rue de Mogneville porte son nom. Pendant l’Occupation ses parents cachèrent des responsables clandestins de la résistance communiste.

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Dernière lettre
 
Fresnes, le 14 février 1944
11h. 1/2
Chers femme et enfant,
Ma chère femme et mon petit enfant, je viens d’être prévenu que ma grâce est rejetée, je dois être exécuté à quinze heures Excuse mon écriture. D’ailleurs, c’est compréhensible.
Tu sais, ma petite femme, j’ai fait mon devoir de soldat français, je ne regrette rien, je te demande simplement d’élever mon petit Marc dans les mêmes principes que son père et qu’il ne m’oublie jamais.
Je te . demanderai aussi une chose : ne te fâche jamais avec mes parents, ni personne de ma famille ni de la tienne
Le plus malheureux, c’est de tomber si près de victoire J’espère que ma volonté sera faite vis-à-vis de mon enfant, et. que ce que je te demande sera réalisé.
Je te demande aussi une chose. Si jamais il t’arrivait quelque chose, je veux que ma soeur et beau-frère Marcel soient les tuteurs de mon enfant
René et Henriette les subrogés tuteurs, il faut qu’ils se marient tous les deux pour cela.
Quant à toi, ma petite femme chérie, tu pourras te refaire un foyer, tu es Jeune, choisis un mari qui soit digne de toi et qu’il aime mon fils comme le sien.
Surtout je te demande de toujours aimer mes parents comme les tiens et de les consoler de tout ton cœur. Dis-leur que je meurs en brave et en soldat, qu’ils soient fiers de moi ainsi que mon fils ; je veux qu’il porte mes décorations et qu’il en soit
digne.
Je te quitte, ma chère femme et mon cher fils, en vous embrassant à jamais, je vous dis adieu pour la vie, ne m’oubliez jamais. J’embrasse aussi René, Henriette et Juliette, ainsi que Mélie, Guillaume, Fulberte et Ginette, et tout le monde J’écris aussi à mes parents
Je vous quitte, chers femme et enfant, en vous embrassant mille fois à jamais
Paul
Vive la France

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article49730, notice FAURE Paul, Auguste [Pseudonymes : Robert, Gaston et François DARIEN] par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason , version mise en ligne le 13 décembre 2016, dernière modification le 20 février 2017.

Par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. GB 136 BS2 carton 44 (transmis par Gérard Larue), KB 15. – DAVCC B VIII 5 liste S 1744 071/44 (notes de Thomas Pouty). – SHD, Caen AC 21 P 182543. – Bureau Résistance GR 16 P 218005. – Arch. CCCP (Notes de Jean-Pierre Ravery) – ANACR-Oise, Ils ont fait le sacrifice de leur vie... Le prix de la liberté dans l’Oise, 1940-1945, 2002. – Le travailleur de l’Oise, 1947. – Renseignements fournis par Madame Paul Faure. – Site des fusillés du Mont-Valérien.

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