EAUBONNE (d’) Françoise [PISTON d’EAUBONNE Françoise, Marie-Thérèse, dite]

Par Delphine Naudier

Née le 12 mars 1920 à Paris (XVIIe arr.), morte le 3 août 2005 à Paris (XIVe arr.) ; écrivaine ; adhérente du PCF (1945-1957) ; féministe.

Cliché fourni par sa famille.

Le grand-père maternel de Françoise d’Eaubonne était un militant carliste dont la tête avait été mise à prix et qui avait dû fuir l’Espagne pour la France où il épousa la grand-mère de l’écrivaine. Sa mère, Rosita-Mariquita Martinez y Franco, une des premières femmes à poursuivre des études scientifiques, suivit les cours de Marie Curie à la Faculté des Sciences de Paris. Engagée, elle milita au « Sillon », le mouvement progressiste chrétien de Marc Sangnier. Elle y rencontra Étienne d’Eaubonne. Ce dernier appartenait à une famille de grands voyageurs et avait un ancêtre navigateur anti-esclavagiste des Antilles. Quatre filles et un garçon naquirent de cette union. Françoise d’Eaubonne fut la troisième des cinq enfants. Françoise d’Eaubonne fut élevée dans une famille progressiste et cultivée. Son père, anarcho-syndicaliste, était secrétaire général de compagnie d’assurance. Sa mère enseignante l’avait très tôt sensibilisée aux inégalités vécues par les femmes. Elle-même n’avait pas continué sa carrière scientifique une fois mariée.

Françoise d’Eaubonne fit ses études à l’institution catholique Notre-Dame de Saint-Maur à Toulouse (Haute-Garonne). Titulaire du baccalauréat, elle poursuivit des études à la faculté des Lettres et des Beaux-arts de cette ville. Elle fut très tôt attirée par les jeux d’écriture et se consacra, dès l’adolescence, à une pratique d’écriture littéraire soutenue par sa famille. Elle publia ses premiers poèmes en 1942 et son premier roman, Le cœur de Watteau, chez Julliard en 1944.

Sous l’Occupation, Françoise d’Eaubonne participa à la Résistance à Toulouse, puis adhéra au Parti communiste en 1945 dont elle restera membre jusqu’en 1957. Elle était proche de Laurent Schwartz*, Vladimir Jankélévitch, Lucien Goldmann* et Jacques Aubenque avec qui elle se maria. Elle se remaria en 1976 avec le détenu Pierre Sanna, matricule 645 513, pour dénoncer sa condamnation pour meurtre. Elle fut lectrice aux éditions Julliard (1953-1960), chez Calmann-Lévy (1960-1966), Flammarion (1966-1970). En 1953, elle devint membre du Conseil national des écrivains. Elle est secrétaire générale de SOS Sexisme depuis 1988. Critique littéraire à Radio Mouvance, Paris FM, Radio-Paris et Radio-Beur (1989) et à Paris Pluriel, elle consacra de nombreuses biographies à des auteurs masculins et féminins. Elle a deux enfants qu’elle éleva avec l’aide de sa famille.

La lecture du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir en 1949 fut déterminante pour l’engagement féministe de Françoise d’Eaubonne. Elle prit la défense de la philosophe en publiant Le complexe de Diane en 1951. Son engagement politique la conduisit à signer le manifeste des 121 en 1960 pour l’indépendance de l’Algérie. Elle participa au Mouvement de libération des femmes, appartint au courant des féministes radicales, signa le manifeste des 343 (« Je me suis fait avorter ») en 1971 et fonda, la même année, le Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR) avec Guy Hocquenghem. Elle poursuivit un travail de théoricienne et créa le mouvement « Écologie et féminisme », peu suivi en France, qui trouva surtout un écho en Australie et aux États-Unis. Ce courant fut reconnu en 1998 à l’université Missoula du Montana.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article49704, notice EAUBONNE (d') Françoise [PISTON d'EAUBONNE Françoise, Marie-Thérèse, dite] par Delphine Naudier, version mise en ligne le 2 avril 2009, dernière modification le 30 mai 2019.

Par Delphine Naudier

Cliché fourni par sa famille.

ŒUVRE CHOISIE : Comme un vol de gerfauts, Denoël, 1947. — Les Tricheurs, 1960. — Les Femmes avant le patriarcat, Payot, 1976. — Le Féminisme ou la mort, Pierre Horay, 1974. — Ses Mémoires irréductibles, publiées en 2001, reprennent ses « Mémoires précoces » – Chienne de jeunesse, 1965 ; Les Monstres de l’été, 1966. — L’Indicateur du réseau, 1980 – et s’enrichissent d’une nouvelle partie rédigée de 1980 à 1999, Les Feux du crépuscule.

SOURCES : Sylvie Chaperon, Les années Beauvoir (1945-1970), Fayard, 2000. — Françoise d’Eaubonne, Mémoires irréductibles. De l’entre-deux guerres à l’an 2000, Dagorno, 2001. — Françoise Eaubonne, « Des femmes parlent aux femmes », Magazine littéraire, 1er février 1974. — Françoise d’Eaubonne, DOS EAU, 2, Correspondance et documents donnés par Gérard Verroust, fonds Bibliothèque Marguerite Durand. — J. Jackson, « Arcadie : sens et enjeux de « l’homophilie » en France, 1954-1982 », Revue d’histoire moderne et contemporaine , 2006/4, 53, p. 150-174. — Prochoix, n° 5, avril-mai 1998, entretien de Fiametta avec Françoise d’Eaubonne, Marie-Jo Bonnet, « 5 mars 1971, le futur FHAR attaque Laissez-les vivre ». — A. Marchant, « Daniel Guérin et le discours militant sur l’homosexualité masculine en France (années 1950-années 1980) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2006/4, 53, p. 175-190.

Filmographie : Une irréductible rebelle : Françoise D’eaubonne 2006 , Documentaire Biographique d’une grande écrivaine et militante féministe Française - DVD , Couleur , 32 mn , L’Atalante.

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