FARAVEL Jean, Vincent

Par Pierre Bonnaud

Né le 5 août 1906 à Annonay (Ardèche), mort le 13 mai 1991 à Vallon-Pont-d’Arc (Ardèche) ; instituteur, puis directeur du cours complémentaire de Vallon Pont d’Arc (Ardèche) ; syndicaliste SNI, militant socialiste, libre-penseur, franc-maçon, secrétaire de la fédération SFIO de l’Ardèche (1951 à 1956) ; adjoint au maire de Vallon-Pont-d’Arc (1965-1983).

Orphelin de mère à trois ans, Jean Faravel était issu d’un milieu modeste. Son père était coiffeur à Annonay. À l’issue de sa scolarité à l’école primaire supérieure, il fut reçu au concours d’entrée à l’école normale d’instituteurs du Rhône. Élève maître à Lyon de 1923 à 1926, il y fut gagné aux idées du socialisme, probablement sous l’influence de Léon Emery.

Postulant dans son département d’origine, Jean Faravel fut nommé en 1928 à l’école primaire de Vallon, dans le sud de l’Ardèche. Il y fonda sa famille. Son épouse, Yvette Fabre, institutrice originaire de la commune de Balazuc, avait été nommée au cours complémentaire de Vallon. Jean Faravel la rejoignit dans cet établissement qu’il ne quitta plus jusqu’à la fin de sa carrière. Le couple eut deux enfants.

Libre-penseur et militant SFIO, d’un tempérament fougueux, Jean Faravel se retrouvait au sein d’un bastion du Parti socialiste : le maire de Vallon, Sully Eldin*, avait été aussi le premier député socialiste de l’Ardèche. Il y exerça de pair des responsabilités politiques et syndicales. En 1934-1935, secrétaire de la section SFIO locale, il fut aussi secrétaire pédagogique de la section ardéchoise du syndicat national des instituteurs et institutrices de France et des colonies, affilié à la CGT.

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Au lendemain des événements de février 1934 et dans le climat politique de l’été 1935 marqué par les décrets-lois Laval qui ponctionnaient les salaires des fonctionnaires, Jean Faravel signa le texte d’une affiche qui fustigeait les Croix de feu et le gouvernement : « Citoyens, que sont les Croix de feu ? Chevaliers de la pince monseigneur à Reims et rue Faydeau. Incendiaires et pétroleurs du 6 Février. Agents provocateurs à Chartres, à Alger et rue Damrémont à Paris. Complices des assassins et matraqueurs d’ouvriers à Lille, Paris et à Hénin-Liétard.
« Quels sont ceux qui subventionnent le mouvement Croix de feu ? Ernest Mercier, magnat de l’électricité ; de Wendel, régent de la Banque de France ; Schneider et Théodore Laurent, grand maître du Comité des Forges.
« Que veulent les Croix-de-feu ? Instaurer le régime fasciste en France.
« Français ! Vous n’avez pas de leçon de probité à recevoir des fraudeurs de la Banque de Bâle et de ceux qui ont permis les fameux décrets-lois du renégat Laval pour faire rentrer dans la circulation les 40 milliards thésaurisés sinon dans les bas de laine du moins dans les bas de soie.
« Français, votre devoir est tout tracé, rejoignez les organisations antifascistes. »
Xavier Vallat, maire et conseiller général de Satillieu, député de l’Ardèche et futur secrétaire d’état aux questions juives de Vichy, répondit à Jean Faravel dans les colonnes de La Gazette d’Annonay, le 14 septembre 1935, sous le titre « un singulier éducateur ». Après s’être demandé si « le budget de l’Éducation nationale était destiné à payer des instituteurs qui piquent des crises de délire politique », le député d’extrême droite écrivait : « […] ou bien Monsieur Faravel écrit ses histoires mirobolantes en sachant fort bien qu’il dit le contraire de la vérité. Et alors il ne relève que du mépris public. Ou bien il croit vraiment à ces extravagances, et alors il faut le nommer à Privas où cette façon d’écrire l’histoire ne choquera pas les pensionnaires habituels de l’asile Sainte Marie. Dans les deux cas, il n’est pas qualifié pour exercer la délicate mission d’éducateur de la jeunesse française. Il ne faut pas confondre le bourrage de crânes avec la formation des cerveaux. […] »
Le préfet de l’Ardèche, Angelo Chiappe, frère du préfet de police de Paris- transmit le 9 octobre 1935 l’article à l’inspecteur d’Académie, lequel fit savoir qu’il se proposait de « donner (à Faravel) un avertissement sévère et de le mettre en garde contre les gestes condamnables auxquels pourrait l’entraîner sa qualité de secrétaire d’un groupe politique ».

Jean Faravel ne renonça pas pour autant à ses responsabilités. La réunification de son organisation syndicale et du syndicat unitaire de l’enseignement CGTU, majoritaire en Ardèche, fut mouvementée. En 1937, dans le nouveau bureau départemental du syndicat réunifié, il était délégué SUDEL. Au sein de son parti, en 1939, il devint secrétaire fédéral adjoint.

Mobilisé en septembre 1939, Jean Faravel ne fut pas fait prisonnier lors de la débâcle de 1940 et put reprendre après sa démobilisation ses fonctions professionnelles. Bien qu’inscrit en 1941 par les services du commissariat spécial de Privas sur une liste d’enseignants suspects et à surveiller, il fut nommé directeur du cours complémentaire en 1943, à la suite d’un départ à la retraite. À l’automne 1944, quelques semaines après la Libération du sud de l’Ardèche, Jean Faravel procéda à la reconstitution de la section SFIO de Vallon dont il assura à nouveau le secrétariat, aux côtés d’Henri Ageron, secrétaire adjoint, et de deux propriétaires viticulteurs, Paul Dumas et Samuel Ozil, trésorier et trésorier adjoint.

Le 13 janvier 1945, Jean Faravel fit paraître dans L’Ardèche socialiste un article intitulé « Parlons net ». Très attaché à l’établissement dont il assurait la direction, il réagissait au refus de l’administration de créer une nouvelle classe. Après avoir rappelé « le souffle jésuitique » qui inspirait le régime de Vichy, il lançait un appel à ses camarades de la SFIO, égratignant au passage le PCF et sa politique d’union de toutes les forces issues de la Résistance : « Alerte mes camarades du parti socialiste ! Nous avons toujours sur notre drapeau le mot laïcité, il ne faut pas qu’il s’efface sous des prétextes plus ou moins intéressés comme il tend à s’effacer des plis d’un autre drapeau. Ouvrez les yeux, tendez l’oreille, et vous comprendrez que j’ai raison et que l’heure n’est pas à se laisser aller au sommeil, en croyant que c’est arrivé, que la France est la grande France de 1793. »

En avril-mai 1945, Jean Faravel influença largement la section de Vallon pour qu’elle ne constituât point de liste commune avec le PCF aux élections municipales. La liste SFIO l’emporta. Conduite par Henri Ageron, la municipalité socialiste fut reconduite sur cette ligne politique jusqu’en 1959. Jean Faravel ne fut pas candidat, mais son épouse Yvette fut élue à deux reprises au conseil municipal en 1947 et 1953.

À l’échelle du département, Jean Faravel fit partie du bureau fédéral du Parti socialiste à l’issue du congrès de La Voulte le 23 février 1947. En décembre 1948, il devint secrétaire adjoint de la fédération. Proche de Pierre Fournier*, secrétaire fédéral en titre, il le remplaça le 18 novembre 1951, après le vif débat interne soulevé par l’exclusion d’Edouard Froment* et le mauvais score électoral de la SFIO aux législatives de 1951. En avril 1956, il reprit sa place d’adjoint derrière Pierre Fournier* redevenu secrétaire fédéral.

Avec la Guerre froide, dans les années 1950, Jean Faravel exprima publiquement et d’une manière virulente ses sentiments anticommunistes, souvent inspirés par les écrits de Jean-Paul David et l’organisation « Paix et Liberté ». Cependant, il dut composer à de nombreuses reprises avec ceux qu’il considérait comme ses adversaires déclarés. En 1958, c’est aux côtés des communistes et des radicaux de la localité qu’il manifesta en mai pour la défense de la République et contre le coup de force d’Alger. Le ralliement du secrétaire général de la SFIO, Guy Mollet à de Gaulle, fin mai, entraîna le sien. Aux élections législatives de novembre 1958, Jean Faravel était le suppléant de Marius Dubois dans la troisième circonscription de l’Ardèche. Leur profession de foi commune déclarait notamment : « Pour de Gaulle, autant qu’on en puisse juger, le but est clair : servir une fois de plus l’intérêt national en maintenant la République qu’il n’a jamais d’ailleurs voulu personnellement abattre, alors que l’occasion lui a été offerte à plusieurs reprises. » Les deux candidats demandaient à leurs électeurs de porter « le parti à l’avant-garde de la Ve République ».

Les élections municipales du 8 mars 1959 ramenèrent la barre à gauche au sein de la section socialiste de Vallon. Sous l’impulsion d’Henri Ageron, une liste d’union SFIO-PCF fut constituée face à celle de la droite locale. Jean Faravel accepta d’être candidat. Il fut élu conseiller municipal avec 544 voix. Il fut reconduit dans son mandat en 1965, 1971 et 1977. En 1965, il devint maire-adjoint et conserva cette charge dans la municipalité conduite par le maire communiste Marc Peschier* qui succéda en 1977 à Henri Ageron.

Sur le plan électoral, en dehors de ses mandats municipaux, Jean Faravel fut candidat à de multiples élections. Il se présenta dans le canton de Joyeuse en 1955. Lors des législatives de 1951 et 1956, il figurait en troisième position sur la liste constituée par la SFIO dans le département. En 1958, 1962 et 1967, il fut candidat suppléant dans la troisième circonscription de l’Ardèche.

Fidèle toute sa vie à ses engagements socialistes, Jean Faravel vécut sans états d’âme la transformation et le renouvellement du Parti socialiste sous la direction de François Mitterrand*. Libre-penseur, il fut aussi franc-maçon. Une enquête des renseignements généraux dn 1942 signale son affiliation à la loge « l’Espérance des Amis Réunis » à Aubenas. L’un de ses derniers gestes fut de renvoyer sa carte à la section ardéchoise du Syndicat national des instituteurs (FEN) dominée par le courant « Unité et Action dont il n’avait pas apprécié l’attitude critique face à la première guerre du Golfe en 1990.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article49646, notice FARAVEL Jean, Vincent par Pierre Bonnaud, version mise en ligne le 29 mars 2009, dernière modification le 21 juin 2009.

Par Pierre Bonnaud

SOURCES : Arch. Dép. Ardèche, 404 Z, 30 W1, 72 W 367, 95W 151, 153, 164, 176. — Arch. OURS, Bulletin intérieur, section d’organisation, janvier 1952. — La Gazette d’Annonay, 14 septembre 1935. — L’Émancipation, bulletin de la section ardéchoise du SNI, 1937-1939. — L’Ardèche socialiste (1944-1948). — Le Dauphiné libéré, (1944-1991). — Envol (1948-1995). — Éric Darrieux, Une générationd’instituteurs ardéchois de l’école publique dans la crise des années trente, université d’Aix-Marseille I, 1995. — Renseignements et dossier de presse de Jean-Pierre Ageron, maire de Vallon-Pont-d’Arc. — Renseignements communiqués par les enfants de Jean et Yvette Faravel. — Notes de Gilles Morin.

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