FAUCHER Jacques, Maurice

Par Olivier Dedieu

Né le 13 avril 1929 à Privas (Ardèche) ; instituteur ; militant trotskiste, syndicaliste de l’Hérault.

Fils d’un directeur de cours complémentaire et d’une institutrice, Jacques Faucher grandit dans un milieu familial très engagé politiquement. Ses parents étaient des sympathisants des « Amis de L’École émancipée ». En 1938, il participa avec ces derniers à une assemblée générale du Syndicat national des instituteurs (SNI) alors dominé localement par les militants de cette tendance, tenants du pacifisme intégral. Membre des Éclaireurs de France, collégien à Privas, il rencontra Pierre Broué qui occupait alors les fonctions d’animateur des éclaireurs.

En 1946, il commença à s’investir politiquement. Au lycée, il fut destinataire d’un tract intitulé La Vérité, publié par le Parti communiste internationaliste (PCI). Il apprit, quelque temps plus tard, par Pierre Broué lui-même, que ce dernier était à l’origine de la diffusion de ce tract. Lecteur de La Vérité et du Drapeau rouge, il adhéra au Mouvement révolutionnaire de la jeunesse, organisation de jeunes du PCI, et anima, au sein de son lycée, un groupe d’une vingtaine d’adhérents. Au cours d’un camp rouge, il rencontra sa future épouse, originaire de l’Hérault.

Après l’obtention du baccalauréat, il échoua deux années consécutives au concours d’entrée de l’École normale supérieure de l’enseignement technique. Il choisit de faire des remplacements d’instituteurs. Après un an de remplacement dans l’Ardèche, époque où il adhéra au SNI, il fit son service militaire. Marié en juillet 1951 à Florensac (Hérault), il s’installa la même année dans l’Hérault et fit plusieurs remplacements dans ce département avant d’être titularisé en 1956 à Bessan, commune dans laquelle il resta jusqu’en 1958.

Dès son arrivée dans l’Hérault, Jacques Faucher poursuivit ses engagements politiques et syndicaux. À Bessan, il fut membre de l’Union de la gauche socialiste (UGS), mouvement que les lambertistes avaient décidé d’investir. Parallèlement, il milita au sein de la tendance « École émancipée » du SNI, alors majoritaire dans le département. Dès 1957, il fut élu au conseil syndical de la section départementale du SNI. Il le fut encore en 1961, 1965 et 1969. Durant cette période, il s’occupa notamment du bulletin L’École syndicaliste.

Domicilié à Castelnau-le-Lez (Hérault), Jacques Faucher fut désigné à la direction de la section départementale de la Fédération de l’éducation nationale (FEN). Secrétaire adjoint, il fut secrétaire départemental de 1961 à 1964. Alors que le SNI était très majoritairement « École émancipée », il n’en était pas de même à la FEN où cette tendance n’était que la première en voix. Lors d’un meeting à Montpellier à la fin de 1963, Jacques Faucher fut l’un des deux seuls participants, avec André Lafuma*, à refuser de se lever lorsque l’assemblée apprit la nouvelle de la mort du président Kennedy et décida d’une minute de silence. À la réunion suivante du conseil fédéral, cet épisode fut le prétexte d’une remise en cause de l’attitude du secrétaire départemental. Pierre Antonini (militant de la tendance « Unité et Action ») bénéficia du soutien des militants « autonomes » et battit Faucher, écartant ainsi durablement les militants « École émancipée » de la direction départementale de la FEN. S’il resta membre du conseil fédéral de la FEN, Jacques Faucher ne redevint secrétaire départemental que brièvement en 1969. Cette année-là, le rapport moral de Michel Belorgeot, secrétaire sortant autonome qui avait été élu précédemment grâce aux voix de l’École émancipée, fut repoussé par les tendances « Unité et Action » et « École émancipée ». Jacques Faucher fut réélu secrétaire départemental avec deux mandats d’avance, mais il fut désavoué le 14 mars de la même année quand il demanda au conseil fédéral d’approuver sa déclaration. Le 18 avril, il fut nettement battu par Pierre Antonini qui reprit la direction de la FEN, perdue en 1968.

En poste à Montpellier depuis la fin des années 1950, Jacques Faucher fut successivement en poste à l’école Painlevé, à celle de l’Aiguelongue puis au collège Las Cazes, établissement dans lequel il resta en poste jusqu’en 1977. Responsable local du SNI en 1968, il s’impliqua activement dans le mouvement après que les lambertistes eurent un temps hésité sur l’attitude à adopter. La période post-1968 fut celle de la scission au sein de l’École émancipée. Jacques Faucher choisit de suivre les consignes lambertistes et soutint la scission Front unique ouvrier. Le choix de cette dernière l’exclut de la direction du SNI qui resta acquise aux militants « École émancipée » avant de basculer au profit des « autonomes ».

Politiquement après avoir pratiqué l’entrisme à l’UGS, le Parti socialiste autonome (PSA) puis le Parti socialiste unifié (PSU), Jacques Faucher se retira du mouvement quand les lambertistes rejetèrent l’entrée de Pierre Mendès France* et des chrétiens. Parallèlement, il prit de nouvelles responsabilités dans les mouvements associatifs. Déjà investi dans la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) et la Ligue de l’enseignement, il devint, en 1970, vice-président de la FCPE de l’Hérault et fut élu au conseil fédéral de la Fédération des œuvres laïques en 1971 avant de devenir administrateur l’année suivante. En 1977, détaché à l’Office régional du cinéma éducateur, il en devint le directeur jusqu’à sa retraite en 1984. Cinéphile et animateur de ciné-club, Jacques Faucher fut, dès la seconde moitié des années 1950, un proche de Marcel Oms avec qui il milita un moment dans les rangs lambertistes.

Dans les années 1980, Jacques Faucher suivit ses camarades lambertistes et passa de la FEN à la CGT-FO. Il participa également au développement de la fédération des cercles de défense laïque et milita à la Libre pensée. Durant cette période, il fut exclu du parti car il doutait de plus en plus de la stratégie du mouvement. Il continua ses engagements associatifs, notamment dans les milieux libre penseurs.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article49628, notice FAUCHER Jacques, Maurice par Olivier Dedieu, version mise en ligne le 28 mars 2009, dernière modification le 24 juin 2017.

Par Olivier Dedieu

SOURCES : Arch. Fédération des œuvres laïques de l’Hérault. — Presse syndicale : L’École syndicaliste, 1957-1993 ; FEN 34, 1967-1982. — Emmanuel Le Roy Ladurie, Paris-Montpellier : PC-PSU, 1945-1963, Gallimard, 1982. — Entretiens (Pierre Antonini, Jacques Faucher, Aimé Peyrotte, Louis Boyer). — Note d’André Balent ; entretien téléphonique (mai 2013) d’André Balent avec l’épouse de Jacques Faucher

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