Né le 31 juillet 1909 à Locmariaquer (Morbihan), mort le 13 juillet 2003 à Concarneau (Finistère) ; conducteur de route ; dirigeant de la Fédération CGT des cheminots illégale ; secrétaire (1944-1951) puis secrétaire général adjoint (1951-1953) puis secrétaire général de la Fédération (1953-1961) ; secrétaire de la Fédération syndicale mondiale (1961-1965) ; collaborateur de la CGT (1965-1970) ; membre suppléant du comité central du PCF (1947-1950).

Robert Hernio
Fils d’un douanier, Robert Hernio réussit son certificat d’études à douze ans et, à la suite, entra au collège Jules Simon de Vannes (Morbihan) jusqu’en 1924. Il interrompit ses études au départ en retraite de son père pour apprendre le métier d’électricien. Il débuta dans ce métier à Rennes (Ille-et-Vilaine) sans avoir fait un véritable apprentissage, se forma donc sur le tas et bougea beaucoup, à Dinan (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), Laval (Mayenne), Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir), au gré des petites annonces, après des licenciements et des fins de travaux.
En octobre 1928, il décida de « monter sur Paris ». Il se syndiqua à la CGTU, au syndicat des électriciens de la Région parisienne. Allant d’entreprise en entreprise, de chantier en chantier, il connut des périodes de chômage, scénario seulement interrompu par dix mois de service militaire passé à Casablanca (Maroc). À son retour, il reprit ses pérégrinations, avec des difficultés d’embauche supplémentaires car il avait pris des responsabilités syndicales en devenant membre du bureau du syndicat CGTU des électriciens de la Région parisienne.
En période de licenciement pendant les grèves de 1936, c’est sur l’insistance de sa femme qu’il postula un emploi aux chemins de fer de l’État. Embauché comme monteur électricien le 29 novembre 1936 à Bois-Colombes (Seine), il suivit une formation de conducteur et obtint le 20 avril 1937 son examen. Employé au dépôt du Champ-de-Mars, il fut muté en janvier 1938 à Versailles-Rive droite (Seine-et-Oise). En tant que responsable syndical, un de ses principaux regrets fut de ne pouvoir entraîner ses camarades dans la grève de novembre 1938. Puis ce fut la guerre. Dans ses mémoires, Robert Hernio a raconté son devenir pendant cette période qui le conduisit à prendre des responsabilités syndicales importantes.
Robert Hernio était en vacances à Locmariaquer (Morbihan), en août 1939, lorsque fut annoncée la mobilisation générale de sa classe, 1929, pour le 4 septembre. Le 1er septembre, il reprit son travail au dépôt de Versailles où il apprit que pendant son absence, il avait été élu secrétaire général du syndicat CGT des cheminots. Le 4 septembre, incorporé au 8e génie à Tours, une dizaine de jours plus tard, il embarqua pour Hagondange (Moselle), où il fut affecté au creusement de tranchées pour les cables téléphoniques. Après l’hiver 1939-1940, son régiment quitta les lieux en mai pour se rendre à Poix, dans la Somme. Quarante-huit heures plus tard, ce fut l’exode ; il était en route pour Villefranche-de-Rouergue (Aveyron) où il fut démobilisé le 15 juillet 1940 en tant que cheminot. Le 17 juillet, il retrouva sa femme, qui avait refusé de partir, à Chaville (Seine-et-Oise).
Il fut contacté le 18 juillet 1940 par Delattre, professeur au collège technique de Versailles, qui lui proposa de rejoindre la Résistance. Le 20 juillet, il reprit son travail au dépôt de Versailles. Il fut chargé par « Isidore », responsable du Parti communiste de l’organisation de la Résistance dans la région Ouest de Paris, de l’ensemble de la région de Versailles en ce qui concernait les cheminots, Delattre s’occupant des autres salariés. En octobre 1940, Isidore lui demanda de contacter des cheminots dans d’autres dépôts et ateliers de l’Ouest. À la fin de 1940, Bontemps le chargea de prendre la responsabilité des Comités populaires des cheminots de France. En mai 1941, il se partageait la responsabilité du comité populaire national avec Capré. Robert Hernio devint responsable du réseau Est, outre l’Ouest, et fut chargé des contacts avec les secteurs d’Amiens et de Tergnier. À l’automne 1942, la direction du comité national atteignit sa structure de triangle avec Raymond Barbet, Jean Capré et Robert Hernio, qui devint responsable à l’organisation.
Le dépôt de Versailles fermant ses portes, Robert Hernio fut muté au dépôt de Rueil (Seine-et-Oise). Il adhéra au syndicat légal. Submergé par des tâches croissantes et de plus en plus surveillé, il décida, en accord avec le triangle de direction et Jules Crapier, de quitter la SNCF dès le début de janvier 1943 et de passer à la clandestinité. Il prit le nom de Moutard et s’installa à Noisy-le-Sec (Seine), près des ateliers SNCF et à proximité de la grande ceinture. À Rueil, Manach fit courir le bruit qu’il était à Londres et sa femme prétendait ignorer où il se trouvait et pourquoi il était parti. Absent de son lieu de travail, il fut révoqué. Ayant été réquisitionné, il fut désormais considéré comme déserteur.
Robert Hernio fut affecté à la direction des comités populaires de la Région parisienne Sud-Est jusqu’au mois d’août 1943, suite à une altercation avec un militant FTPF. « Il [dans ses mémoires, Robert Hernio parle de lui à la troisième personne] porta ses efforts plus particulièrement sur deux centres : Paris-Lyon [gare, dépôt du Charolais (près de la gare de Lyon), entretien et triage de Bercy] et Villeneuve-Saint-Georges [Grands ateliers de wagons et voitures, magasin, dépôt, grand triage]. » Marcel Join le mit en rapport avec Paul Henri de Villeneuve-Voitures (Seine-et-Oise) et Albert Guillon du dépôt. En mai 1943, Robert Hernio proposa au comité populaire de Villeneuve de faire du 14 juillet une journée d’action, qui se caractériserait par des déploiements de drapeaux entre autre sur la cheminée de Villeneuve-Voitures, chant de la Marseillaise, débrayages. Le 19 juillet, il prit la parole sur la passerelle de Villeneuve-Triage.
Suite à cette action, il fut chargé de militer sur le plan national, avec Jules Crapier et Lucien Jean. Il devint responsable de la région Sud-Ouest du comité populaire national pendant deux mois, en remplacement de Jean Lauprêtre. Ensuite, avoir après échappé de justesse à une arrestation, il fut muté sur le réseau Nord. À plusieurs reprises, il parcourut la région pour y organiser la mise en place des comités populaires, insistant sur la nécessité de maintenir les revendications dans le cadre d’une Résistance qui privilégiait les sabotages.
Pendant l’hiver 1943-1944, il prit la responsabilité des comités populaires de l’ensemble de la Région parisienne, à côté de Raymond Tournemaine (responsable politique) et Jules Crapier (responsable pour la province). Avec Prunault comme adjoint, il dirigeait le comité central de grève des cheminots au lendemain du 1er mai 1944. S’occupant plus particulièrement de l’action aux ateliers de Vitry (Seine), il co-organisa la manifestation du 14 juillet 1944 qui partit des ateliers de Vitry pour se rendre jusqu’à la statue Rouget-de-l’Isle à Choisy-le-Roi et à laquelle participèrent plusieurs milliers de manifestants.
Après la guerre, Robert Hernio devint l’un des principaux dirigeants de la Fédération CGT des cheminots. Le 20 août 1944, il fut désigné secrétaire fédéral de la Fédération CGT au titre de l’ex-tendance dite unitaire, en attente du congrès de 1945. À ce titre, il prit part à la délégation auprès de la direction de la SNCF le 24 août 1944. Le congrès de 1945, où il présenta la nouvelle structure de représentation des comités mixtes, le confirma au bureau fédéral et au secrétariat. Il se chargea des articles économiques de fond (« Bataille de la production ») dans La Tribune des cheminots. Après le déclenchement de la grève « sauvage » de juin 1947, Robert Hernio intervint auprès des comités de grève de Paris-Est et de Paris-Sud, et réussit à faire assurer le départ des trains, condition pour qu’une délégation de la CGT soit reçue par Jules Moch, le ministre des Transports.
Au congrès de décembre 1951, il devint secrétaire général adjoint pour les actifs puis, à celui de décembre 1953, secrétaire général (en remplacement de Raymond Tournemaine, devenu président) ; il le restera jusqu’au congrès de mars 1961 où il sera remplacé par Georges Séguy. Nommé alors président, Robert Hernio s’apprêtait en fait à devenir secrétaire de la Fédération syndicale mondiale (FSM), en résidence à Prague, proposition que lui avait faite Benoît Frachon. Cette nomination fut ratifiée au congrès de la FSM à Moscou en décembre 1961. Membre de la commission administrative de la CGT de 1951 à 1963, Robert Hernio avait mené plusieurs délégations. Ainsi, en mars 1956, il avait effectué une mission au Maroc pour y dissoudre la CGT, compte tenu de l’accès à l’indépendance de ce pays.
Au sein de la FSM, il prit en charge les questions relatives à l’Europe et à l’Amérique latine où, après avoir fait une tournée, il fut remplacé par le camarade chilien Padilla. Il porta principalement ses efforts auprès des syndicats de l’Allemagne de l’Ouest, pour que se créent des relations avec les syndicats adhérents à la FSM. Il quitta le secrétariat de la FSM en octobre 1965.
De retour en France, il prit des responsabilités comme collaborateur de la CGT au département international en charge du secteur Europe, puis devint secrétaire du comité CGT-CGIL. Il agissait principalement à Bruxelles en compagnie d’un ancien secrétaire général de la CGIL, Scalia, l’objectif étant de coordonner et d’organiser des contacts entre les différents syndicats européens. C’est ainsi que fut ouvert un bureau d’information à Bruxelles, organisé en 1967 à Grenoble un colloque sur les conséquences de l’automatisation, en 1968 à Strasbourg un colloque sur l’emploi, ouvert largement au-delà des syndicats affiliés à la FSM.
À sa demande, en décembre 1970, il quitta ses responsabilités au niveau national, pour se retirer à Concarneau (Finistère), où il continua à militer à la CGT et au Parti communiste. Adhérent du PCF au moment de son arrivée au dépôt de Versailles au début de 1938, il était devenu membre suppléant du comité central au congrès de juin 1947, fut reconduit au congrès de 1949 et l’avait quitté à celui d’avril 1950.
Militant typique issu de la lutte contre l’occupant, Robert Hernio était rigoureux, ouvert sur l’avenir, ce dont il témoigna en sachant se retirer le moment venu et en faisant confiance à de jeunes militants.
Décoré chevalier de la Légion d’honneur, il s’était marié le 1er juillet 1933. Sa femme, couturière devenue manutentionnaire au dépôt Prisunic, était toujours présente à ses côtés et fut elle-même une résistante. Ils n’eurent pas d’enfant.

ŒUVRE : Avant que les cloches sonnent..., préf. de Bernard Thibault, postf. de Georges Séguy, Fédération CGT des cheminots, 2000, 284 p.

SOURCES : Arch. Fédération CGT des cheminots. — La Tribune des cheminots. — Comptes rendus des congrès fédéraux. — Maurice Choury, Les Cheminots dans la Baille du Rail, Paris, Perrin, 1970, p. 44-46. — Jean-Marie Castel, Raymond Juret, Les Villeneuvois et les Villeneuvoises sous l’occupation 1940-1944, Desbouis Grésil-Imprimeur, p. 223. — Pierre Vincent, « La place des dirigeants cheminots dans la confédération, de ses origines à nos jours », Les cahiers de l’institut, n° 2. — Georges Ribeill, « Autour des grèves de 1947, les scissions de l’après-guerre au sein de la Fédération CGT (CAS, FO, FAC, FgMC) », Revue d’histoire des chemins de fer, n° 3, Mouvement social et syndicalisme cheminot, automne 1990, p. 95-113. — Notes de Jean-Pierre Bonnet et de Georges Ribeill. — Témoignages enregistrés de Robert Hernio.

Marie-Louise Goergen, Pierre Vincent

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