Né le 4 mars 1921 à Alvimare (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), mort le 16 janvier 2010 à Rezé (Loire-Atlantique) ; cheminot employé principal Matériel et Traction ; secrétaire général de l’UD-FO de Loire-Atlantique (1947-1992).

Issu d’une famille de trois enfants, Alexandre Hébert est le fils d’un aiguilleur au chemin de fer, d’origine paysanne, qui lisait Le Populaire et était membre du Parti socialiste SFIO après avoir appartenu un temps au Parti communiste. Le jeune Alexandre fréquenta l’école primaire à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) et obtint son certificat d’études avec « mention bien ». Embauché comme manœuvre chez un fumiste pendant deux ans, il suivit parallèlement l’école pratique et obtint un brevet d’enseignement industriel d’électricien.
L’effervescence du Front populaire et l’influence d’un jeune camarade l’amenèrent à militer aux Amis de l’URSS et à diffuser Russie d’aujourd’hui et La Constitution stalinienne. Poussé par son père, il adhéra finalement aux Jeunesses socialistes de Sotteville, puis accéda rapidement au secrétariat de la section et au bureau fédéral. Proche de la tendance pivertiste, il y fit la connaissance de Robert Hersant, futur patron de presse. Lorsque Marceau Pivert fut exclu de la SFIO en 1938, Alexandre Hébert et ses amis quittèrent les Jeunesses socialistes. Après un bref passage au Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP), il rejoignit un groupe anarchiste établi à Elbeuf-sur-Seine et qui fut animé par Louis Dubost. Ce furent là ses premiers contacts avec la franc-maçonnerie, car Dubost dirigeait une loge de Rouen appartenant au Grand-Orient.
Alexandre Hébert se fit embaucher au Petit Entretien à Sotteville en 1941 ou 1942. Réquisitionné par l’Occupant en octobre 1942, il partit travailler au dépôt de Munich (Allemagne) pendant treize mois. Selon son biographe (Joël Bonnemaison, op. cit., p. 47), il y fut à l’origine de deux grèves parmi les ouvriers d’origines diverses réquisitionnés au dépôt. Revenu en France à l’occasion d’une permission, il ne retourna pas en Allemagne. Ne pouvant plus travailler à Sotteville, il se fit embaucher au Petit Entretien à Vernouillet-Verneuil (Seine-et-Oise), où il resta jusqu’à la fin de la guerre. Il y adhéra au syndicat CGT des cheminots et s’opposa très rapidement aux dirigeants communistes du syndicat, mais aussi à Fernand Laurent* [Bonnemaison orthographie « Lorand »], futur dirigeant de la Fédération FO des cheminots et socialiste SFIO, avec qui ses rapports resteront difficiles.
Il se maria le 5 septembre 1945 à Sainte-Maxime (Var) avec Léone, Constance, Marcelle Lambert. Entre 1945 et 1947, il fut muté au Petit Entretien à Nantes. Membre du comité de grève en juin 1947, il participa à l’assemblée générale constitutive du Comité d’action syndicaliste (CAS) réunie le 27 juillet 1947 à l’appel de Marcelle Méhudin* et de Fernand Laurent et qui rassemblait 120 délégués à la Mairie du Xe arr. à Paris. En novembre-décembre 1947, il ne participa pas à la grève et le CAS de Nantes invita « tous les cheminots à constituer un mouvement syndical libéré de toute influence politique étatique ou religieuse » (Yannick Le Marec, op. cit., p. 38). Alexandre Hébert prit part au congrès constitutif de la Fédération syndicaliste (FSC) en décembre 1947, puis à celui de la Fédération FO des cheminots en mars 1948, qui l’élit au conseil national et le confirma comme membre suppléant en 1950. En désaccord avec le secrétaire général de la Fédération, Alexandre Hébert déserta les congrès des cheminots et n’y revint que lorsque Robert Degris devint secrétaire général en 1963.
Il fit partie de ceux qui, à l’intérieur de la Fédération des cheminots et de la confédération, se réclamaient de la tradition « anarcho-syndicaliste » et se démarqua, souvent avec virulence, de la majorité proche du Parti socialiste SFIO. Mis en service libre pour assurer le secrétariat général de la toute nouvelle Union départementale de Loire-Inférieure en 1947, « parce qu’il n’y avait personne d’autre » selon ses propres mots (Ibid., p. 52), il le garda, désigné par les cheminots FO de Nantes, jusqu’en novembre 1992, avant de passer le relais à son fils Patrick. Pendant ces années, et au-delà, il marqua profondément la vie syndicale nantaise, même si le syndicat des cheminots, qui le désigna aux instances interprofessionnelles, perdit rapidement de son influence. À partir de 1952, il fut élu à la commission exécutive de la confédération, où il fit partie de la minorité.
Il entretint des rapports difficiles avec des hommes de son propre camp, dont Paul Malnoë, secrétaire général de l’Union locale de Saint-Nazaire, et Lanoë, secrétaire de l’Union locale de Nantes, mais l’hostilité fut à son comble avec Gilbert Declercq, dirigeant nantais des métallurgistes de la CFTC puis de la CFDT. Au nom de l’indépendance syndicale, il refusa tout rapprochement de type « travailliste » avec les militants de la tendance « Reconstruction » de la CFTC ou avec le Parti socialiste SFIO par exemple, sans récuser pour autant l’unité d’action.
Néanmoins, Alexandre Hébert lui-même ne resta pas à l’écart de l’action politique. À la fin des années 1940 ou au début des années 1950, peut-être avant, il rencontra Pierre Boussel, dit « Lambert ». De cette entrevue, Hébert dit simplement en 1982 : « Nous nous sommes mis d’accord, nous avons pris des engagements l’un et l’autre... » (« Entretien », op. cit.). En 1951, il fonda, avec des militants anarchistes et trotskystes, le Comité de liaison et d’action pour la démocratie ouvrière (CLADO) qui devait, basé sur l’idée d’un mouvement syndical uni et indépendant des partis et de l’État, favoriser le contact avec des militants CGT ; cette expérience dura jusqu’en 1965. Selon Hébert, c’est à partir de ce vivier de militants que se construisit le Parti communiste internationaliste (PCI) à Nantes.
En 1960, Hébert créa l’Union des anarcho-syndicalistes (UAS), regroupement des syndicalistes anarchistes. Avait-il pris ses distances avec la Fédération anarchiste, comme l’affirme Joël Bonnemaison, ou pratiqua-t-il la double adhésion ? Comment cette appartenance s’entendait-elle avec une proximité de tout instant avec Pierre Boussel et avec la responsabilité de membre du bureau politique de l’Organisation communiste internationaliste (OCI) puis du PCI que certaines sources lui attribuent (Christophe Bourseiller, op. cit.) ? Ces questions et bien d’autres soulignent la complexité du militant Alexandre Hébert et de son action, que lui-même ne chercha pas à élucider.

SOURCES : Arch. Dép. Loire-Atlantique 161 W 168. — Arch. Fédération CGT-FO des cheminots. — Arch. Maitron. — Arch. CHT, fonds CGT-FO 134, 135, 136, 137. — Le Rail syndicaliste, 1947-1964. — L’Ouest syndicaliste, février-mars 1959, octobre 1974, 1er juin et 1er juillet 1980, 15 mars 1982. — Yannick Le Marec, La CGT Force ouvrière à Nantes et Saint-Nazaire de 1948 à 1958, Université de Nantes, octobre 1983, 213 p. — Joël Bonnemaison, Alexandre Hébert. 50 Ans de luttes syndicales, Monaco, Éditions du Rocher, 1996, 205 p. — Louis Botella, Force ouvrière chez les cheminots, de la Libération à 1954. La Voie de l’indépendance, Saint-Jean-des-Mauvrets, Le Petit Pavé, 2002, p. 384. — « 22 avril 1982. Entretien avec Alexandre Hébert », Le PCI à Nantes. 40 ans d’efforts pour construire le parti ouvrier, Ardola, 1982. — Christophe Bourseiller, Cet étrange Monsieur Blondel. Enquête sur le syndicat Force ouvrière, Éditions Bartillat, 1997, 301 p. — Notes de Georges Ribeill. — État civil.

Marie-Louise Goergen

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