GUIHARD Pierre, Joseph, René

Par Maurice Moissonnier

Né le 2 décembre 1895 à Rennes (Ille-et-Vilaine), mort le 14 juillet 1977 à Lyon (Rhône) ; employé de bureau, ouvrier des Cuirs et Peaux, cheminot ; militant syndicaliste à la CGTU puis à la CGT, militant communiste, l’un des dirigeants du Parti communiste dans l’Ouest français vers le début des années 1920.

Pierre Guihard était né dans une famille ouvrière rennaise. Son père, ouvrier cordonnier, affirmait un athéisme anticlérical et sa mère, couturière, était une catholique pratiquante. Il quitta l’école primaire et, à douze ans devint apprenti-ajusteur. Sa faible constitution l’empêcha de poursuivre son apprentissage et il entra comme employé de bureau dans une beurrerie jusqu’en 1914. À cette date et jusqu’à sa mobilisation, il travailla dans une fabrique de chaussures militaires. Envoyé au front, il fut blessé en avril 1917, ce qui entraîna, en 1918, sa réforme définitive. Il reprit alors son travail à la sellerie militaire où son oncle exerça sur lui une influence décisive ; ce dernier, lecteur épisodique de l’Humanité, était un minoritaire de la CGT, admirateur d’Alphonse Merrheim et de Albert Bourderon ; un autre compagnon de travail influença le jeune homme : un anarchiste qui voyait dans la révolution russe le triomphe de Bakounine et de Proudhon et lui donna — avant de devenir antisoviétique — de la sympathie pour l’expérience soviétique et le désir d’en connaître davantage. L’action ne fut pas non plus étrangère à sa formation : son oncle le fit élire, en 1919, à un comité de grève qui conduisit, dans l’entreprise militaire, une lutte de trois semaines. Si l’on ajoute à cela l’influence athée d’instituteurs dans un pays où les luttes laïques étaient très aiguës, la lecture de la Vague de Pierre Brizon et une douloureuse expérience personnelle, on comprendra pourquoi, en novembre 1919, le jeune mutilé de guerre entra au Parti socialiste à la suite d’une conférence sur les causes de la guerre organisée par les socialistes de Rennes.

À cette époque, Louis Guihard s’embaucha aux chemins de fer et fut nommé à Caen. Il ne participa pas aux grèves des cheminots de 1920 car il était encore mal intégré au milieu, mais il n’en devint pas moins, par la suite, secrétaire adjoint du syndicat local. Au Parti socialiste, dans la préparation du congrès de Tours, il opta pour la position des reconstructeurs (motion Longuet) mais il suivit la décision de la majorité et resta avec elle au Parti communiste. Il fut alors initié au marxisme par un bolchevik russe nommé Périoutchick qui orienta ses lectures vers des ouvrages marxisants comme La femme et le socialisme (A. Bebel), La Révolution prolétarienne (Kautsky), le Résumé du « Capital » (Deville).

Au début de 1922, il devint secrétaire de la section communiste de Caen et il assista au conseil national de Gennevilliers où se débattait la question très controversée du front unique. Le secrétaire de la Fédération du Calvados, Mougin, étant alors dans la majorité hostile au front unique, Pierre Guihard s’était classé à gauche et dans la minorité favorable au front unique, position qu’il maintint au congrès qui suivit (Paris-La Grange-aux-Belles). Au lendemain de ce congrès, Mougin quitta le Parti à la suite de L.O. Frossard. Naturellement, Pierre Guihard fut alors promu secrétaire fédéral du Calvados au cours d’une réunion tenue au début de 1923 dans un café de Caen par des militants venus de Honfleur, Trouville, Pont-L’Évêque et Caen. Les forces du parti se trouvaient alors réduites à une centaine d’adhérents réunis en trois sections. En visitant tous les abonnés au Populaire normand, organe socialiste resté au PC, Guihard parvint à recréer trois nouvelles sections et il organisa à Caen la protestation contre l’occupation de la Ruhr. C’est ce qui causa, en juin, son déplacement disciplinaire à la suite de sa condamnation à une amende qui le frappait en tant que gérant et administrateur du Populaire Normand pour des articles contre cette occupation. Nommé à Bressuire, il anima une section de dix cheminots communistes et collabora à l’hebdomadaire régional du Parti l’Avant-garde, édité à Tours. Il y écrivit des articles sur la mauvaise hygiène dans les chemins de fer et, sous la signature de « L’œil de Bressuire », polémiqua avec le maire socialiste de Thouars à propos des falsifications que ce dernier avait fait subir au texte de Lénine, La Maladie infantile du communisme. On lui confia rapidement la direction de la section de Thouars à la suite du congrès fédéral de 1923 tenu à Niort et, à la fin de l’année, tout en travaillant à la gare de Bressuire, il devint secrétaire fédéral des Deux-Sèvres. Aux élections municipales de 1924, il parvint à constituer à Thouars une liste communiste — la seule du département — qui arriva en deuxième position, derrière les radicaux et devant la liste de droite. En 1925, la structure du parti étant remaniée, il cessa d’être secrétaire fédéral des Deux-Sèvres pour devenir membre du comité régional de la région de l’Atlantique. À l’occasion de la lutte contre la guerre du Maroc, pour distribution de tracts et collage d’affiches à Bressuire et à Parthenay, il fut condamné à six mois de prison, ce qui entraîna, au milieu de l’année 1925, sa révocation.

Privé d’emploi, il se rendit d’abord à Paris où il fut pendant quelques mois bagagiste à Saint-Lazare, puis, de la fin de 1925 à 1933, il vécut à l’étranger.

À son retour, il fréquenta, à Paris, avenue Mathurin Moreau, l’Université ouvrière, puis s’installa à Lille où il devint membre du bureau régional du PC pour le Nord-Pas-de-Calais (1933-1934) et secrétaire régional du Secours rouge international (1933-1937).

Redevenu cheminot après sa réintégration, il continua à militer. En 1938, il devint secrétaire de section à Niort, puis, après la guerre, trésorier et CDH (diffuseur de la presse) d’une cellule de la Goutte d’Or (Paris, XVIIIe) et membre du comité de section (1957-1972).

Sur le plan syndical, Pierre Guihard, fut, après son activité à Caen, secrétaire adjoint de la CGTU à Bressuire (1924-1925), secrétaire de la commission de contrôle financier de la CGT, région ouest de la SNCF (1948-1951). Il fit également partie du conseil national de la Fédération CGT des cheminots.

Retraité en 1951, Louis Guihard devint, en juillet, secrétaire des retraités CGT de la région ouest et siégea au bureau national des retraités CGT de 1950 à 1966.

Il se retira à Lyon, sur le plateau de la Duchère (IXe arr.).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article4676, notice GUIHARD Pierre, Joseph, René par Maurice Moissonnier, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 21 juin 2010.

Par Maurice Moissonnier

SOURCES : Arch. Dép. Nord, M 37/94, M 154/101, M 154/210C. — Arch. Fédération CGT des cheminots. — Comptes rendus des congrès fédéraux. — Notice DBMOF. — Notes de Jean-Pierre Bonnet. — Documents personnels et exploitation d’une interview.

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