GRIMAULT Léon, Jean

Par Claude Geslin

Né le 13 février 1891 à Ingrandes-sur-Loire (Maine-et-Loire), mort le 19 août 1962 à Carantec (Finistère) ; cheminot aux chemins de fer de l’État ; syndicaliste chrétien ; membre du mouvement de Résistance « Témoignage chrétien » ; co-fondateur du Mouvement républicain populaire (MRP) en novembre 1944 ; conseiller municipal et premier adjoint au maire de Rennes (Ille-et-Vilaine) de 1947 à 1962, conseiller général d’Ille-et-Vilaine (1958-1962).

Après un apprentissage d’horloger, Léon Grimault exerça ce métier jusqu’en 1914. Mobilisé, il fut grièvement blessé devant Verdun en 1916 et perdit un bras à Deppois en 1917. Sa conduite lui valut d’être décoré de la Médaille militaire et plus tard d’être nommé chevalier (1932), puis officier (1951) de la Légion d’Honneur. Réformé le 6 juin 1918, il entra aux chemins de fer de l’État où, malgré sa mutilation, il put à force de volonté, franchir plusieurs échelons dans la hiérarchie. Déjà attiré avant la guerre par les réformateurs chrétiens sociaux Léon Harmel* et Marc Sangnier*, il se lança dès 1919 dans le syndicalisme chrétien. Le 30 juin 1920, il créa à Rennes le syndicat professionnel des cheminots qui adhéra à la CFTC. Il en fut le secrétaire jusqu’en 1939 et fut élu représentant du personnel. Il participa ensuite à la création de toutes les organisations interprofessionnelles CFTC touchant l’Ille-et-Vilaine. Il fut chargé au congrès de Brest (12 et 13 novembre 1922) de réaliser une Union régionale de Bretagne. Le 21 janvier 1923, il organisa à cet effet une réunion à Rennes qui déboucha sur la création de l’Union qui devint bien vite Union régionale de Bretagne et du Maine. Il en fut élu aussitôt président et en devint plus tard (1931) secrétaire général et le demeura jusqu’à la guerre. Il fut de ceux aussi qui créèrent l’Union locale CFTC de Rennes en 1925 et se vit confier à cette date le secrétariat qu’il conserva là encore jusqu’en 1939. Il en fut de même pour l’Union départementale CFTC d’Ille-et-Vilaine dont il assura aussi le secrétariat.

Propagandiste infatigable, il parcourait la région, organisant des réunions, créant ou développant des syndicats. Son action lui valut de recevoir en 1929 le prix Raymond Michon, réservé au meilleur propagandiste national. Il fut le gérant de l’Effort, organe de l’Union régionale de 1929 à 1933 et en 1937, il exposait un projet de fondation d’une École normale syndicale ouvrière à Rennes. En janvier 1939, il fut un des quatorze délégués confédéraux créés par la Confédération.

Pendant la guerre, Léon Grimault s’exprimait contre les principes du syndicalisme unique prônés dans la Charte du Travail. Il fut membre du mouvement clandestin de résistance « Témoignage chrétien » du 1er novembre 1941 à la Libération et en devint responsable régional de Bretagne du 1er octobre 1943 au 5 août 1944. Il distribuait dans toute la région bretonne la presse clandestine éditée par TC, confectionnait des fausses cartes d’identité pour faciliter l’évasion de prisonniers qu’il cachait souvent chez lui. Arrêté dès 1941 par la Gestapo, il fut relâché faute de preuves et continua son action.

En 1945-1946, il était membre du comité de Libération d’Ille-et-Vilaine au nom de la CFTC. Secrétaire de l’Union départementale, il fit revivre la presse syndicale. Il fut élu président de l’UD lors du congrès des 30 et 31 novembre 1946. Sans abandonner ses attaches syndicales (il resta toujours président d’honneur de l’UD et président du syndicat régional des retraités cheminots), il marqua sa volonté de poursuivre le combat social par un autre moyen, celui de la politique. Il avait d’ailleurs adhéré avant la guerre à la Jeune République.

Dès novembre 1944, à Paris, il fut un des co-fondateurs du Mouvement républicain populaire (MRP). Il fut élu en 1947 conseiller municipal MRP de Rennes et constamment réélu par la suite. Adjoint aux questions sociales depuis l’origine, il ajouta après 1959 les fonctions de premier adjoint au maire MRP Fréville. Il siégea aussi au conseil général d’Ille-et-Vilaine à partir d’avril 1958 en tant qu’élu du canton sud-est de Rennes et dans la commission des affaires sociales. Pendant toutes ces années, il se dépensa au sein du Bureau d’aide sociale et du conseil d’administration des HLM. Selon plusieurs sources, il aurait également été actionnaire du journal Ouest-France, le successeur de Ouest-Éclair fondé en 1899 par l’abbé Trochu.

Il devait trouver la mort en faisant une chute accidentelle sur des rochers près de Carantec (Finistère).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article4584, notice GRIMAULT Léon, Jean par Claude Geslin, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 20 juin 2010.

Par Claude Geslin

SOURCES : Fougères-Travail, 1923. — L’Effort, 1923-1933. — La Voix des Travailleurs, 1935-1939. — L’Aurore socialiste, 1945-1947. — Entre Nous.Circulaire de liaison entre tous les travailleurs d’Ille-et-Vilaine (CFTC), 1946. — Ouest France, 20 et 24 août 1962. — André Dorso, Les facteurs d’une évolution syndicale. Histoire de la CFTC/CFDT des origines à 1964 en Ille-et-Vilaine, Mémoire de diplôme des hautes études en pratiques sociales [Claude Geslin], Collège coopératif de Bretagne, juin 1987, p. 30-32, 53-56, 102-103, 183. — Renseignements fournis par Mlle Yvonne Grimault, fille de Léon Grimault.

ICONOGRAPHIE : L’Effort, novembre 1932. — Ouest France, 20 août 1962.

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