GRANJON Léonce

Par Jean Lorcin, Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 22 février 1904 à Saint-Étienne (Loire), mort le 15 avril 1967 à Paris (VIIe arr.) ; cheminot, puis représentant de la Société Électro-technique française, à Asnières ; demeurant à Saint-Étienne (Loire), puis à Paris ; militant communiste, secrétaire du comité de rayon de Saint-Étienne, secrétaire fédéral des Jeunesses Communistes rédacteur ; rédacteur au Cri du Peuple (1928-1930) et à l’Humanité.

Léonce Granjon, photographie de sa fiche de police pendant l’Occupation
Léonce Granjon, photographie de sa fiche de police pendant l’Occupation

Fils d’un verrier et d’une ancienne ouvrière du textile, tous les deux sympathisants communiste, Léonce Granjon fréquenta l’école primaire puis fit quatre ans d’école technique. Membre du Parti communiste depuis 1923, secrétaire permanent du rayon de Saint-Étienne dès février 1928, il fut chargé des cellules « de l’extérieur » (de Saint-Étienne) après septembre 1928 et remplaça Doron* en janvier 1929 (Arch. Nat. F7/13113). Son importance s’accroissait dans l’appareil du Parti (Arch. Nat. F7/13116) et il signa de nombreux articles de fond en première page de l’hebdomadaire communiste de la Loire entre 1928 et 1930 : il semble être spécialisé dans le commentaire des événements politiques et des élections.

À l’issue des élections cantonales de 1928, il se réjouissait de voir consolider l’implantation, déjà très forte, du PC dans la vallée de l’Ondaine, autour de Pétrus Faure* et de Roux* et enregistrait complaisamment l’effondrement du Parti socialiste : il ne restait plus dans la Loire, écrivait-il, « que trois partis politiques importants : le PC, d’une part, le Parti radical et le Parti de droite d’autre part » (20 octobre 1928). Le 15 décembre 1928, Léonce Granjon invitait les ouvriers à enrichir la chronique des « rabcors » : il ne fallait pas, écrivait-il, qu’elle soit le fait de « quelques dizaines » de correspondants réguliers du journal, mais bien de « tous les ouvriers », — et « pas de grandes phrases [...] les travailleurs n’ont pas le temps d’en faire ». Cet appel préludait à une transformation des organisations ouvrières que justifiait, aux yeux de Léonce Granjon, le durcissement de la lutte contre une bourgeoisie qui faisait bloc contre le PC, dans le cadre de l’Union nationale. Cette mentalité obsidionale favorisa, semble-t-il, la vague d’expulsions qui suivit la grève des mineurs unitaires en janvier 1929 : pour Léonce Granjon, qui défendait la ligne du Bureau politique, elle répondait à la nécessité d’organiser les puits en comités et en cellules sur la base d’une discipline de fer qu’appelaient les circonstances : « Ceux qui agissent comme des politiciens bourgeois n’ont plus rien à faire » dans le PC, écrivait-il le 9 février 1929, et il refusa d’insérer dans le Cri du Peuple un article d’Arnaud* qui n’était pas conforme à la ligne du Parti. Pour Léonce Granjon, ces comités d’usine, qui devraient réunir des communistes, des confédérés et des inorganisés, pourraient être transformés en comités révolutionnaires en cas de guerre (Arch. Nat. F7/13116). C’est qu’aussi bien, à ses yeux, l’aggravation de la concurrence internationale ne pouvait que déboucher sur la guerre impérialiste contre la Russie soviétique.

Léonce Granjon, qui semblait se réfugier dans une attitude sectaire qui traduisait la crise traversée par le Parti à cette date, se vit reprocher son incapacité par un représentant d’une base lassée d’être en butte à ses accusations : « Ce n’est pas à la base du Parti qu’il faut rechercher les responsabilités, mais plutôt au sommet où ne règnent que des incapables et souvent même des vendus », lui lança Binet* le 11 avril 1929 (Arch. Nat. F7/13116). Le 17 avril, Léonce Granjon annonça qu’il quitterait ses fonctions de secrétaire permanent après les élections municipales. À l’issue de ces dernières, il n’en resta pas moins fidèle à une ligne qui semble coïncider avec celle du Parti à cette date, glorifiant le splendide isolement de ce dernier, face à l’abjection des combinaisons électorales des partis bourgeois, surtout dans la Loire, et ne voulant voir dans les élections qu’une « escarmouche » dans « le combat de tous les jours » contre le plan de rationalisation, l’accélération des cadences, l’aggravation des conditions de travail dans les mines, où les accidents se multipliaient (Le Cri du Peuple, 18 mai 1929). Il revenait à la charge le 30 mai contre les éléments « inactifs et douteux » dont il fallait « purger le Parti », contre « l’inertie des cellules » dont il traitait les militants de « dégonflés » : « les camarades ont peur de la répression ou ce sont des combinards qui reculent devant la sincérité révolutionnaire du Parti ». Il s’en prenait en particulier au « traître » Malot — dont l’expulsion se préparait. Cette attaque de grand style n’épargnait même pas le Comité Central qui, disait-il, « nous abandonne » (Arch. Nat. F7/13116). Léonce Granjon fut délégué au congrès du PC de 1929, mais n’y assista pas. Le 18 juin, il épousa à Saint-Étienne Renée, Louise, Emmanuelle Adoni.

Au lendemain de la grève internationale du 1er août 1929, Léonce Granjon voyait dans les incidents de frontière de Mandchourie la démonstration du plan d’agression de « l’impérialisme mondial » contre l’URSS (Le Cri du Peuple, 24 août 1929). Cela permettait de justifier une nouvelle vague d’exclusions : de quel poids, en effet, pesait la volonté d’autonomie syndicale de la minorité syndicaliste révolutionnaire de la CGTU face à l’aggravation de la menace de guerre contre l’URSS, qui traduisait l’instabilité du capitalisme, « l’imminence d’une crise grave » (Le Cri du Peuple, 12 octobre 1929). L’événement pouvait sembler donner raison à Léonce Granjon qui avait été réélu secrétaire du comité de rayon le 13 octobre 1929 : dès le 17 janvier 1930, il voyait dans les progrès de la concentration capitaliste et de la « rationalisation » dans la Loire la traduction locale de l’aggravation de la lutte pour la conquête des marchés mondiaux. Et d’appeler les travailleurs à de plus amples « batailles ouvrières », en les invitant à se grouper autour du noyau dur des organisations du PC : « des forteresses rationalisées du capitalisme, ils feront des forteresses communistes pour la Révolution » (Le Cri du Peuple, 17 janvier 1930). Dialectique qui semble familière à Léonce Granjon, chez qui le thème de la « rationalisation » est le plus fréquemment représenté, à la veille de sa disparition des colonnes du Cri du Peuple. Léonce Granjon fut élu membre du comité de région par la conférence régionale du PC le 9 février 1930 à Lyon. Il fut cependant obligé de chercher du travail, la région « ne pouvant plus supporter le versement de ses appointements [de secrétaire de rayon] à compter du 1er juin 1930 ». Granjon fut depuis lors représentant de commerce pour le compte de la Société Électro-technique française, à Asnières.

Candidat du Parti communiste aux élections municipales de Saint-Étienne les 21 et 27 juillet 1930, Léonce Granjon obtint 2 778 voix sur 28 794 votants au premier tour. Il intervint pour la dernière fois, semble-t-il, comme secrétaire de rayon en octobre 1930, pour critiquer les mots d’ordre confusionnistes et, de façon générale, le sectarisme des militants de la cellule du Centre de Saint-Étienne. Le secrétaire de région, Doron, réfuta les allégations de Léonce Granjon (Arch. Nat. F7/13121, rapport, Saint-Étienne, 6 octobre 1930). En 1932, Granjon était délégué à la rédaction du journal Le Cri du Peuple, organe du PC de la Loire, au comité de rayon de Saint-Étienne.

Dans le canton de Saint-Chamond en octobre 1931, il obtint 616 voix contre 2 809 au républicain URD Réocreux et 3 018 au radical-socialiste Girard, sur 6 491 suffrages exprimés au premier tour ; maintenu au second tour, le candidat communiste ne recueillait plus que 270 voix sur 6 386 suffrages exprimés, contre 2 738 à Réocreux, et 3 378 à Girard. Présenté par la cellule de Montaud dans le canton de Saint-Étienne Nord-Ouest aux élections cantonales partielles, les 14 et 21 février 1932, Granjon affectait, au cours de la campagne, de renvoyer dos à dos les équipes municipales rivales de Soulié et de Durafour qui s’étaient succédées à l’hôtel de ville de Saint-Étienne et dont il dénonçait l’égale carence. Il eut 387 voix sur 4 140 suffrages exprimés au premier tour, contre 839 au socialiste SFIO. Pons, 865 au radical-socialiste Seyssiecq et 2 049 au démocrate populaire Fontanilles, élu au second tour par 2 140 voix contre 1 707 à Seyssiecq, malgré le désistement du candidat socialiste. Granjon, qui s’était maintenu, n’avait plus que 239 voix sur 4 084 suffrages exprimés. La même année, aux élections législatives dans la troisième circonscription (Nord-Ouest) de l’arrondissement de Saint-Étienne, Granjon, qui était toujours secrétaire du comité de rayon, obtint au premier tour 1 328 voix sur 25 423 inscrits, 19 273 votants et 18 985 suffrages exprimés, contre 3 784 au socialiste SFIO. Drivon, maire de Rive-de-Gier, 4 316 au radical-socialiste Creyssel et 9 333 au député-sortant indépendant Neyret. Le maintien au second tour de la candidature communiste n’empêcha pas la victoire, obtenue de justesse, il est vrai, du candidat radical sur Neyret, par 9 731 voix contre 9 708 : Granjon, en effet, n’avait conservé que 438 suffrages sur 19 883 exprimés.

Il était membre du conseil central de la fédération des métaux en 1932.

Granjon poursuivit sa carrière politique à Paris, où il habita 3, rue Pajol, XVIIIe arr. puis, en 1940, 7, rue Manin, XIXe arr. Il suivit une école communiste centrale de deux mois en 1933. L’année suivante, il était membre du rayon du XVIIIe arr. et, participant au congrès extraordinaire des JC à Ivry, il fut élu à la direction des Jeunesses en février. Le 24 avril 1935, il fut réélu membre du Comité Central des Jeunesses communistes. En mai, il était candidat du PC aux élections municipales dans le quartier de la Santé. Le 26 septembre 1935, il fut élu membre du secrétariat de la « Fédération des Jeunesses communistes de France » puis, en décembre 1937, à l’issue du congrès d’Arles, membre de la commission de contrôle des finances du Parti communiste. En mars 1936, au cours du VIIIe Congrès des JC de France tenue à Marseille, il avait présenté un rapport sur l’unité de la jeunesse pour ses droits, pour le pain et la liberté.

À la déclaration de guerre, Léonce Granjon, réformé, participa à l’action communiste illégale, tout comme sa mère, Césarine Rouaix veuve Granjon, née le 19 novembre 1881 à Pamiers (Ariège), demeurant à Saint-Étienne (Loire), membre du Parti communiste et du groupement des femmes pour la Paix et la Liberté, et son frère Elisée, né le 14 février 1909 à Saint-Étienne (Loire), demeurant à Saint-Étienne, membre du PC et des Jeunesses communistes, qui furent déférés au Parquet en vue d’un internement administratif dans un Centre de Séjour Surveillé, le 16 octobre 1940.

Léonce Granjon avait alors pour compagne une militante de l’Union des Jeunes Filles de France « Manou », secrétaire technique appointée du Mouvement international de la Jeunesse, originaire d’une famille juive d’Odessa émigrée en France et sympathisant avec le communisme (il s’agit de Manou Kesteman, première femme de Henri Kesteman*, née Bassis). Son frère cadet, Maurice Bassis, fut tué dans la Résistance FTP ; elle-même était une militante active.

Léonce Granjon et « Manou » militaient ensemble dans l’appareil illégal du PC et dans la Résistance quand, en 1942, la direction communiste nationale enjoignit à Léonce Granjon de se séparer de sa compagne considérée comme suspecte. N’ayant pas obtempéré, Léonce Granjon et « Manou » furent frappés d’exclusion et dénoncés dans la presse clandestine. Divorcé par jugement du tribunal civil de la Seine le 17 décembre 1949, transcrit le 7 février 1951, Léonce Granjon se remaria le 20 février 1951 à Asnières (Seine, Hauts-de-Seine) avec Mannée Bassis, sténo-dactylo.

À la Libération, en 1945, ils demandèrent à être réhabilités mais ce n’est qu’en 1959 qu’ils obtinrent satisfaction, l’accusation portée contre « Manou » ayant été reconnue sans fondement et, abusive, la sanction prise contre Léonce Granjon. L’un et l’autre reprirent alors leur action militante « à la base » du Parti.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article4549, notice GRANJON Léonce par Jean Lorcin, Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 1er février 2016.

Par Jean Lorcin, Jean Maitron, Claude Pennetier

Léonce Granjon, photographie de sa fiche de police pendant l’Occupation
Léonce Granjon, photographie de sa fiche de police pendant l’Occupation

ŒUVRE : Collaboration aux Cahiers du Bolchevisme de janvier 1934 à 1939.

SOURCES : RGASPI, 495 270 1357, autobiographie, 1934. — Arch. Nat., F7/13035, rapports mensuels, Loire, 4 mai 1932, F. 7/13116, 13121, 13129, 85 W 94. — Arch. Dép. Loire, 3 M 71, 3 M 73, 4 M 125-127. — Arch. Jean Maitron. — Articles précités. — Le Mémorial de la Loire, 8 février 1932. — La Tribune républicaine, 14 juillet 1930, 22 juillet 1930, 28 juillet 1930, 8 février 1932. — État civil de Saint-Étienne, 30 janvier 1986.

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