BARABANT Henri, Joseph

Par Justinien Raymond

Né le 2 novembre 1874 à Vougeot (Côte-d’Or) ; mort au cours d’une partie de chasse le 11 septembre 1951 dans les environs de Dijon (Côte-d’Or) ; employé aux chemins de fer ; maire de Dijon, député (1914-1919, 1924-1928).

Henri Barabant
Henri Barabant
Hubert-Rouger, op. cit., p. 58

Henri Barabant naquit dans une famille de petits vignerons. Nanti d’une instruction primaire, il entra jeune comme simple employé de bureau au PLM à Dijon et se jeta d’emblée dans le combat politique et social. Militant syndicaliste et coopérateur — fondation d’une boulangerie coopérative et d’une imprimerie, association de production — il donna cependant l’essentiel de son activité à l’action socialiste. Il fonda à Dijon la Jeunesse socialiste révolutionnaire. En 1897, il était secrétaire du groupe socialiste de Dijon et, bientôt après, de la fédération ouvrière socialiste de la Côte-d’Or ralliée au POSR d’Allemane qu’il réorganisa à partir de 1901 et qui s’intégra au Parti socialiste français, puis, avec lui, en 1905, à la SFIO.

Henri Barabant avait représenté la Côte-d’Or au congrès de Lyon (1901).

En 1904, la liste socialiste conduite par Barabant réunit 6 000 voix aux élections municipales à Dijon. Une union au second tour avec les radicaux qui en avaient recueilli 3 000 assura le succès et Barabant fut élu maire de Dijon. Sous son impulsion, la municipalité accomplit en quatre ans une œuvre qui eut un certain retentissement. Il réorganisa le service municipal d’hygiène et l’assistance médicale gratuite, aménagea un asile pour les vieillards. Il laïcisa tous les services hospitaliers, appliqua strictement la législation protectrice du travailleur pour les employés municipaux et pour les ouvriers des adjudicataires de la ville. Il doubla la subvention municipale à la Bourse du Travail. Conformément à une promesse solennelle faite pendant la campagne électorale, il supprima les octrois de Dijon, sauf pour l’alcool. Il dégreva 11 650 chefs de famille par la diminution des cotes mobilières pour les petits loyers. Il assura la distribution gratuite des fournitures aux écoliers, développa les cantines scolaires, créa la colonie de vacances de Crépey, protégea les œuvres post-scolaires laïques. Il mena une rigoureuse action anticléricale : plusieurs rues et places de la ville furent débaptisées et reçurent des noms de socialistes et de révolutionnaires. En février 1906, il fit disperser par les lances à incendie les catholiques protestant contre les inventaires.

Barabant s’attira, par cette politique, de violentes oppositions. Ses adversaires firent porter leur effort sur la suppression de l’octroi d’autant qu’elle avait nécessité la création de nouvelles ressources fiscales. On l’accusa de s’être vendu aux bouchers de la ville, de s’être fait construire un « château » dans le quartier de Montchapet où il habitait une modeste maison. En 1908, la liste qu’il patronnait fut battue, mais, personnellement, il fut réélu conseiller municipal et il le fut encore en 1912.

Alfred Marpaux, vaincu par la maladie, avait alors quitté la Côte-d’Or. J.-B. Bouhey-Allex, député socialiste, mourut en 1913. Barabant fut plus que jamais le chef du socialisme côte-d’orien et l’animateur de l’hebdomadaire Le Rappel socialiste auquel, depuis le début du siècle, il apportait une active collaboration. Il fut chargé de conserver au parti le siège de Bouhey dans la 1re circonscription de Dijon et n’y réussit pas, bien qu’en tête au premier tour avec 7 019 voix contre 6 263 à Hébert, de l’Action libérale, et 3 105 au Dr Julie, radical. Au scrutin de ballottage, il fut battu avec 8 975 suffrages contre 9 228 à Hébert. Non seulement Bouhey-Allex était propriétaire viticulteur et réformiste, mais il imposait par tout un ensemble de qualités personnelles auxquelles ses adversaires rendaient hommage. C’était un socialiste rassurant. Barabant, issu du petit peuple, salarié, socialiste révolutionnaire « avait gardé quelque chose de rude et même d’excessif » (R. Long, op. cit., p. 106). Au premier tour, il gagna 1 000 voix sur celles de Bouhey, mais c’étaient les voix radicales-socialistes décidées à l’union des gauches et qui n’allèrent pas au Dr Julie. Au second tour, les suffrages de ce dernier profitèrent davantage au candidat de droite. En face d’un socialiste aux doctrines affirmées, le glissement de la clientèle radicale vers le conservatisme se précipitait. Cette élection eut un retentissement national, venant, le 28 septembre, quelques mois après le vote de la loi de trois ans contre laquelle avait voté Bouhey, membre de la commission de l’Armée. Les socialistes eux-mêmes, à Dijon, en firent un test, « un sondage d’opinion » (Le Rappel socialiste, 6 septembre 1913). Barabant prit sa revanche en 1914 ; bien qu’en perte de vitesse au premier tour, il vint en tête des gauches avec 6 570 voix contre 4 839 à Gaston Gérard, radical-socialiste, et 1 327 au Dr Julie, radical indépendant. Il retrouva assez de voix radicales-socialistes au ballottage pour battre Hébert par 10 895 suffrages contre 10 531.

N’ayant pas été mobilisé en août 1914, Barabant, volontaire le 30 octobre, partit pour le front, combattit jusqu’en décembre. Malade et bientôt démobilisé, il reprit son action politique, au Rappel socialiste et au Parlement. Au conseil national socialiste du 9 avril 1916, avec la majorité de sa fédération, il approuva la motion de la minorité pour une reprise des relations dans l’Internationale et la recherche de la paix. En 1917, il se prononça pour la participation de la SFIO à la conférence de Stockholm. Dans Le Rappel du 2 juin 1917, il salua la victoire des minoritaires au conseil national du Parti socialiste en mai. En septembre et octobre, le journal de droite, Les Nouvelles dijonnaises, l’accusa d’être un agent de l’Allemagne. Barabant continua dans la même voie. Il mena dans Le Rappel une violente campagne contre le gouvernement de Clemenceau et, dans le numéro du 10 août 1918, protesta contre la condamnation de Malvy par la Haute Cour.

Au congrès socialiste de Strasbourg (1920), il se rallia à la motion pour la « reconstruction de l’Internationale », mais s’opposa aux « extrémistes de gauche » qui voulaient l’entrée immédiate dans la IIIe Internationale (Rappel socialiste, 6 mars 1920). À l’issue du congrès de scission de Tours (décembre 1920) où il ne siégea pas, il demeura pourtant avec la majorité dans le Parti communiste, les 42 mandats de sa fédération représentée par Frossard s’étant prononcés pour l’adhésion à la IIIe Internationale. Alors, il n’était plus député. Avec toute la liste socialiste qu’il conduisit en 1919, il fut battu, recueillant personnellement 20 254 suffrages sur 100 397 inscrits. Le mouvement esquissé avant la guerre s’était confirmé. Dans ce département où le socialisme était une force prête à le supplanter, le radicalisme rallia la droite conservatrice sous la bannière du Bloc national, d’autant plus facilement que ce dernier comptait deux anciens socialistes et qu’on arguait, comme en 1913, des violences verbales de Barabant. Avec 6 200 voix et, pour sa liste, une moyenne de 5 500, il échoua également au conseil municipal de Dijon. Plus heureux pour le conseil général, il enleva par 1 726 voix contre 1 470 le siège de Dijon-sud au socialiste Charlot passé au Bloc national. En octobre 1920, il lança Le Populaire de Bourgogne, donnant ainsi un organe départemental au Parti communiste. Ce dernier, en son congrès de Marseille (décembre 1921), porta Barabant à son comité directeur.

Dès 1922, à propos de tactique électorale, un conflit s’éleva contre le PC et Barabant. Ce dernier voulut entraîner dans l’autonomie la fédération de la Côte-d’Or, mais il ne fut suivi ni par le groupe de Dijon ni par le congrès fédéral du 6 mai. Alors, Barabant s’éloigna du PC. Au début de mai 1922, il transforma son Populaire de Bourgogne jusque-là « quotidien de la fédération communiste de la Côte-d’Or » en « journal de toutes les fractions du bloc socialiste et républicain » et n’inséra qu’avec parcimonie les communiqués du PC. Le 15 octobre 1922, à Saint-Claude, il participa à un congrès de groupes communistes dissidents constituant l’Union fédérative des socialistes révolutionnaires de l’Est (organe de réunification des forces socialistes). Il fut alors exclu du PC par le congrès de Paris, n’y ayant pas fait appel d’une décision du comité exécutif le concernant. En février 1924, son quotidien, La Tribune de Bourgogne qui avait fait suite au Populaire de Bourgogne disparut faute d’argent, au grand désappointement des militants et des sympathisants qui y perdaient des fonds.

Cependant, à la veille des élections de 1924, Barabant reprit la publication de l’hebdomadaire Le Rappel socialiste et proposa un « bloc des rouges » entre le Parti communiste qu’il venait de quitter, la SFIO à peine reconstituée et l’Union socialiste-communiste qu’il animait. Il se heurta à un double refus, conduisit à la lutte une liste de son « Union socialiste-communiste » qui rassembla en moyenne 16 216 voix, soit 16,8 % des 95 922 inscrits, et il fut élu au quotient. Peu après, le 12 juillet 1924, avec ses amis, il se rallia à la fédération socialiste SFIO et collabora à son organe Le Socialiste côte-d’orien, assez rarement d’ailleurs, car il ne retrouva pas son crédit d’autrefois auprès de ses anciens camarades. Toutefois, en 1928, il fut leur candidat dans la première circonscription de Dijon : avec 5 435 voix sur 22 300 inscrits, il y fut battu par les 10 263 de Gaston Gérard, maire de Dijon. La même année, un adjoint de ce dernier enleva à Barabant le siège de conseiller général de Dijon-sud. Sa popularité avait baissé même dans cette circonscription ouvrière où il avait été élu en 1919.

Il s’éloigna peu à peu de la SFIO et, en 1935, aux élections municipales de Dijon, il se présenta sur une liste opposée à celle de la SFIO conduite par Robert Jardillier. Il ne fut pas élu et abandonna alors la vie politique après avoir été une de ses figures marquantes en Côte-d’Or. Dans l’entre-deux-guerres, en outre, il présida longtemps la fédération départementale de la Ligue des droits de l’Homme, et milita à la Libre-pensée.

Homme du peuple, il fut longtemps le symbole du socialisme dans son département et la cible de ses adversaires. Il avait gardé des allures plébéiennes. Il faisait ses tournées électorales à motocyclette, avait le coup de poing facile, mais avec son aplomb et son esprit de répartie, il était un bon orateur de réunion publique. Journaliste, il faisait preuve de bon sens, mais aussi de vigueur dans la polémique, sinon d’une solide formation doctrinale qui semble bien toujours lui avoir fait défaut et qui peut expliquer la versatilité politique dont il a fait preuve, sans jamais abandonner, il est vrai, l’extrême gauche. Il était sincèrement dévoué à la classe ouvrière, mais, aux dires de compagnons de lutte, il ne manquait pas d’ambition ni même de vanité. Il avait l’esprit un peu exclusif de l’ouvrier allemaniste : aussi, se trouva-t-il mal à l’aise après 1924 dans une fédération socialiste dirigée par des intellectuels comme R. Jardillier.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article444, notice BARABANT Henri, Joseph par Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 24 juin 2010.

Par Justinien Raymond

Henri Barabant
Henri Barabant
Hubert-Rouger, op. cit., p. 58

ŒUVRE : Barabant collabora aux journaux suivants : Le Rappel socialiste. — Le Populaire de Bourgogne. — La Tribune de Bourgogne. — Le Socialiste côte-d’orien.

SOURCES : Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — I.M.Th., bobines 29 et 30. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes II, p. 56 à 61, passim. — R. Long, Les Élections législatives en Côte-d’Or, p. 106 à 129 passim.L’Humanité, 26 avril 1904 : interview de Barabant, nouveau maire de Dijon. — P. Lévêque, « Libre Pensée et socialisme (1889-1939) », Le Mouvement social, n° 57, octobre-décembre 1966. — Agnès Gaittet, La municipalité Barabant à Dijon, Mémoire de Maîtrise, Dijon, 1985. — Pascal Rigaud, Socialistes et communistes en Côte-d’Or de 1919 à 1924, mémoire de maîtrise, Dijon, 1984. — Denis Vuillaume, Le Socialisme en Côte-d’Or de 1905 à 1914, mémoire de maîtrise, Paris X Nanterre, 1977.

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