FLASCHBERGER Rudolf, Herman

Par André Balent

Né le 7 avril 1903 à Feffernitz (Autriche) ; militant communiste au Boulou et à Port-Vendres (Pyrénées-Orientales) ; inscrit au Carnet B ; volontaire des Brigades internationales.

Fils légitime de Johan Flaschberger et d’Aloïsa Kofeler, Rudolf Flaschberger vécut dans son pays natal, l’Autriche, jusqu’à l’âge de vingt ans. Il y fit des études pour entrer dans le service forestier. Mais il les abandonna : sa bourse d’études lui aurait été retirée en 1920 par le gouvernement autrichien. En octobre 1921, il fut incorporé à la 6e Brigade d’artillerie en garnison à Klagenfürt (land de Carinthie, Autriche). Il fut libéré en mars 1923 avec le grade de sergent.

Le 18 mai 1923, il contracta, au bureau de recrutement de Metz (Moselle) un engagement de cinq ans à la Légion étrangère. Incorporé le 30 mai 1923 au 1er Régiment étranger, il fut libéré le 19 mai 1928. Soldat de 2e classe, il obtint la médaille coloniale, agrafe Maroc (décret du 11 juin 1923). Sa conduite pendant ces cinq années passées dans les rangs de la Légion étrangère fut qualifiée de « bonne » par les autorités militaires.

Libéré, il s’installa à Marseille (Bouches-du-Rhône) où, pendant trois mois, il s’employa dans divers cafés et restaurants.

D’octobre 1928 à avril 1929, il travailla sur la ligne de chemins de fer de Strasbourg à Lauterbourg (réseau Alsace-Lorraine). En avril 1929, il fut employé comme manœuvre en gare de Metz (Moselle). De mai à juin 1929, il fit des journées dans divers cafés et restaurants de Paris. Pendant ces deux mois passés dans la capitale, il résida dans le IXe arr.

En juin 1929, il quitta Paris à bicyclette. Il travailla quelque temps à Montargis (Loiret), Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), Alès (Gard), Montpellier (Hérault).

Le 18 novembre 1929, il arrivait, toujours à bicyclette, au Boulou (Pyrénées-Orientales). Il résida dans cette localité jusqu’en octobre 1935. Pendant trois ans, il travailla à l’établissement thermal du Boulou où il effectuait des sondages. Il fut ensuite employé par divers bouchonniers du Boulou. Il travailla également comme journalier (sans doute dans l’agriculture).

Le 4 octobre 1935, Rudolf Flaschberger s’installa à Port-Vendres. Il travailla comme poseur de mines sur les chantiers des « Grands Travaux du Port. » Mais il fut bientôt congédié par le directeur des travaux, M. Eggli, « non pour son travail, mais en raison de ses idées communistes » (rapport du commissaire spécial de Cerbère, 16 juillet 1936). Après avoir été licencié, R. Flaschberger travailla comme manœuvre à Port-Vendres.

Au Boulou, mais aussi à Port-Vendres, il tenait une modeste pension de famille. En 1935 (?), il épousa Angèle Aspinas, espagnole fille d’immigrés, née le 17 avril 1917 à Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales).

Militant communiste, Rudolf Flaschberger fut l’un des animateurs des cellules du Boulou et de Port-Vendres.

Au Boulou, il donnait asile, selon la police « à des meneurs du PC, aux globe-trotters », facilitait « le passage clandestin de la frontière (franco-espagnole) à des éléments communistes » et avait des relations « avec des Allemands et Autrichiens de passage au Boulou » (rapport du commissaire spécial de Cerbère au préfet des Pyrénées-Orientales, 16 juillet 1936).

À Port-Vendres, Rudolf Flaschberger était « connu comme un ardent propagandiste des idées communistes ». Dirigeant de la cellule de cette ville et adhérent des « Amis de l’URSS », il avait une activité militante publique. Sur deux photographies que le commissaire spécial de Cerbère avait envoyées au préfet des Pyrénées-Orientales avec son rapport du 16 juillet 1936, on peut voir Rudolf Flaschberger à la tête d’une grande manifestation du Front populaire à Port-Vendres, le 14 juin 1936.

Pendant les grèves de juin 1936, Rudolf Flaschberger déploya une grande activité. Le 18 juin, il tenta de convaincre les ouvriers des « Grands Travaux » de se joindre au mouvement de grève. Il se rendit également à Paulilles (commune de Port-Vendres) pour discuter avec les ouvriers de l’usine d’explosifs Nobel Bozel. Il incita en outre les dockers de Port-Vendres à cesser le travail.

Militant communiste et résident étranger, germanique de surcroît, Rudolf Flaschberger était considéré par les autorités « comme très suspect du point de vue national » (rapport du commissaire spécial du Perthus au préfet des Pyrénées-Orientales, 9 juin 1936). Les autorités redoutaient d’autant plus Rudolf Flaschberger qu’elles estimaient qu’il était « très intelligent, très instruit même » (rapport du commissaire spécial du Perthus au préfet des Pyrénées-Orientales, 9 juin 1936). En effet, il exerçait localement une très grande influence. De plus, il abritait dans sa pension de famille, des ouvriers, souvent très politisés ainsi que des militants étrangers, autrichiens ou allemands notamment. Rudolf Flaschberger parlait couramment l’anglais, l’allemand, le français, l’espagnol et sans doute aussi le catalan, langue usuelle des couches populaires roussillonnaises. Il écrivait l’anglais, l’allemand et le français. La gendarmerie du Boulou avait, à plusieurs reprises, utilisé ses services en l’employant comme interprète pour l’interrogatoire d’étrangers.

La police avait noté que lorsqu’il résidait au Boulou, il avait refusé de retourner en Autriche pour y représenter un négociant en vins de la région. Elle surveillait de très près ses multiples activités. Le 9 juin 1936, dans un rapport au préfet des Pyrénées-Orientales, le commissaire spécial du Perthus notait : « Déjà en 1935, mon prédécesseur avait proposé l’inscription de cet étranger au Carnet B. »
Le 14 novembre 1935, Rudolf Flaschberger déposa une demande de naturalisation. Le maire du Boulou consulté par le sous-préfet de Céret donna un avis favorable car, selon lui, Rudolf Flaschberger était une personnalité « d’une moralité irréprochable » qui « a toujours manifesté en propos et en actes un parfait loyalisme envers la France ». Pourtant le chef d’escadron Baggio, commandant de la compagnie de gendarmerie des Pyrénées-Orientales (rapport du préfet des Pyrénées-Orientales, 24 juin 1936) et le sous-préfet de Céret (rapport du préfet des Pyrénées-Orientales, 19 juin 1936) estimaient que Rudolf Flaschberger, parce qu’inscrit au Carnet B en tant que suspect politique, ne saurait être naturalisé Français. Et ceci en dépit du fait qu’il ait servi pendant cinq ans dans la Légion étrangère. Même après la victoire électorale des partis du Front populaire, les autorités françaises refusaient de répondre favorablement à la demande de naturalisation d’un militant communiste, trop actif à leurs yeux et coupable d’avoir manifesté de manière trop voyante ses sentiments internationalistes.

Volontaire des Brigades internationales, Rudolf Flaschberger combattit en Espagne. En 1939 il était de retour à Port-Vendres. Il fut inscrit en octobre-novembre 1939 sur la liste des « suspects du point de vue national » en qualité d’« anarchiste ». Rudolf Flaschberger avait-il réellement abandonné pendant son séjour en Espagne ses convictions communistes ? Divers habitants de Port-Vendres que nous avons interrogés, nous ont affirmé que non.

Après 1939, on perd la trace de Rudolf Flaschberger dans les Pyrénées-Orientales.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article3858, notice FLASCHBERGER Rudolf, Herman par André Balent, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 19 mai 2017.

Par André Balent

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, versement du cabinet du préfet (13 septembre 1951), liasse 169 (dissolution du Parti communiste, liste des « suspects du point de vue national ») ; liasse 186 (« suspects » avant 1940, A à L ; nombreux rapports de police ou de gendarmerie concernant R. Flaschberger). — Témoignages d’habitants de Port-Vendres et notamment de M. Georges Duran.

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