THUILLIER Guillaume (abbé)

Né à Limoges (Haute-Vienne) le 13 octobre 1811, mort à Limoges le 19 février 1883. Prêtre socialiste.

Guillaume Thuillier fut ordonné prêtre le 28 octobre 1834. Desservant du Châtenet-en-Dognon, canton de Saint-Léonard (diocèse de Limoges), il adhéra avec enthousiasme à la révolution de 1848.
Le 27 avril, il s’adressait aux ouvriers d’une fabrique de Saint-Léonard et leur prêchait des doctrines démocratiques et égalitaires. Arrivé dans la soirée à Limoges, il déclarait que les ouvriers devaient aller convertir les campagnes aux idées égalitaires.
Le 2 mai, il disait devant la Société Populaire de Limoges : « Des frères aveugles ou égarés nous traitent de buveurs de sang ; je ne veux boire d’autre sang que celui de la communion du Christ. » (Le Peuple, n° 23.)
Rédacteur du Carillon périgourdin, Thuillier rappelait avec un talent médiocre le ton de Lamennais : « Le bonheur, écrivait-il, est tout entier dans le socialisme, grande vallée où les hommes, fatigués de leur longue route, viendront s’asseoir et oublier dans les joies de la famille, de la religion et de la propriété, c’est-à-dire dans le sens de Dieu » (N° 1). « Peuple, que ces paroles sorties d’un cœur qui t’aime ne t’excitent pas contre ceux qu’une haute position sociale tient éloignés de toi. Le moment est venu où ils doivent comprendre que, pour fonder la République universelle, le concours et le rapprochement de tous est une nécessité » (N° 2).
Pour l’élection partielle du 10 mars 1850, Thuillier fit campagne en faveur de Ducoux*. Le 20 mars, pour avoir tenté d’éluder la loi sur le cautionnement, il fut frappé de deux mois de prison et de 200 f. d’amende. (Voir Durin A.*).
Défroqué à une date qui ne peut être précisée, Thuillier exerça désormais la profession d’entrepreneur. En 1858, par arrêté du 16 mars, et après dénonciation de l’évêque de Limoges, il fut interné en Algérie. Les notes de police le présentaient ainsi : « Homme appartenant à l’état ecclésiastique, qui a traîné sa robe dans la fange, qui a fait du journalisme et exerce une grande influence sur les ouvriers. »
Thuillier ne résida que peu de temps à La Calle, près de Bône. Pour avoir sauvé quarante personnes dans un naufrage, il fut libéré. Il refusa la Légion d’honneur qu’on lui offrit en surplus.
Il revint en France. Il ne joua plus désormais de rôle politique. Il vivait avec une blanchisseuse, Magdeleine Aubert, dont il eut cinq enfants, nés entre le 6 novembre 1861 et le 17 août 1871. Au moment où furent réparties les indemnités accordées aux victimes du 2 décembre par la loi du 30 juillet 1881, il était à l’hôpital, paralysé du côté droit, et dans une situation matérielle difficile. Il épousa sa compagne et légitima ses enfants le 8 avril 1882.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article38284, notice THUILLIER Guillaume (abbé), version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

SOURCES : L’Abeille de la Vienne, mars-avril 1849. — E. Ténot et A. Dubost, Les Suspects en 1858, Paris, 1869. — A. Perrier, « Alfred Durin et le Carillon Républicain », Le Mouvement Social, n° 36, juillet-septembre 1961. — J.-B. Duroselle, Les Débuts du catholicisme social en France, 1822-1870.

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