THUILLIER Emile

Rédacteur et gérant du bihebdomadaire Le Père Duchêne. Gazette de la Révolution, paru du 10 avril au 22 août 1848.

Émile Thuillier fut rédacteur et gérant de journaux révolutionnaires. Le Père Duchêne de la « Nouvelle République », eut, comme celui de Jacques Hébert, un succès de public. Plusieurs numéros firent l’objet d’éditions différentes. Le tirage total dépassa 50 000 en juin et 80 000 en août.
Au départ pourtant, Le Père Duchêne n’était pas sûr de sa voie. Il jugeait que le communisme n’était « que le manteau des ennemis... régence et légitimité » (n° 3, 20 avril). Il disait à Louis Blanc : « Toi, citoyen Louis Blanc, où en es-tu de tes stériles utopies ? Désorganisant le travail sans rien reconstruire, tu as prêché dans le désert, et, malgré l’éloquence de ta voix, les commandes ont cessé, le travail a tari, les ateliers se sont fermés, et la misère béante aux portes du Luxembourg recueille incessamment les tristes victimes de tes rêves insensés » (ibid.)
En mai, Émile Thuillier parla de « l’héroïque révolution accomplie par les travailleurs » et s’intéressa aux Ateliers nationaux. Blanqui lui envoya une lettre datée du 17 mai et qui fut insérée (n° 15, 21 mai). Les amis de Blanqui* utilisèrent alors cette tribune populaire à diverses reprises dans leur lutte contre le mensonge du document Taschereau, ou pour défendre l’existence de la Société Républicaine Centrale.
Interrompu du 22 juin au 13 août, dans des conditions et avec des allusions qui donnent à croire que Thuillier resta au moins six semaines dans une casemate à la suite de l’insurrection parisienne, Le Père Duchêne reprit sa publication pendant cinq numéros (numéros 31 à 35), comme moyen d’expression des emprisonnés, avec un tirage croissant qui provoqua son interdiction et sa disparition.
Dès le départ, Thuillier avait précisé qu’il ne s’agirait pas dans sa feuille de réclamer des têtes : « Le siècle a marché ; les mœurs se sont adoucies ; les circonstances ne sont plus les mêmes. Je ne viens pas faire entendre le langage d’une époque que nous avons laissée loin derrière nous. J’exècre, comme autrefois, les rois, leurs partisans et les faux patriotes ; mais la hache a disparu du faisceau des licteurs ; c’est le peuple qui l’en a arrachée, il pardonne à ses ennemis ; il ne veut pas souiller de leur sang la blanche tunique de la liberté [...] Que la volonté du peuple soit faite ! » (n° 1, 10 avril).
On a pu constater que la langue employée par Colfavru et par Thuillier n’était ni celle de Hébert, ni celle du Père Duchêne de la Commune.
Il parut aussi un Almanach du Père Duchêne pour 1849.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article38283, notice THUILLIER Emile, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 24 septembre 2019.

SOURCE : Le Père Duchêne (Bibl. Nat., Gr. Fol. Lc 2/1772).

ICONOGRAPHIE : Portrait lithographié par P. Bisson*, peint en 1849 à Sainte-Pélagie, série « Insurrection de Juin ».

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