THOURET Antony [THOURET Vincent, Ferrare, François, Antony], dit aussi ANTONY-THOURET

Né le 15 juillet 1807 à Tarragone (Espagne) mort le 6 octobre 1871 à Bouvignies (Nord). Romancier, journaliste démocrate socialiste. Représentant du Nord en 1848 et 1849.

Fils de Français établis dans l’Espagne du roi Joseph, Thouret revint en France, au moment de l’évacuation du pays (1813). Il commença ses études à Douai et fit son droit à Paris, après s’être marié au sortir du collège (1825). Avocat, il fut en même temps un journaliste libéral connu, un homme de lettres et l’un des propagandistes les plus dévoués des sociétés républicaines. Au début de 1830, demeurant 3, rue Neuve-Saint-Augustin, (IIe arr., ancien et actuel), il créa avec James Fazy* La Révolution qui devint après Juillet La Révolution de 1830. Il fit partie de la Société des Amis du Peuple dès sa création et, dans de nombreux procès, défendit des inculpés d’origine modeste qui, sans lui, eussent dû recourir à un avocat commis d’office.
En tant que gérant du journal, victime de la répression contre la presse d’opposition, il fut à plusieurs reprises condamné en cour d’assises, dont également au procès des Quinze, pour la presse de la Société des Amis du Peuple, et, entre août 1831 et mars 1835, dut subir plus de trente mois de prison à Paris et d’autres à Saint-Vaast de Douai, comme en témoigne une lettre parmi les papiers saisis dans les bureaux du journal Le Charivari, pendant l’instruction de l’affaire Alibaud (1836), à travers un parcours carcéral difficile à suivre, condamnations et peines s’enchevêtrant hors des normes chronologiques. De plus, pendant cette difficile période, il fut peu à peu évincé par un bonapartiste, Lennox, qui avait apporté des fonds au journal. Il collabora à plusieurs journaux d’opposition et participa à la création de sociétés secrètes. Il fut parmi les défenseur désignés par les accusés d’avril (Douai).
Il sut profiter de ses nombreuses détentions, surtout à Sainte-Pélagie et en maisons de santé, pour écrire des romans populaires et devint alors un auteur à succès, avec : Toussaint le Mulâtre (2 volumes, 1834), Blanche de Saint-Simon (2 volumes, 1835), L’Enfant de Dieu (2 volumes, 1836), Le Roi des Frenelles (2 volumes, 1841). Les intrigues étaient romanesques à souhait. Les sentiments des personnages leur donnaient des comportements tranchés : odieusement aristocratiques ou démocratiquement humanitaires. Les héros étaient tout d’une pièce et les allusions politiques voilées ne manquaient pas.
Rédacteur à La Réforme lancée en 1843 par Ledru-Rollin, dont il était proche, Antony Thouret fut envoyé, à la fin de février 1848, en qualité de commissaire du Gouvernement provisoire, dans le Nord (Voir à ce sujet Alphonse Bianchi*).
Le 15 mai 1848, il était à Paris, ce qui confirmerait l’hypothèse selon laquelle Ledru-Rollin s’efforçait de tirer les ficelles de la pièce jouée par le Club des Clubs et qui mettait apparemment Barbès* et Huber* en vedette. On vit Antony Thouret, que sa corpulence rendait très reconnaissable, auprès d’Auguste Blanqui*, lorsque Raspail* lut à la tribune le décret de dissolution de l’Assemblée constituante. Il ne fut pas l’objet de poursuites, cependant, et l’on peut supposer que Ledru-Rollin y veilla.
Le 4 juin, une élection complémentaire dans le Nord l’envoya à l’Assemblée par 48 862 voix. Il se comporta en élu de gauche plus que d’extrême-gauche. Pendant les Journées de Juin, avec Théodore Bac*, Pascal d’Aix* et d’autres, il tenta de sauver de l’exécution sommaire une centaine d’insurgés pris par la garde mobile.
Le 13 mai 1849, le département du Nord, en lui accordant 92 309 voix sur 183 521 votants et 290 196 inscrits, l’envoya siéger à la Législative, où il demeura fidèle à la gauche, mais sans grand relief.
Exclu du territoire français, il alla vivre en Belgique après le coup d’État du 2 décembre 1851. Il n’eut plus dès lors d’activité politique importante.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article38277, notice THOURET Antony [THOURET Vincent, Ferrare, François, Antony], dit aussi ANTONY-THOURET , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

SOURCES : Arch. PPo., A a/428. — Arch. Dép. Paris (Seine), registres d’écrou DY/8 6-14752, DY/8 6-15385, DY/8 7-853, DY/8 7-854, DY/8 7-856, DY/8 7-853, DY/4 17-1143. — Cour des pairs. Procès politiques, 1835-1848, Inventaire dressé par J. Charon-Bordas, Paris, Archives Nationales, 1984, CC 696. — Robert, Bourloton et Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français. — J.-Cl. Caron, La société des Amis du Peuple (1830-1833), mémoire de maîtrise, sous la direction de Louis Girard, Paris IV, 1978. — Note de J. Risacher.

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