THOMAS Émile

Ingénieur. Directeur des Ateliers nationaux de Paris en 1848.

Émile Thomas sortait de l’École centrale et, le 5 mars 1848, fut nommé directeur du Bureau central des Ateliers nationaux. En l’intronisant, Garnier-Pagès affirma : « Un homme d’État vient de se révéler. »
Émile Thomas tenta de se faire élire dans la Seine aux élections du 23 avril 1848. Dans sa profession de foi, il déclarait notamment que tout travailleur devait avoir droit au repos quand il ne pouvait plus travailler ; et il ajoutait : « L’ouvrier d’hier est le bourgeois d’aujourd’hui, l’ouvrier d’aujourd’hui est le bourgeois de demain. » Il ne fut pas élu. Il ne fut pas plus heureux à l’élection partielle du 5 juin 1848. Il avait pourtant déclaré à ses électeurs : « Je crois qu’avant les droits et les devoirs, il faut contenter les besoins, que la politique de sentiment doit faire place à celle des intérêts matériels. »
Dans ses fonctions officielles, Émile Thomas eut vent, très tôt, du coup qui se préparait contre les Ateliers nationaux. C’est sans doute pour cela qu’il se rapprocha quelque peu des gens qui préparèrent la manifestation du 15 mai 1848. Ulysse Trélat, le ministre du Travail, affirma même que Thomas lui avait déclaré : « Ah ! si j’avais cru Louis Blanc* au 15 mai, j’aurais fait marcher contre l’Assemblée les Ateliers nationaux. »
Thomas nia avoir tenu pareils propos, mais Trélat maintint son accusation.
Quoi qu’il en soit, le 24 mai 1848, Thomas intervint énergiquement auprès de Trélat pour lui demander d’ajourner le décret de fermeture des Ateliers nationaux. Trélat feignit d’accepter et consulta Garnier-Pagès qui lui conseilla de faire arrêter Thomas. C’est ce qui se produisit le 27 mai. Ce jour-là, Thomas fut littéralement enlevé à la sortie du bureau de Trélat et conduit par la police jusqu’à Bordeaux. Un communiqué publié dans les Ateliers par le gouvernement disait qu’il avait été envoyé en mission dans les Landes et dans la Gironde pour y organiser des Ateliers nationaux. En réalité, plutôt que de prendre la responsabilité inhumaine de fermer les chantiers, Thomas avait remis sa démission et Trélat avait décidé de l’éloigner de Paris. Les ouvriers des Ateliers nationaux ne furent pas dupes des explications fournies par le gouvernement et signèrent des pétitions pour demander le retour de Thomas. Celui-ci fut remplacé par le polytechnicien Léon Lalanne, une créature du National, et parent de Trélat au surplus, qui avait promis au gouvernement de régler le problème des Ateliers nationaux dans les huit jours.

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Un Émile Thomas, marchand de bois, associé à Bastide, 3 rue de Ménilmontant, avait distribué des armes et de la poudre lors des émeutes du 5 juin 1832 .

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article38239, notice THOMAS Émile , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 10 février 2016.

SOURCES : Arch. Nat., BB 18/1463, doss. 5.964 a. — Arch. PPo., A a/427. — G. Lefrançais, Souvenirs d’un Révolutionnaire. — Henri Moynet, « L’idée d’organisation du travail dans les professions de foi des candidats à l’Assemblée constituante de 1848 », La Révolution de 1848, t. III, n° 13, mars-avril 1906. — Jean Dautry, 1848 et la Seconde République, Paris, 1957.

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