THIRION Henry [THIRION Nicolas, Henry]

Né le 13 juin 1806 à Mirecourt (Vosges), où il mourut le 23 décembre 1885. Militant communiste.

Thirion est tantôt qualifié d’ouvrier mécanicien, et, tantôt, il apparaît comme ayant de nombreux ouvriers à son service. Son action est mal connue, mais il a certainement appartenu au groupe communiste que divers rapports signalent à Mirecourt sous la monarchie de Juillet, sans donner de précision.
Dès 1843, il était l’un des signataires des statuts, soumis au préfet des Vosges et rédigés à Mirecourt, le 27 décembre 1843, d’une « Association philanthropique en faveur des ouvriers voyageurs ». Le maire de Mirecourt, Gaspard, donna son autorisation officielle, mais, par une lettre confidentielle au préfet, il lui signala que plusieurs des ouvriers fondateurs étaient imbus de principes communistes. L’autorisation fut refusée et c’est en vain que Thirion et Pagel par une lettre du 5 mars 1844, au préfet, en demandèrent la raison.
Les opinions de Thirion ne varièrent pas. C’est ainsi que le sous-préfet de Mirecourt le désignait comme suit dans un rapport du 25 novembre 1850 : « Ouvrier mécanicien fort habile, extrêmement présomptueux, imbu d’idées communistes, poli, patelin, au fond très envieux ; paresseux, endetté, très intrigant, mais non homme d’action. »
Aussi, dès la fin de mars 1852, était-il placé sous surveillance par la Commission mixte des Vosges. Ce régime, Thirion le supporta difficilement, mais il fut avec Mathieu un des très rares dont on n’ait trouvé aucune mention de « repentir » ou de rétractation.
En 1853, il se vit refuser l’autorisation d’aller à Nancy où se tenaient des réunions suspectes au point que la police relevait les noms de tous les Vosgiens qui se rendaient dans la capitale lorraine. Il était alors qualifié de « socialiste dangereux » exerçant une influence « sur la classe ouvrière ».
Au sous-préfet de Mirecourt, le 7 juin 1853, après avoir indiqué qu’il professait depuis 25 ans dans sa ville natale l’art de la mécanique comme constructeur, il disait : « Mes travaux m’obligent à des voyages qui ne sont jamais longs, mais assez fréquents. » Ayant obtenu des distinctions honorifiques, « j’avais lieu d’espérer, continuait-il, de devenir adjudicataire pour la fourniture des pompes à incendie qui devait être adjugée le 7 du courant à Neufchâteau. À cet effet, j’ai prié par ma lettre du 6 courant Monsieur le sous-préfet qu’il lui plaise de m’accorder la liberté de me rendre sur les lieux pour deux jours. Cette permission m’a été refusée et il ne m’a donc pas été possible de concourir à cette entreprise que je devais cependant bien désirer puisque mes ateliers manquent de travail. »
Il terminait ainsi : « Je crois [...] que si vous pensez, Monsieur le Préfet, devoir continuer cette surveillance sur ma conduite politique, vous me protégerez ainsi que ma famille [alors nombreuse] qui s’est toujours comportée honorablement et que les malheurs causés par la perte d’une partie de ses membres les plus chères (sic) ont accablée depuis 3 ans. » Le préfet répondit qu’il n’avait pu qu’appliquer les consignes données par une circulaire. En octobre 1853, Thirion se rendit à Tantonville pour y exécuter des plans de machines chez MM. Tourtel, puis à Vézelise. Il fut autorisé à le faire, mais les agents de l’autorité reçurent la consigne de le surveiller attentivement. Il en fut de même lors de ses déplacements à Vitrey (Meurthe) ou à Saverne. À l’occasion de son voyage dans cette dernière ville, le préfet des Vosges le signala à son collègue, par lettre du 30 janvier 1855, comme « un individu dangereux qui supporte avec peine sa situation de surveillé et qui, je crois, cherche à faire de la propagande démagogique. »
Sa notice individuelle de 1855 est ainsi rédigée : « Vit du produit de son travail. N’a pas d’autres revenus. Une instruction ordinaire ; il parle facilement en public à la population ouvrière. Considération : médiocre, a de l’influence sur la population tarrée (sic). Par décision de la Commission mixte des Vosges, il est placé sous la surveillance en raison de ses opinions politiques. Il a conservé des relations avec Neufchâteau, Nancy, Épinal et Remiremont. » Voir Pagel*.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article38221, notice THIRION Henry [THIRION Nicolas, Henry], version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

ŒUVRES : « Profession de foi de H. Thirion, membre de l’Académie de l’Industrie française, Inspecteur des Pompes de l’arrondissement de Mirecourt, rédigée le 10 avril 1848 ». (Annuaire des Vosges, 1888, pp. 54-55).

SOURCES : Arch. Dép. Vosges, 8 bis M 5, 8 M 14, 12 M 12.

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