TABOUREAU de MONTIGNY François, Pierre

Né à Orléans à une date inconnue, mort en 1803. Avocat, il disait de lui, le 15 novembre 1793 : « La défense gratuite de l’opprimé contre l’oppresseur a toujours été le plus sacré de mes devoirs ». Théoricien de la propriété sociale.

Taboureau, s’inspirant de Jean-Jacques Rousseau, écrivait en 1789, durant la campagne électorale pour les États Généraux : « Toute propriété particulière ne peut altérer le droit originaire de la propriété commune. »
De ce principe général, il déduisait le droit pour les pauvres de ne pas payer l’impôt et le devoir pour l’État d’intervenir dans la fixation des prix. Car, « la concurrence des fournisseurs de comestibles en tout genre n’en détruit pas l’avidité. Il y a un tarif généralement adopté parmi eux et un code moral dont la pratique favorise les intérêts du corps entier ; c’est une ligue offensive dont l’exaction toujours croissante ne peut être arrêtée à l’avenir dans sa progression rapide que par une loi expresse ; et, en vain taxerait-on le propriétaire du terrain, si, par la fixation des fruits, on ne réprimait pas encore l’avarice du distributeur secondaire qui porte la denrée à si haut prix que les artisans et les manouvriers n’y peuvent atteindre. » (Requête du Tiers État au Roi..., Arch. Nat., D III/352.)
Taboureau préconisait encore une statistique générale agricole et des mesures qui passeront dans la législation du maximum en 1793 : Peine de mort pour les accapareurs, grenier d’abondance pour conserver les excédents de récoltes des bonnes années, interdiction du commerce des grains ailleurs qu’au marché. Il envisageait enfin une espèce de parlement économique, élisant un « représentant général » du peuple pour la conservation de ses intérêts.
À l’automne 1792, Taboureau fit, au nom de deux sections de la ville d’Orléans, l’apologie imprimée du mouvement populaire spontané de taxation. S’adressant au menu peuple : « C’est en vain, disait-il, qu’on vous menace d’une diminution dans le prix de la peine, si celui du comestible est réduit de moitié, car, depuis l’enchérissement progressif des subsistances, le salaire du travail est resté toujours au même taux ; la preuve de cette assertion se tire de ce que la concurrence des gens de peine augmente avec la misère et de ce que la concurrence excessive des malheureux en diminue arbitrairement le salaire au gré d’un entrepreneur injuste ou d’un avide fabricant ».
Cela valut à Taboureau d’être l’objet d’un mandat d’amener que la foule orléanaise empêcha la gendarmerie d’exécuter (8 décembre 1792), ce qui donna à Taboureau le temps de disparaître.
Le Directoire du département du Loiret décidait de nouveau l’arrestation de Taboureau, le 14 octobre 1793, « considérant que, dans différentes occasions, le citoyen Taboureau a fait des motions relatives aux subsistances, que ses projets toujours difficiles dans l’exécution ne tendaient qu’à alarmer le peuple et à l’animer contre les administrateurs et leurs agents, dont l’occupation constante est de procurer les subsistances nécessaires à leurs concitoyens ». Le représentant Laplanche fit en conséquence envoyer Taboureau à la prison parisienne de l’Abbaye. Voir Laguette*.
Mais Taboureau continuait d’avoir des partisans à Orléans. Ils ne l’oublièrent pas durant sa détention à Paris ; ils lui adressèrent des lettres de sympathie et firent des démarches en sa faveur, si bien que, le 9 pluviôse an II (28 janvier 1794), Taboureau était libéré par le Comité de Sûreté générale.
Taboureau entra au Directoire du département, devint juge au tribunal du district pendant l’époque thermidorienne, puis se fit oublier.
Sur les Enragés parisiens de l’été et de l’automne 1793 Taboureau avait l’avantage d’être une espèce d’idéologue pour qui réquisition et taxation découlaient d’un système.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article38027, notice TABOUREAU de MONTIGNY François, Pierre, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 23 avril 2017.

SOURCES : Albert Mathiez, « Un Enragé inconnu : Taboureau de Montigny », Annales historiques de la Révolution française, mai-juin et juillet-août 1930. — Georges Lefebvre, Études orléanaises, Paris, 1962 et 1963.

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