SEIGNEURGENS Zéphir, Zacharie

Par Notice revue et complétée par Michael Sibalis

Né le 14 floréal an XII (4 mars 1804) à Caix (Somme). Bonnetier. Animateur de coalitions ouvrières, conspirateur républicain.

Zéphir Seigneurgens était fils d’un « faiseur de bas » et frère de Cyprien Seigneurgens*. Bonnetier parisien. « Homme de Juillet », il était célibataire et demeurait, au moins depuis 1833, 8 place du Marché-Sainte-Catherine (VIIIe arr. ancien, actuel IVe),
En septembre 1830, Seigneurgens fonda et présida la Société des ouvriers bonnetiers de Paris (dite Bourse auxiliaire), autorisée par la police le 4 juin 1832. Il adhéra à la Société des droits de l’Homme dès 1832 ou 1833. Le 8 décembre 1833, il participait à une réunion de la Commission de propagande de la SDH qui se tenait chez Napoléon Lebon* et Jean-Jacques Vignerte*, au 27, rue Saint-Jean-de Beauvais (XIIe arr. ancien, maintenant Ve). La police fit irruption et arrêta tous les présents, accusés d’avoir encouragé et préparé les grèves de l’automne 1833 dans un but politique. Seigneurgens fut écroué le 10 décembre à la prison de La Force, dans le voisinage immédiat de son domicile, puis le 20 janvier à Sainte Pélagie. Le procès eut lieu du 26 au 28 avril 1834. Seigneurgens fut acquitté, et libéré le 29, renvoyé de la prévention de coalition.
Pendant son séjour en prison, s’étaient déroulées les journées insurrectionnelles d’avril. Il ne fut pas inquiété, mais il trouva les ouvriers bonnetiers en train de dissoudre leur société, sans doute contraints par la nouvelle loi sur les associations votée le 26 mars, malgré ses vives objections. Il publia en 1835 une Lettre sur la formation de la Société des ouvriers bonnetiers de Paris, dite Bourse auxiliaire (Paris, impr. de Moessard, 16 p.) et en mai contribua pour un franc à la souscription en faveur des détenus politiques.
En 1836, il était membre des sociétés secrètes fondées par Auguste Blanqui* ; selon de la Hodde*, source sujette à caution, Seigneurgens aurait été un des lieutenants de Blanqui. Il fut au moins membre de la Société des Familles et, avec son frère, fut arrêté, écroué le 29 avril 1836 à La Force, inculpé d’association illicite, mais libéré le 25 juin sur ordre du procureur. Il est plus difficile de se prononcer concernant la Société des Saisons, mais il est vraisemblable qu’il y ait également appartenu. Par contre, son rôle exact à cette période n’est pas très facile à discerner.
Il aurait participé en 1838, à la publication et la distribution d’un journal clandestin Le Moniteur républicain, imprimé dans une « imprimerie de la République », en fait, rue de la Tonnellerie à Paris (IVe arr. ancien, maintenant du Pont-Neuf, Ier), journal qui prêchait le régicide et la dictature révolutionnaire transitoire : « Nous croyons que le règne complet de la démocratie devra être précédé de la dictature confiée à des hommes énergiques, dévoués et capables » (n° 1). Le Moniteur républicain, daté selon le calendrier révolutionnaire des mois de l’an XLVI (du 3 frimaire au 5 thermidor), se réclamait d’Louis Alibaud*, disant : « Le régicide est le droit de l’homme qui ne peut obtenir justice que par ses mains » (n° 6). Cette presse clandestine donna lieu à plusieurs procès, mais l’essentiel du groupe qui éditait ce journal fut arrêté le 29 septembre 1838 : Eugène Fombertaux*, Minor Lecomte*, Jean-Baptiste Guillemin*, Joigneau* et Claude Boudin*, libéré en octobre 1840 et avec lequel Seigneurgens apparut très lié, furent condamnés le 12 juin 1839 à plusieurs années de détention et envoyés pour la plupart au Mont-Saint-Michel. Seigneurgens se cacha à partir de septembre 1838, mais fut arrêté en 1841 et comparut devant la cour d’assises de la Seine en octobre 1841. Il demanda alors à Étienne Cabet* de le défendre, mais celui-ci refusa. Seigneurgens se défendit tout seul : il avait fait « six préventions en dix ans ». Il se proclamait communiste, présentant aux jurés une longue déclaration de ses principes « communistes » et une explication de ce qu’était le « communisme ». Selon lui, les communistes voulaient non pas la redistribution de la propriété, mais plutôt la communauté de propriété. Il invoquait Rousseau et son Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes, Gracchus Babeuf* et d’autres. « Nous qui voulons l’égalité, disait-il, et qui soutenons qu’elle n’est possible qu’avec l’égalité des biens... »
Seigneurgens nia qu’il eût imprimé Le Moniteur républicain, dont il assurait qu’il ne partageait pas les points de vue régicides. Il lui restait à expliquer pourquoi, depuis 1838, il s’était enfui. L’explication qu’il avança, à savoir la peur qu’il avait d’un comité secret irresponsable qui le faisait traiter de mouchard, ne convainquit ni la police ni le tribunal. Il fit valoir, pour étayer son allégation, un meilleur argument : c’est qu’il était, lui, communiste, et que Le Moniteur républicain ne l’était visiblement pas. Seul inculpé, il fut acquitté. Claude Boudin, souvent cité lors du procès, avait déjà payé.
Impliqué dans les journées de Juin 1848, Seigneurgens, qui habitait alors 45 rue du Roi-de-Sicile, toujours dans le même quartier, prit la fuite ; son frère cadet, Cyprien Casimir, fut arrêté à sa place. Cyprien Casimir fut relâché, mais Zéphir Zacharie fut néanmoins condamné par contumace à vingt ans de détention, le 24 mars 1849. Par la suite, soi il fut retrouvé et arrêté, soit il se constitua prisonnier, mais il fut rejugé par le 1er conseil de guerre le 19 avril 1851 et condamné à dix ans de détention. Il fut incarcéré le 28 septembre à Belle-Île-en-Mer (Morbihan), transféré à Corte (Corse) le 1er décembre 1857 et probablement libéré par l’amnistie de 1859.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article37755, notice SEIGNEURGENS Zéphir, Zacharie par Notice revue et complétée par Michael Sibalis, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 18 avril 2016.

Par Notice revue et complétée par Michael Sibalis

SOURCES : Arch. Nat., CC 709, 36, « Tribunal de première instance du Département de la Seine : ordonnance d’envoi en police correctionnelle » (1836) ; F7 2585 (inculpés de juin 1848), 10 567 (Z. Seigneurgens). — Arch. Armée de terre (Vincennes), justice militaire (1848), dossier 5084. — Arch. Dép. Paris (Seine), registres d’écrou DY/4 19-3236, DY/8 7-1050, DY/4 32-1996. — Arch. Dép. Somme, 2 E 162 (4), déclaration de naissance, 16 floréal an XII. — Arch. Dép. Morbihan, série Y, écrou 258. — Bibl. Hist. Ville de Paris, MS 1052, pièce 291, Seigneurgens à Cabet, 10 octobre 1841. — « Arrestation de la Rue Saint-Jean-de-Beauvais », La Tribune, 12 décembre 1833. — Gazette des tribunaux, 26-30 avril 1834, 31 octobre 1841. — Le Populaire, 10 mai 1835. — Seigneurgens, Lettre sur la formation de la Société des ouvriers bonnetiers de Paris, dite Bourse auxiliaire, adressée à ses confrères à l’occasion de sa dissolution (Paris, 1834). — Le Moniteur républicain (Bibl. Nat. Rés. Lc 2/1443). — Seigneurgens, Cour d’assises de la Seine. Audience du 30 octobre 1841... Affaire du « Moniteur républicain », Paris, 1841. — Lucien de la Hodde Histoire des sociétés secrètes et du parti républicain de 1830 à 1848, Paris, 1850, p. 199. — Regina Pozzi, « Il Moniteur républicain e L’Homme libre : Contributo all storia delle società segreti sotto la Monarchia de Luglio », Rivista Storica Italiana, 83, 1971, p. 688-713. — J.-Y. Mollier, Dans les bagnes de Napoléon III. Mémoires de C.-F. Gambon, Centre des Correspondances du XIXe siècle, Paris IV-Sorbonne, PUF, 1983. — Notes de Jean Risacher.

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