ROMME Gilbert [ROMME Charles, Gilbert]

Né à Riom le 26 mars 1750, mort à Paris le 17 juin 1795. Conventionnel démocrate, très influent sur le mouvement démocratique dans le Puy-de-Dôme et dont le prestige fut grand aussi auprès du mouvement démocratique de la capitale.

Romme appartenait à une famille de petite bourgeoisie peu fortunée. Il avait passé sa première jeunesse dans une atmosphère de piété rigoriste, de type janséniste, et suivi les cours du collège des Oratoriens de sa ville natale, eux-mêmes tant soit peu jansénisants. Il n’avait, d’autre part, jamais perdu le contact avec la population des campagnes.
De 1774 à 1779, il résida à Paris où il apprenait les sciences, fréquentait les savants en renom ainsi que les cercles intellectuels et les loges maçonniques. Son but, durant tout ce séjour, était d’accumuler les connaissances pour revenir bien armé dans son Auvergne natale et y entreprendre la transformation du pays, par les moyens du progrès scientifique et du développement industriel. En ce début du règne de Louis XVI, Romme accordait aussi beaucoup de crédit aux réformes que Turgot essayait de mettre en route et qui auraient rénové l’agriculture et l’économie si elles n’avaient pas été éphémères.
La connaissance qu’il avait faite de Russes venus en France comme au pays des « Lumières », leur fréquentation familière dans la franc-maçonnerie amenèrent Romme à s’expatrier pour Saint-Pétersbourg, comme précepteur d’un jeune Stroganov. Il s’inspira dans son système d’éducation des idées de Locke et de celles de Rousseau, enseignant de surcroît à son élève ce qu’il savait le mieux, les mathématiques, la physique, la chimie et les sciences naturelles, sans oublier de lui faire découvrir le monde extérieur dans sa diversité sociale comme dans sa diversité naturelle. Ainsi fit-il, en 1781, lors d’un voyage dans l’Oural et en Sibérie avec comme relais les domaines immenses et lointains des Stroganov. Son but était de « faire un homme » ou encore « un bon citoyen ». Il avait cru parvenir au premier objectif en laissant au jeune Stroganov « pendant toute son enfance cette grosse franchise qui ne connaît ni ménagements ni réserves, cette lourde timidité avec les personnes inconnues, cette pétulance bruyante et cette familiarité sans bornes avec ses amis », et il avait abouti à une « huronerie » qui avait déteint sur lui. Pour perfectionner le citoyen chez le jeune Stroganov, Romme revint à Paris (1786) avec lui. Et, de France, il le mena en Suisse (1786-1788).
« Je vais, écrivait-il à un ami le 23 octobre 1786, chercher un pays que je ne connais pas, que ma raison choisit, que mon cœur désapprouve, des mœurs encore saines et de l’instruction pour mon élève. » De retour en France, le maître et le disciple vont voir la manufacture d’armes de Saint-Étienne qu’ils comparent avec la manufacture de Toula vue en Russie, les ateliers Montgolfier d’Annonay, Le Creusot. Romme s’intéresse aux ouvriers, « ces malheureux » : « La ville est noire, dit-il de Saint-Étienne, et enfumée, partout on ne voit que des forgerons ou des charbonniers, ils ont adopté un costume dont la couleur sombre annonce bien leur état et prolonge la tristesse, le lugubre de cette profession jusque dans leurs jeux. »
S’il éprouve une certaine peine, due à son long dépaysement, à adhérer aux positions révolutionnaires de la bourgeoisie en 1789, du moins quand il s’y décide s’engage-t-il à fond. Et, toujours suivi de son disciple Paul Stroganov, il s’établit à Versailles pour suivre l’action du Tiers État au États Généraux. De Versailles il passa à Paris, envoyant à Riom des correspondances patriotiques. Le jeune Stroganov, sous un pseudonyme, adhérait aux Jacobins en 1790. Il fut rappelé en Russie.
La carrière politique de Romme commençait. Il revint en Auvergne à la fin de 1790. Il entreprit à la fois l’éducation politique des paysans et leur éducation technique et économique, s’appuyant sur La Feuille villageoise. Il fut élu le premier du département du Puy-de-Dôme à la Législative, en septembre 1791. Il se demandait peu après comment il n’était pas clair pour les bons esprits que « en ne mettant point à l’émigration ou plutôt à la conspiration le frein de la loi, il ne restait plus que la ressource terrible de l’insurrection et que ce qu’on ne pourra pas faire par la voie paisible de la raison, on le fera par la force des armes ».
C’était consentir d’avance au 20 juin et au 10 août 1792, à la chute du trône, alors qu’en 1791 le républicanisme de Condorcet inspirait encore à Romme comme à l’ensemble de l’opinion démocratique une singulière répulsion.
À la Convention, Romme aurait d’abord voulu que l’unité révolutionnaire ne fût pas aussitôt rompue entre les Girondins et les Montagnards, dont il fut tout de suite. Mais les Girondins rendirent vite cette position intenable. En décembre 1792, Romme avait pris son parti de la rupture, un peu après son ami Soubrany.
Romme fut parmi les plus laborieux des Conventionnels. Il remplit des missions scientifiques et techniques auprès des manufactures d’armes. Il travailla énormément pour le Comité d’instruction. Il fut un des six députés chargés, le 16 février 1793, d’examiner les projets de Constitution. Il proposa un article additionnel à la Déclaration des droits de l’Homme, qui fut repoussé : « Tout homme a droit d’exiger de la société, pour ses besoins, du travail ou des secours. » Le 30 avril 1793, il était envoyé en mission à l’armée des Côtes de Cherbourg. Le 10 juin il était, ainsi que Prieur de la Côte-d’Or, arrêté à Bayeux et transféré à Caen où siégeait la Convention des Girondins. Il devait être libéré le 29 juillet. Il reprit sa place au Comité d’instruction, soutenant imperturbablement le plan d’éducation tracé par Condorcet. Il fut aussi chargé du rapport sur le nouveau calendrier, qu’il lut le 20 septembre. Depuis janvier il y songeait ou y travaillait, mais il ne fit aboutir la réforme que le 5 octobre. Fabre d’Églantine, dans un autre rapport, ajouta les noms qui furent retenus pour les mois (24 octobre 1793). Puis Romme prépara l’Annuaire du Cultivateur, ouvrage didactique et officiel, avant de repartir en mission (5 ventôse an II — 18 février 1794). Et ce fut une longue course en Dordogne et dans le Sud-Ouest qui dura jusqu’au 4 vendémiaire an III (25 septembre 1794).
Romme retrouva une Convention où les Montagnards n’étaient plus qu’une poignée. Sans avoir jamais été robespierriste, il demeurait fidèle à la politique économique et sociale du gouvernement révolutionnaire, c’est-à-dire à une association des sans-culottes, des classes moyennes et de la bourgeoisie nationale et progressiste sous la direction de la bourgeoisie. Il combattit les thermidoriens avec décision, attendant une conjonction favorable entre l’action de son petit groupe d’amis et celle des masses populaires parisiennes. La journée du 12 germinal an III échoua. Le Ier prairial (20 mai 1795), l’invasion de la Convention par les sans-culottes mit en péril le pouvoir thermidorien. Dans la salle de la Convention où une partie des députés continuait à se tenir, c’est Romme qui fit décider, sous les applaudissements de la foule : la libération des patriotes emprisonnés, la fabrication d’une seule espèce de pain (rappelant le pain de l’Égalité de l’an II), des restrictions importantes à la confection des pâtisseries, la reprise des visites domiciliaires pour découvrir la farine cachée, l’élection de nouveaux comités de sections. À la suite de quoi d’autres mesures furent prises : la libération des députés arrêtés le 12 germinal an III, l’établissement d’un conseil extraordinaire pour les subsistances, la dissolution du Comité de Sûreté générale et la nomination de quatre membres chargés de veiller à l’exécution de tous ces décrets.
À cette Commission des quatre entrèrent Prieur de la Marne, Duquesnoy, Bourbotte et Duroy. Mais l’intermède du pouvoir montagnard se termina vite avec l’arrivée dans la salle des séances des soldats fidèles à la majorité de la Convention.
Incarcéré, Romme fut avec ses amis envoyé au fort du Taureau, dans la baie de Morlaix, et ramené à Paris pour y être condamné à mort par une Commission militaire réunie dans ce seul but. Plus heureux que d’autres de ses compagnons, il réussit son suicide.
Son cadavre étant resté intact, une légende naquit aussitôt. Romme n’était pas vraiment mort. Des médecins amis l’avaient sauvé de la mort apparente et caché. De là, il aurait pu se réfugier à l’étranger. On s’attendait à le voir revenir au moment de la conspiration babouviste qui honorait les martyrs de prairial, et plus encore, lors de la flambée jacobine qui accompagna en septembre 1797 le coup d’État du 18 fructidor an V.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article37257, notice ROMME Gilbert [ROMME Charles, Gilbert] , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

SOURCES : A. Kuscinski, Dictionnaire des Conventionnels. — Alessandro Galante-Garrone, Gilbert Romme. Storia di un Rivoluzionario, Turin, 1959. — Un colloque Romme s’est tenu à Riom en juin 1965.

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