ROLAND Pauline [ROLAND Marie, Désirée, Pauline].

Née le 18 prairial an XIII (7 juin 1805) à Falaise (Calvados), morte le 16 décembre 1852 à Lyon. Institutrice et propagandiste socialiste, immortalisée par un poème de Victor Hugo dans Les Châtiments.

Fille du directeur du bureau des postes de Falaise, elle perdit son père en décembre 1806. Sa mère continua à diriger le bureau, et s’efforça de donner la meilleure instruction possible dans cette petite ville de province à ses deux filles, Pauline, l’aînée, et la cadette Irma.
Pauline, d’esprit très vif, apprit vite, en pension puis avec un professeur du collège, Desprez, qui enseignait aux deux sœurs la littérature, la philosophie, et aussi le saint-simonisme, doctrine à laquelle il avait donné son adhésion et converti Pauline, entre 1827 et 1831. Quand sa mère, effrayée par cette conversion, interdit sa maison à Desprez, Pauline put écrire, le 24 novembre 1831, à la femme de Michel Chevalier : « On ne renonce pas à vingt-six ans à la religion de ses pères [...] J’ai profondément étudié la nouvelle religion... »
Pauline vint à Paris, femme saint-simonienne parmi les autres, exaltée par la persécution de l’église en 1832, et poussant jusqu’au bout l’émancipation de la femme. Elle se refusa ainsi à régulariser son union avec Jean Aicard*, et elle considérait comme une charge qui lui revenait exclusivement l’éducation des enfants nés de cette union illégitime. Peut-être Prosper Enfantin* songea-t-il à elle comme à la « Mère » ?
Le ménage, et Pauline Roland surtout, vécut des articles donnés à l’ Encyclopédie nouvelle de Pierre Leroux* et de Jean Reynaud*, puis à la Revue indépendante de Pierre Leroux, George Sand* et Louis Blanc*. Collaborations mal payées et sur des sujets qui exigeaient souvent de longues recherches dans les bibliothèques.
Son instruction solide, ses vastes lectures permirent à Pauline Roland d’entreprendre, dans un esprit saint-simonien et « progressif », des ouvrages scolaires : Histoire de France abrégée pour l’enseignement des deux sexes, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, Paris, 1835 ; Histoire d’Angleterre depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, Paris, 1838 ; Précis d’histoire d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande ou Histoire du Royaume-Uni depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, Paris, 1844.
Cette dernière compilation avait le mérite de faire éclater le cadre traditionnel des royaumes constitués et de mener de front une sorte de comparaison historique entre les trois nations.
Pauline Roland donnait aussi des leçons, et, en 1848, elle se trouva en tête du club des Femmes et à l’avant-garde des enseignants républicains et socialistes. Avec Gustave Lefrançais* et Pérot*, elle signa en 1849 les appels et le programme d’éducation de l’Association des Instituteurs, Institutrices et Professeurs socialistes. dite aussi Association fraternelle [...] Elle s’intéressa avec Jeanne Deroin* et Gustave Lefrançais, en 1850, à l’Union des Associations ouvrières, dont le siège était près de l’Hôtel de Ville, rue Michel-le-Comte. Elle fit partie de sa Commission centrale. L’Union des Associations ouvrières succédait à la Mutualité des Travailleurs, héritière elle-même de la Chambre du Travail, qui procédait du Comité central des Ouvriers du Département de la Seine, de 1848. Le pouvoir savait ce que représentait l’Union, à la fois comme comité intersyndical — pour employer le langage actuel — et comme organisme de liaison entre les sociétés ouvrières de production, nées après la révolution de Février à l’instigation de Louis Blanc. Perquisitionnée le 29 mai 1850, l’Union allait succomber sous un procès, et avec elle les sociétés ouvrières de production qui avaient pu tenir jusque-là.
Pauline Roland voyait dans l’Union le moyen pour les ouvriers parisiens de regagner sur le plan corporatif ce que les Journées de Juin leur avaient fait perdre sur le plan politique, en attendant la société future, libérale mais austère qu’elle concevait.
Emprisonnée pendant six mois avec Jeanne Deroin, du 2 janvier au 2 juillet 1851, pour l’affaire de l’Union des Associations ouvrières, Pauline Roland reprit la lutte pour la République et contre Louis-Napoléon Bonaparte dans l’été 1851. Solidaire des combattants de décembre, sans avoir elle-même participé aux combats, elle fut arrêtée le 6 février 1852.
En fait, le 2 décembre, appartenant à la Société de Résistance, elle avait tenté avec Mme Greppo*, de faire face aux événements et de suppléer à l’absence des dirigeants de l’organisation arrêtés le matin et d’ailleurs trahis par le principal d’entre eux, Jean Pensée*. Le 3, elle avait participé à la fabrication des placards collés dans Paris pendant les événements, et le 4, elle était allée vers midi au carré Saint-Martin pour encourager les ouvriers barricadeurs.
« L’âme de son parti, disposée à tout braver pour arriver à la réalisation de ses projets. A déclaré à l’instruction que toutes ses sympathies étaient pour l’insurrection », ainsi la dépeint une note du magistrat instructeur. Elle fut déportée en Algérie, où elle alla de prison en couvent et de couvent en résidence forcée. Graciée sur les interventions d’hommes comme Béranger, à cause des enfants qu’elle élevait seule, qu’il s’agît de ceux qu’elle avait eus de sa liaison avec Aicard, ou du fils que lui avait donné Adolphe Guéroult, elle prit froid sur le bateau qui la ramenait vers Marseille et mourut épuisée sur le chemin du retour à Paris. Voir Jean Aicard *, Jeanne Deroin *, Louis Greppo*, Adolphe Guéroult *

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article37228, notice ROLAND Pauline [ROLAND Marie, Désirée, Pauline]. , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

SOURCES : Arch. Min. Guerre. — Édith Thomas, Pauline Roland, Socialisme et Féminisme au XIXe siècle, Paris, 1956.

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