PEREIRE Émile

Par Notice revue et complétée par Ph. Régnier

Né le 3 décembre 1800 à Bordeaux, mort le 6 janvier 1875 à Paris. Banquier et parlementaire. Saint-simonien.

Petit-fils de l’instituteur des sourds-muets, Jacob Rodrigues-Pereire, qui devint courtier d’affaires à Paris en 1822, Émile Pereire descendait d’une famille juive d’origine portugaise, installée à Bordeaux au début du XVIIIe siècle. Son propre père exerçait la profession d’assureur-négociant. Cousin germain d’Olinde Rodrigues* et d’Eugène Rodrigues * *, Émile Pereire était également leur beau-frère, ayant épousé en 1825 la fille d’Isaac Rodrigues, son hôte à Paris et le père de ces deux autres saint-simoniens de premier plan.
Habitant sous le même toit que les deux Rodrigues, lesquels étaient des familiers de Claude-Henri Saint-Simon*, les deux Pereire durent connaître de son vivant l’auteur du Nouveau Christianisme. Ils ne collaborèrent cependant pratiquement pas au Producteur et paraissent ne s’être engagés dans les rangs de ses disciples militants qu’à partir des années 1828-1829.
La première action saint-simonienne connue de la part d’Émile Pereire est sa participation, en novembre 1830, à la propagande menée à Toulouse. Analyste financier du Globe, il écrivit dans le numéro de décembre 1831 de la Revue encyclopédique de Pierre Leroux* et Hippolyte Carnot* un Examen du budget de 1832, qui fut tiré en brochure. Il entendait y montrer comment, « en faisant de la finance, on peut faire aussi de la haute politique ». « C’est aux efforts d’une religieuse philanthropie, déclarait-il en préambule, qu’est réservé au dix-neuvième siècle l’œuvre immense de faire disparaître jusqu’aux dernières traces » de l’ordre féodal et du servage selon lui perpétué par le « prolétariat ». Recommandant au passage de mettre un terme au « système colonial » comme une source de dépenses énormes et un monopole onéreux, Émile Pereire proposait également de supprimer « immédiatement la totalité des impôts du sel, des boissons, du tabac et de la loterie », au motif que les impôts indirects frappent « également le pauvre le riche », sont « nuisibles à la consommation, partant à la production », et que, « en augmentant les privations du pauvre, ils diminuent aussi ses moyens de travail ». Faisant écho à l’insurrection des canuts contre les tarifs au mois de novembre précédent, il préconisait enfin, comme les autres saint-simoniens, la création d’« un vaste système de communications » (chemins de fer, canaux, routes), en faisant valoir que « des travaux créés simultanément sur tous les points de la France, auraient sur la fixation des salaires une influence autrement tutélaire, autrement durable que l’adoption de tous les tarifs légaux ou illégaux ». Mais, en désaccord avec le tournant imprimé au saint-simonisme par Prosper Enfantin*, l’aîné des Pereire fut le premier à reprendre son autonomie. Il exerça même de très fortes pressions sur son frère Isaac pour qu’il rompît pareillement les ponts (Voir Isaac Pereire*.
À peine sorti du saint-simonisme militant, Émile Pereire, qui collabora parallèlement à la rédaction du National de 1831 à 1835, fut, avec Isaac, l’adjudicataire du premier chemin de fer pour voyageurs construit en France, la ligne de Paris à Saint-Germain-en-Laye (1835). Le capital initial lui avait été fourni, entre autres, par les Rotschild et par Eichthal, le propre père de Gustave d’Eichthal*, le saint-simonien. Sur cette lancée, Émile Pereire fut l’un des constructeurs des chemins de fer du Nord (1845) et du Midi (1852), et, à l’étranger, de maints autres réseaux en Autriche, en Suisse, en Espagne, en Russie. Après le Comptoir d’escompte (1848) — premier essai d’un établissement de crédit selon ses vues saint-simoniennes —, Émile Pereire profita de la conjoncture offerte par le Second Empire pour fonder le Crédit mobilier (1857), puis la Compagnie Générale Transatlantique — dont un des premiers bateaux se nommait « Le Saint-Simon » —, la Société immobilière, etc. Les frères Pereire s’imposèrent ainsi pendant plusieurs années comme les capitalistes les plus novateurs et les plus dynamiques de tous ceux qui grandirent à l’ombre du régime impérial. Mais l’alliance des Pereire avec les Rotschild ne tarda pas à se renverser en une féroce rivalité. Les Pereire succombèrent en fin de compte à un bloc plus traditionnel formé par les Rothschild, la Banque de France et les Talabot*. La spectaculaire réconciliation des Rothschild avec Napoléon III, en 1862, accéléra leur chute, marquée par la liquidation de la Société immobilière et du Crédit mobilier.
É. Pereire, candidat officiel, fut député de La Réole de 1863 à 1869.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article35969, notice PEREIRE Émile par Notice revue et complétée par Ph. Régnier, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 19 avril 2018.

Par Notice revue et complétée par Ph. Régnier

SOURCES : œuvres de Émile et Isaac Pereire, rassemblées et commentées par Pierre-Charles Laurent de Villedeuil, Paris, Alcan, 4 vol. — Alfred Pereire, Autour de Saint-Simon, Paris, Champion, 1912. — M. Barbance, Histoire de la Compagnie Générale Transatlantique, Paris, 1956. — Jean Cavignac, Dictionnaire du judaïsme bordelais aux XVIIIe et XIXe siècles, Bordeaux, Archives départementales de la Gironde, 1987. — Jean Autin, Les frères Pereire. Le bonheur d’entreprendre, Paris, Perrin, 1984.

Version imprimable Signaler un complément