DUPUIS Gaston

Par Yves Le Floch

Cheminot ; syndicaliste unitaire des Côtes-du-Nord [Côtes-d’Armor].

Précédemment employé au dépôt de la gare de Rennes (Ille-et-Vilaine), Gaston Dupuis arriva comme ajusteur au dépôt de Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord) en mars 1920. Il fut le premier organisateur de la minorité dans les Côtes-du-Nord ainsi qu’un des plus importants responsables unitaires du département jusqu’à la réunification de 1936. Ce fut lui, et non pas les vieux syndicalistes révolutionnaires de la gare, comme Chérel, Alphonse Guillossot ou Vallée, qui, lors de la réunion préparatoire au congrès du Havre, fit adopter un ordre du jour préconisant la lutte des classes et qui obtint que Gaston Monmousseau soit désigné pour la propagande dans la région fédérale en remplacement d’Alexandre Le Guennic, trop modéré. Dès le 8 avril, il avait d’ailleurs violemment attaqué ce dernier pour n’avoir pas réussi à entraîner dans la grève du 1er mars le syndicat de Guingamp auquel il appartenait.
Arrivé à Saint-Brieuc alors que se préparait l’affrontement de mai 1920, il en fut un des principaux « meneurs », catalogué comme tel, — au quatrième rang derrière Alphonse Guillossot, Vallée et Chérel — par la préfecture qui notait à son sujet : « Dans toutes les réunions, qu’il préside généralement, il prend la parole et pousse l’auditoire aux attitudes extrêmes. » Membre du comité de grève des cheminots, il fut délégué avec Vallée et Salaün de Rennes pour contacter le préfet, entrevue qui eut lieu le 14 mai mais n’eut aucune suite. N’ayant pas été révoqué, il fut élu en juillet secrétaire général du syndicat à titre provisoire, remplaçant Alphonse Guillossot victime des révocations. Il démissionna dès le 7 août pour raison de santé, laissant le secrétariat aux mains de Robichon, un autre minoritaire « sans aucune compétence et sans autorité particulière » d’après un rapport de police. Gaston Dupuis ne réapparut qu’à la fin de 1921, lorsqu’il présida la réunion du syndicat du 5 décembre où était invité Antoine Rambaud qui attaqua la majorité fédérale et fit voter un ordre du jour minoritaire appuyant le bureau Semard. Malgré l’échec d’une réunion qu’il organisa avec Carnet deux semaines plus tard et qui n’attira que six auditeurs, un syndicat unitaire assez important existait chez les cheminots de Saint-Brieuc en janvier 1922.
Sans doute à cause de ses ennuis de santé, il ne se remit à militer qu’à partir de 1925, accompagnant Albert Mourocq à Guingamp en août dans sa vaine tentative pour y constituer un syndicat unitaire du Bâtiment, représentant, avec Charles Carnet, son syndicat au congrès fédéral de Caen d’avril 1926. Significative de son accord avec l’orientation de la majorité confédérale fut sa participation aux quelques tentatives de front unique effectuées par l’Union locale. Ces tentatives avaient pour cadre les réunions des organisations ouvrières adverses, les grèves ayant été extrêmement rares dans le département entre 1920 et 1936.
Le 10 novembre 1925, il intervint aux côtés d’Albert Mourocq dans une des toutes premières réunions tenues par la CFTC à Saint-Brieuc. Avec Charles Carnet, il se rendit, à la tête d’une délégation unitaire, le 7 novembre 1926, à une réunion du syndicat confédéré des chemins de fer départementaux mais on refusa de les recevoir. Il prit la parole le 15 janvier 1927 dans une réunion du syndicat confédéré des cheminots de Guingamp où Marcel Bidegaray était invité comme orateur.
Devenu, vers avril 1927, secrétaire général de l’Union locale unitaire de Saint-Brieuc, en remplacement d’Albert Mourocq, il poursuivit jusqu’en 1936 cette campagne, l’importance locale du mouvement vers l’unité (voir Augustin Hamon) faisant alors que les réunions communes se substituèrent aux prises de parole dans les assemblées adversaires : pour Sacco et Vanzetti le 8 juillet 1927, le même jour pour la fusion des deux syndicats du Bâtiment de Saint-Brieuc, pour l’unité d’action des cheminots en janvier 1929. Dupuis fit partie des bureaux de la réunion du 24 septembre 1932 du comité local pour le mouvement contre la guerre, du meeting antifasciste du 11 février 1934 et de celui du 15 août 1935 contre les décrets Laval, toutes manifestations regroupant l’ensemble des socialistes et communistes, confédérés et unitaires.
N’étant pas membre du Parti communiste, ni d’aucun autre parti, il se déclara plusieurs fois en accord avec le travail en commun de la CGTU et de la SFIC, notamment au comité général de l’Union régionale du 1er décembre 1929, ajoutant que la minorité confédérale ne facilitait pas la bonne marche des activités syndicales unitaires.
Dupuis fut également président de la section de Saint-Brieuc de l’Union confédérale des locataires constituée le 7 janvier 1934.
Responsable important de la nouvelle Union départementale et membre du syndicat unifié des cheminots, il ne prit aucune part directe aux grèves de 1936, siégeant seulement au bureau d’une grande réunion du syndicat des métallurgistes, le 13 juin, aux côtés de Quinio et de Petit. Élu membre de la commission administrative de l’Union départementale à son congrès de 1937, c’est à ce titre qu’il présida le meeting du 15 septembre 1938 contre les décrets Daladier avec Barthe, de la Fédération des forces motrices. Alors qu’au plan national des failles apparaissaient dans l’unité syndicale, il était, à cette place d’honneur, le meilleur représentant de ceux qui l’avaient faite et pour qui elle restait la première des priorités.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article3530, notice DUPUIS Gaston par Yves Le Floch, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 15 avril 2012.

Par Yves Le Floch

SOURCES : Arch. Dép. Côtes-du-Nord, série M, grèves et conflits du travail ; réunions syndicales et corporatives ; réunions diverses. — La Voix socialiste, janvier 1922. — L’Éveil breton, juillet 1927. — La République ouvrière et paysanne, mai 1928. — Le Travailleur unitaire. — L’Avenir syndicaliste, février 1934. — La Charrue rouge, octobre 1932. — Le Combat social, mai 1937.

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