DUPORTAL Armand [DUPORTAL Pierre, Jean, Louis, Armand]

Né le 17 février 1814 à Toulouse (Haute-Garonne), mort le 1er février 1887 à Toulouse ; journaliste socialiste en 1848 ; député radical-socialiste de Toulouse ou de la Haute-Garonne (1876-1887) ; sympathisant de la Commune de Paris.

Armand Duportal entra très jeune dans le journalisme toulousain, puisque, en 1832, à dix-huit ans, il collaborait déjà au Patriote de Juillet. Il travailla pour quantité d’autres feuilles sous la monarchie de Juillet, tel Le Gascon, participant aussi à l’activité des sociétés secrètes républicaines et socialistes (Droits de l’Homme, Saisons...).

En 1848, il fit naturellement partie de l’équipe de socialistes qui publiaient L’Émancipation. Sa conduite ferme sous la Seconde république lui valut d’être transporté en Algérie au début de 1852. Libéré au bout de quelques mois et rentré à Toulouse, il trouva un emploi à la compagnie des chemins de fer du Midi.

Les journaux antirépublicains de 1877 l’accuseront d’avoir écrit une lettre à l’empereur, en 1852, pour lui offrir ses services ; il s’en défendra avec quelque embarras, disant qu’elle ne devait pas être remise à Napoléon III et qu’il s’agissait d’une concession de pure forme, qu’il lui fallait nourrir sa famille. En 1858, il fut arrêté à nouveau après l’attentat d’Orsini, puis relâché. Il fonda à Paris la compagnie du Crédit minier - il habitait Passy en 1862 - puis dirigea des entreprises métallurgiques en Russie et en Sardaigne.

En 1868, teinté de proudhonisme, il reprit la publication de L’Émancipation, se présenta vainement aux élections législatives à Toulouse, le 24 mai 1869, et se trouvait à Sainte-Pélagie le 4 septembre 1870.

Nommé préfet de la Haute-Garonne, par Gambetta, il prit des mesures patriotiques énergiques et s’entendit avec le mouvement populaire jusqu’à être accusé de connivence avec la Commune de Paris. Il fut en conséquence remplacé, le 25 mars 1871.

Il faut dire qu’il avait multiplié les maladresses. D’entrée de jeu, il avait dit à ses administrés qu’il était leur chef dans la lutte contre les Prussiens et dans les vengeances légitimes : « Fiez-vous à moi ; si la guerre civile devient nécessaire, je serai votre capitaine pour la guerre civile. »

On l’accusa de népotisme, d’incapacité : son gendre était chef de cabinet à la préfecture, son fils, en mars, dirigeait l’Arsenal ; le camp de recrues fondé par lui coûtait cher et fonctionna mal. Le Gouvernement de la défense nationale essaya d’obtenir sa retraite, mais il s’était rendu populaire par son action et par ses paroles. Fin septembre, il invita ses collègues des trente départements du Midi à envoyer des délégués. Il fut ainsi à l’origine de la Ligue du Sud-Ouest.

Il s’était présenté peu après son arrivée en Haute-Garonne en ces termes :
« Vous voulez, comme moi :
« l’ordre social basé sur la satisfaction de tous les droits mutuels ;
« la liberté garantie par une codification sincère et loyale des principes de 1789 ;
« la paix assurée par l’horreur des conquêtes et la légitime influence de la politique française en Europe. »

Dans une séance de l’Alliance républicaine, à Toulouse, il dit, le 18 mars 1871 : « La République et les républicains ont en moi un défenseur énergique. Je suis menacé d’avoir un successeur à la préfecture ; mais je n’abandonnerai pas ma position tant qu’elle pourra être utile à la cause révolutionnaire. Je descendrai plutôt dans la rue [...] Vous savez que je suis un homme d’action. Vous pouvez compter sur moi. Vous me verrez à l’œuvre. »

Homme d’action, oui, semble-t-il. Plus tard – très vite – il minimisa ses actes : « À proprement parler, la proclamation de la Commune à Toulouse ne fut pas un mouvement communaliste et n’eut pas la signification socialiste qu’il affecta à Paris et dans quelques autres villes des départements. C’est une question de Garde nationale qui a provoqué ce mouvement [...] Algarade de corps de garde. » (Duportal, La Commune à Toulouse..., p. 5).

En réalité, Duportal redoutait les violences. Son attitude fut en retrait sur les opinions qu’il énonçait, puisque, d’une part, il avait écrit, dans L’Émancipation : « Il faut que l’on sache bien que lorsque la République n’est pas affirmée par les institutions sociales qu’elle comporte, elle n’est qu’un instrument de torture et qu’une ironie scélérate pour les hommes de conscience et de conviction qui ont voué leur existence à la cause des pauvres et des déshérités » - et d’autre part il compromit par ses timidités le succès du mouvement toulousain. Le 17 mars, il reçut son ami Razoua. Le 19, il accepta, en tant que préfet, de remettre à l’armée le poste de l’Arsenal tenu par la Garde nationale. Questionné par le général de Nansouty, il se dit « fonctionnaire loyal du gouvernement de Versailles ». Mais celui-ci nomma Kératry préfet de la Haute-Garonne, et la Garde nationale se souleva, le 25, en apprenant la révocation de Duportal. Elle proclama la Commune et lui en offrit la présidence. Il accepta, rédigea le 26 un manifeste de la Commune qui s’achevait toutefois sur « Vive la République une et indivisible » et suscita chez le peuple des cris de « Vive Paris ! ». Duportal était délégué « du gouvernement central de Paris » près la Commune de Toulouse, mais il télégraphia à Versailles et dit son désir d’aider à l’établissement de la paix entre Versailles et Paris.

La « Commune à l’eau de rose » (Duportal, op. cit., p. 44) ne résista pas à l’assaut des troupes. La chambre des mises en accusation instruisit son procès pendant deux mois avant de le renvoyer devant la cour d’assises de Pau. On retint contre lui les griefs ordinaires d’excitation à la guerre civile, d’attentat ayant pour but de changer la forme du gouvernement, d’attaque envers l’Assemblée et le chef du pouvoir exécutif. Huit jours de débats aboutirent à son acquittement, le 8 août 1871.

Peut-être ne méritait-il pas tout à fait le jugement porté en 1875 dans un rapport de police : « Populaire à Toulouse parce qu’il n’a pas plus de conviction qu’une pantoufle, pas plus de jugement qu’une girouette, il passe pour une des curiosités de l’endroit. » Opportuniste porté par le soulèvement toulousain qu’il avait contribué à faire naître, mais incapable de l’organiser et effrayé par sa violence, il n’évita pas ultérieurement d’autres compromissions dans sa carrière politique et journalistique, mais ouvrit les colonnes de L’Émancipation de Toulouse aux Communards.

Armand Duportal redevint alors journaliste et lança en 1872 L’Émancipateur, nouveau nom de L’Émancipation. Le 5 mars 1876, la 2e circonscription de Toulouse l’envoyait siéger à Paris comme radical-socialiste. Il fut réélu en 1877 comme l’un des 363, et constamment réélu, soit au scrutin d’arrondissement, soit au scrutin de liste, jusqu’à sa mort.

Il fut, en 1881, l’un des fondateurs de la « Ligue de l’intérêt public - Société protectrice des citoyens contre les abus » créée à l’initiative du docteur Edmond Goupil.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article3524, notice DUPORTAL Armand [DUPORTAL Pierre, Jean, Louis, Armand], version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 9 mai 2019.

SOURCES : Robert, Bourloton et Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français. — Arch. PPo., B a/1060 : le dossier donne des renseignements sur la vie et la carrière politique de Duportal jusqu’à sa mort, et notamment sur son activité en 1871. Des coupures de journaux appuient les rapports de police. — Duportal s’est défendu dans La Commune à Toulouse. Simple exposé des faits, Toulouse, Paul Sauvy, 1871, Bibl. Nat., Lb 57/2 482. — Il est nommé et dépeint dans les principales histoires de la Commune, notamment celle de Lissagaray (p. 157, 159 et 429 de l’édition de 1929) et celle de Lepelletier, op. cit., (t. III, p. 117 à 125). — Jacques Girault, La Commune et Bordeaux (1870-1871), Paris, 1971.

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