MICHEL Louis, Chrysostome, dit Michel de Bourges

Par Notice revue et complétée par J. Risacher

Né le 30 octobre 1797 à Pourrières (Var), mort le 16 mars 1853 à Montpellier. Avocat et homme politique. Député des Deux-Sèvres sous la monarchie de Juillet, et du Cher sous la Seconde République. Très grand orateur, un des chefs du parti démocrate-socialiste après le 13 juin 1849.

Fils d’un vieux républicain massacré par les royalistes en 1798, Louis Michel fit de brillantes études à Aix, se battit à 18 ans contre les verdets du Midi et dut s’engager pour échapper à la répression. Il vint retrouver à Paris son condisciple Thiers, qui l’appelait « le Bridaine de la Révolution » et fit son droit tout en travaillant. Le discours qu’il prononça, le 6 juin 1820 sur la tombe de l’étudiant Nicolas Lallemand*, tué par un garde royal en faction au cours de manifestations, lui valut des suspensions d’inscription à l’École de droit. Devenu avocat, sur la suggestion de son ami Brisson, républicain avancé et plus tard avoué à Bourges, il se décida à s’installer dans cette ville en 1826 et y épousa une riche veuve. Jugeant l’opposition trop timide, il fonda un recueil mensuel, la Revue du Cher, de tendance nettement démocratique qui lui valut un procès où il se défendit lui-même avec chaleur et fut acquitté.
Les journées deJuillet le trouvèrent enthousiaste à la tête des libéraux de Bourges et il fit arborer le drapeau tricolore. A l’occasion d’une plaidoirie pour La Tribune, Louis Blanc dit de lui qu’il était un « orateur irrésistible et sauvage, dont une seconde révolution de 92 aurait fait un autre Danton ». Coïncidence ? L’une de ses premières apparitions au barreau de Paris, fut pour le procès des Dix-Neuf, en avril 1831 pour défendre... Jean-François Danton*, l’un des animateurs du mouvement étudiant pendant les journées de décembre. Il ne cessa pendant cette période de défendre militants et journaux d’opposition, obtenant presque toujours gain de cause, jusqu’au jour, où, après le procès des Vingt-Sept de la Société des Droits de l’Homme (décembre 1833), il fut suspendu pour six mois, ce qui ne l’arrêta pas pour autant.
Après les journées insurrectionnelles d’avril 1834, il appuya totalement la volonté des accusés parisiens de transformer leur procès devant la Cour des Pairs en une véritable victoire politique, en faisant appel à tous les républicains non incarcérés pour qu’ils deviennent leurs véritables défenseurs (Voir Godefroy Cavaignac*, Napoléon Lebon*, etc.), dont ils publièrent une première liste, le 17 avril 1835. Michel de Bourges s’opposa violemment sur ce plan à Jules Favre, avocat des Lyonnais, qui préférait une défense ordinaire. L’un de ces affrontements eut lieu lors d’une réunion des défenseurs, chez Auguste Blanqui*, le jour de l’ouverture du procès, le 5 mai 1835. Cependant, en majorité, les défenseurs souhaités signèrent une « Protestation » contre le refus opposé par la Cour à leur défense, sous prétexte qu’ils n’étaient pas tous avocats. D’après son propre témoignage, sollicitée par plusieurs défenseurs, George Sand* écrivit une « Lettre aux accusés », mais son texte fut trouvé trop modéré, notamment par Michel de Bourges, dont elle était la maîtresse et qu’elle appelait « Éverard ». C’est donc lui qui la rédigea et la lut devant une trentaine de défenseurs. Et c’est Ulysse Trélat* qui se chargea de la diffuser. Au procès des défenseurs, devant la Chambre des pairs, Trélat assuma la plus grosse charge, trois ans de prison, Michel de Bourges fut condamné à 1 an et 11 000 F d’amende, le 4 juin 1835. Sa peine expirée, il fut nommé membre du Conseil général du Cher. Les aléas de l’historiographie faillirent priver sa mémoire d’une anecdote. La plupart des signatures n’avaient pas été apposées « physiquement » sur les textes des défenseurs et certains d’entre eux protestèrent. Ce fut le cas de Buonarroti* qui envoya une lettre aux juges. Il y précisait qu’il s’en était plaint à certains organisateurs, dont Blanqui, Marc d’Argenson* et Michel. Or, le premier historien à en faire état avait lu sur le manuscrit « Davignon et Michelet ». Cette lecture, datant de 1910, fut régulièrement reprise depuis, chargeant ce pauvre Michelet qui n’y pouvait mais...
Candidat de l’opposition républicaine, il fut élu député de Niort aux élections de 1837, par 285 voix contre 254 à Ferdinand David, candidat ministériel. Étranger au département mais avocat célèbre, il avait été élu, au second tour grâce aux voix légitimistes. Au renouvellement du 2 mars 1839, il fut battu par le candidat ministériel. Il connut la même infortune en 1842.
En 1848, comme beaucoup de républicains, il s’intéressait aux problèmes sociaux. Il avait eu des relations avec les socialistes et avec les communistes. Il affronta les électeurs du Cher, lors du scrutin à la Constituante du 23 avril 1848. Dans sa profession de foi, il leur déclara notamment : « L’avenir de la République, l’avenir de l’Humanité est dans la conciliation de ces deux droits également sacrés : le droit de propriété, le droit au travail [...] Il ne s’agit pas de renverser les tables du banquet civique. Non, il s’agit tout simplement d’y ajouter de grandes rallonges où puissent prendre place quatre millions de prolétaires qui n’ont ni feu ni lieu. Ainsi firent nos pères de la Grande Révolution. Plus heureux qu’eux, nous réaliserons ce vœu sans émigrations, sans proscriptions, par le seul effet de mesures économiques sagement calculées et prudemment appliquées... »
Au mois de septembre 1848, il déclara, à Bourges, au cours d’un banquet démocratique : « L’idéal des républiques démocratiques, c’est l’égalité, non cette égalité céleste, présent trop facile des poètes sacrés et profanes ; non cette égalité devant la loi, présent trop innocent des publicistes monarchistes ; mais cette égalité réelle, qui fait un partage égal des biens et des maux entre les enfants d’une même famille, entre les égaux d’une cité libre. Cet idéal, auquel on n’atteindra jamais, il faut sans cesse y tendre par l’éducation, les mœurs, les institutions et les lois... »
En mars 1849, une demande d’autorisation de poursuites fut déposée à l’Assemblée législative contre Michel de Bourges pour attaques contre la propriété proférées dans un discours prononcé dans un club de Montmartre. À ce moment, il adhérait de tout cœur au programme des instituteurs socialistes, Gustave Lefrançais*, Pérot* et Pauline Roland*.
Après l’échauffourée du 13 juin 1849, les poursuites qui décimèrent la Montagne firent de lui un des chefs de ce qui restait du parti démocrate-socialiste. Le 13 novembre 1849, devant la Haute Cour de Versailles, il défendit les prévenus du 13 juin. Seul de tous les avocats, il prit la parole, non seulement pour défendre les accusés, mais pour justifier leur attitude. « Son discours a été superbe. Quel remarquable tribun que Michel ! Lorsqu’on voit s’animer ce profil de médaille romaine, on oublie les grêles proportions de l’homme. Son corps semble alors prendre la majestueuse ampleur de la phrase et du geste » (Gustave Lefrançais).
Lefrançais disait, d’ailleurs, qu’après chaque discours politique, Michel de Bourges demeurait plusieurs jours dans un état de grande faiblesse, et il ajoutait : « Ses fluctuations politiques, intéressées ou sincères, sont cause qu’il inspire plus d’admiration comme orateur que de confiance comme citoyen. »
Michel de Bourges appartenait au Comité central de résistance de Louis Greppo*, Miot* et Démosthène Ollivier*. En 1850, il était signalé avec Martin Nadaud* comme se livrant à une propagande active parmi les porcelainiers et les ouvriers de Limoges, bien que n’ayant participé dans cette ville qu’à un banquet républicain en 1840 et y avoir défendu plusieurs accusés devant la cour d’assises lors du procès d’avril 1849 des responsables des événements du 27 avril.
En avril 1851, il assistait, à Nantes, au procès des membres de la société secrète la Fraternelle (Voir Merrien*). Mais, à la veille du coup d’État, il ne montra guère de perspicacité. Certes, Lefrançais exagère quand il l’accuse d’avoir déclaré à la tribune, moins de huit jours avant le 2 décembre, que Bonaparte « était son homme », et il se trompe en disant qu’il fut « le principal artisan des honteux tripotages politiques qui assurèrent le succès du coup d’État ». Ce qui est certain, c’est qu’il était de ceux qui redoutaient plus Changarnier que Louis-Napoléon et, à ce sujet, il dit un jour au prince Napoléon : « Changarnier représente un parti, et votre cousin n’est qu’un homme ; et quand un homme se fait tyran on s’en débarrasse. » Et quelques jours avant le coup d’État, il déclara emphatiquement au Palais-Bourbon : « Mandataires du peuple, délibérez en paix ; le peuple, sentinelle invisible, vous protège. »
Le soir du 2 décembre, Michel de Bourges qui, en 1850, avait lancé avec Eugène Sue*, Edgar Quinet* et Pierre-Joseph Proudhon* Le Peuple de 1850, journal de la « démocratie socialiste », participa aux réunions de résistants. Mais il ne croyait guère au succès des républicains. Il ne fut pas proscrit et renonça à la vie publique.
Dans ses derniers entretiens (1853), il disait : « Il faut absolument concilier le travail et le capital. C’est là, ce me semble, le grand problème des temps modernes, problème que l’on peut ajourner, mais qui reparaîtra au fond de toutes les questions jusqu’à ce que la science ait donné une solution acceptable. » À la fin du Second Empire, bien qu’il fût mort depuis plusieurs années, les jeunes révolutionnaires blanquistes comme Tridon* lui reprochaient amèrement sa malencontreuse formule : « Le peuple, sentinelle invisible, vous protège. »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article35021, notice MICHEL Louis, Chrysostome, dit Michel de Bourges par Notice revue et complétée par J. Risacher , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 4 septembre 2018.

Par Notice revue et complétée par J. Risacher

SOURCES : Arch. Nat., BB 30/391, P. 40. — Gazette des Tribunaux, 18 avril-6 juin 1835. — Louis Blanc, Histoire de Dix ans (1830-1840), Paris, Pagnerre, 1841-1844, 5 vol., diverses rééditions, 1846 à 1877, tome 2, p. 416. — G. Lefrançais, Souvenirs d’un Révolutionnaire. — Émile Monnet, Archives politiques du département des Deux-Sèvres, tt. I et II. — A. Douarche, Michel de Bourges et le Parti républicain (1797-1853), Bourges, 1882. — Louis Martin, « Michel de Bourges », Grande Revue, 25 novembre 1908. — Paul Robiquet, Buonarroti et la secte des Égaux. D’après des documents inédits, Paris, Hachette, 1910. — George Sand, Histoire de ma vie, Michel Lévy, 1907-1912. — A. Robert, E. Bourleton, G. Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français, 1789-1889, Paris, Borl, 1891. — L.-A. Blanqui, œuvres I. Des origines à la Révolution de 1848, textes présentés par D. Le Nuz, Nancy, Presses Universitaires, 1993.

Version imprimable Signaler un complément