MARCHAIS Pierre

Né le 25 février 1811 à Tourtenay (Deux-Sèvres) ; cultivateur, dans cette commune ; membre de la Marianne, militant socialiste.

Fils d’un journalier, Pierre Marchais fut maire de Tourtenay depuis 1848, Marchais fut suspendu de ses fonctions pour trois mois, en septembre 1850, à cause de ses opinions « socialistes avancées » ; il donna sa démission le 8 septembre 1850.

En 1851, il était signalé dans un rapport de gendarmerie comme ayant participé à une réunion socialiste à Pas-de-Jeu (Deux-Sèvres), au cours de laquelle avaient été poussés à plusieurs reprises les cris de : « Vive la République démocratique et sociale ! Vivent les Rouges ! À bas le président de la République ! » etc.

Le 16 février 1852, la Commission mixte des Deux-Sèvres se prononça pour l’éloignement momentané de Marchais du département, pour les motifs suivants : « Marchais Pierre, ancien maire de Tourtenay, révoqué à cause de ses opinions démagogiques, exerce sur sa commune une très funeste influence, affilié à toutes les sociétés secrètes même avant 1848, fait parade de ses opinions révolutionnaires... »

Marchais fut interné à Ancenis (Loire-Inférieure). Dans une supplique adressée au préfet des Deux-Sèvres, le 20 mars 1852, il écrivait : « On m’enlève à ma pauvre mère presque octogénaire, à ma jeune épouse et à mes deux petites filles en bas âge, dont je suis le seul soutien, sans fortune ainsi qu’on peut en juger par les contributions portées à mon nom, montant à 12 francs, 19 centimes (article 327 du rôle de Tourtenay). Mon seul bonheur était de soutenir, avec les 4 à 5 hectares de terre que je tiens afferme (sic) de ma pauvre mère, cette chère famille qui restera seule. Et moi, qui me fera vivre en route, qui me procurera le moyen d’existence à Ancenis, emporterai-je les deux dernières pièces de 5 francs que je possède ?... »

L’internement de Pierre Marchais fut commué en simple surveillance ; puis, il obtint sa grâce entière en 1853.

Une note du sous-préfet de Bressuire (4 janvier 1853) signalait Pierre Marchais comme « un paysan assez instruit, mais peu intelligent ; égaré par les apôtres socialistes de 1848, il s’est cru un grand homme ; on lui a fait espérer qu’il jouerait un rôle politique sous la République démocratique et sociale, il a servi d’instrument aux mauvaises passions sans apprécier parfaitement l’importance des fautes qu’il commettait... » Par contre, le commissaire de police de Thouars, dans un rapport du 14 mai 1856, parlait de « l’intelligence de M. Marchais », de son « cœur droit et honnête ».

En avril 1855, Marchais était à nouveau signalé comme participant à des « réunions secrètes » socialistes à Saint-Léger (Deux-Sèvres) ; au cours de ces réunions, on chantait des chansons révolutionnaires telles que le Credo républicain et le Chant des travailleurs.

Pierre Marchais s’affilia à la Marianne. Le 22 juillet 1856, il participa au soulèvement de Brion qui éclata prématurément, car il était prévu pour le 25. Il conduisait une bande qui atteignit l’arrondissement de Saumur. Le 24 juillet, à la tête d’une trentaine d’hommes, il tenta de soulever la commune d’Antoigné. Il fut arrêté. On le recherchait depuis le 21 juillet, et c’est à son propos que, le même jour, le procureur de Bressuire écrivait au garde des Sceaux : « Il y a tellement de cultivateurs affiliés dont les antécédents sont excellents qu’on hésite à les faire arrêter, leur présence chez eux est nécessaire pour faire la moisson. »

Le 13 septembre 1856, le tribunal correctionnel de Bressuire condamna Pierre Marchais à cinq ans de privation de ses droits civils et à trois ans de prison qu’il purgea à la centrale de Fontevrault. À l’expiration de sa peine, le 13 septembre 1859, le préfet des Deux-Sèvres proposa son internement en Algérie. Voir Arnault Philippe-Auguste

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article34450, notice MARCHAIS Pierre, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 17 mai 2018.

SOURCES : Arch. Nat., BB 30/417, P. 1411. — Arch. Dép. Deux-Sèvres, 4 M 6/17, 4 M 15/4. — Registre des jugements du tribunal de Bressuire, année 1856.

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