MAGU Marie, Éléonore

Né rue du Temple à Paris, le 25 mars 1788, mort à Paris le 13 mars 1860. Tisserand et poète.

Son père, marchand de toile à Paris, était un bourgeois vaniteux qui avait consacré une partie de sa fortune à l’achat d’un titre de noblesse. Mais la Révolution et de mauvaises affaires le contraignirent à se faire marchand de faïence ambulant et il élut domicile à Tancrou près de Lizy-sur-Ourcq (Seine-et-Marne) vers 1796 (ou 1798 ?).
À vingt ans, le métier de colporteur ne donnant pas des revenus suffisants, Marie, Éléonore Magu devint tisserand pour pouvoir épouser sa cousine et fonder un foyer. Comme il avait failli perdre la vue, il échappa à la conscription. Mais durant six mois il ne put travailler à son métier. L’année 1814, qui vit l’invasion de la France, entraîna la perte de son petit bien. De nouveau, il se fit, pour plusieurs années, marchand forain, semant sur son passage de nombreuses pièces de vers traitant les sujets de circonstance les plus divers. Transformé ainsi, petit à petit, en une sorte de poète de comice agricole, il attira l’attention des professeurs du collège de Meaux.
On doit en particulier à Magu, à cette époque, un poème À ma navette, qui est une des premières œuvres consacrées à l’exaltation d’un instrument de travail manuel.
Cependant il finit par reprendre son métier de tisserand. La presse régionale publia quelques-uns de ses vers. En 1838, un poème adressé au roi à l’occasion de la prise de Constantine le fit remarquer à Paris. En 1839 ses œuvres furent publiées grâce à une souscription qui réunissait toutes les notabilités du département.
Sur ses quatorze enfants, trois seulement vivaient. Il vieillissait sans autre perspective que la misère. Cependant son livre, tiré à deux mille exemplaires, vendu quatre francs, se répandait peu à peu. George Sand* accourut féliciter le poète. Béranger le reçut. C’étaient la fortune et la gloire.
Sur une recommandation conjointe de Béranger et de Villemain, il obtint alors du ministère de l’Instruction publique une pension de deux cents francs et David d’Angers* vint faire son médaillon comme il le faisait pour toutes les célébrités du temps.
En 1845, George Sand préfaça une nouvelle édition de ses œuvres dont elle exclut les pièces les plus faibles.
En 1858, la compagne du poète mourait. « C’était l’isolement », écrit Eugène Baillet. Sans la rente de deux cents francs que lui servait le ministre de l’Instruction publique, il eût été dans la misère. Avec la vieillesse, le silence s’était fait autour de lui, silence commandé par certains de ses anciens protecteurs ralliés à l’Empire et qui avaient voulu l’embaucher à prix d’or dans leur parti. Magu repoussa leurs offres, en disant : « Si j’ai écrit des vers pour un roi, c’est que je croyais bien faire, Mais [...] je sais ce que c’est que d’être pauvre et je ne suis pas à vendre. »
Magu vint alors à Paris demeurer chez sa fille, Mme Gilland, veuve du député ouvrier serrurier et poète également. C’est là, rue du Vert-Bois, qu’un jour, en descendant l’étroit escalier, Magu tomba et se fendit le crâne. Il mourut quelques jours plus tard à l’hôpital de la Charité.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article34271, notice MAGU Marie, Éléonore , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 29 septembre 2018.

ŒUVRE : Poésies de Magu, tisserand à Lizy-sur-Ourcq (Seine-et-Marne), Paris, chez Delloye, libraire, place de la Bourse, Lizy, chez l’auteur, et chez les principaux libraires des départements, 1839.

SOURCES : Eugène Baillet. De quelques ouvriers poètes, Labbé, éditeur, Paris, 1898. — Jean Prugnot, Des voix ouvrières, Plein chant, 2016.

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