LUCAS Narcisse Julien

Par Notice revue et complétée par Michael Sibalis

Né le 11 septembre 1813 à Rouen (Seine-Inférieure) ; ébéniste en nécessaires ; syndicaliste, fondateur d’association ouvrière ; propagandiste républicain, membre de sociétés républicaines et de sociétés secrètes.

Narcisse Lucas était le fils d’un fondeur. En 1834 il habitait 27 rue Simon-le-Franc à Paris (VIIe arr. ancien, actuel IVe) et ensuite 3 rue de la Vieille-Estrapade à Paris (XIIe arr. ancien, actuel Ve). Il fut l’un des fondateurs et le secrétaire général de l’Association des ouvriers nécessairistes à l’automne de 1833.
Le 25 février 1834, Lucas fut l’un des quarante-huit hommes arrêtés lors d’une réunion qui se tenait au Café des Deux-Portes, boulevard Saint-Denis (Ve arr., ancien, actuel Xe), « où ils s’occupent de complots contre la sûreté de l’État ». En fait, la police les soupçonnait d’appartenir à la Société des Droits de l’Homme. Lucas, qui était en effet chef de la section de la Montagne Numéro 1 dans la société, passa trois mois en prison, avant d’être libéré. Il fut arrêté de nouveau au printemps de 1834, lors de la répression dirigée contre la Société des Droits de l’Homme pour son rôle dans les journées insurrectionnelles d’avril 1834, au titre du Ve arr. ancien, ne bénéficiant d’un non-lieu qu’en octobre 1834.
Lucas fut aussi, sans doute, par la suite, membre des sociétés secrètes organisées par Auguste Blanqui*, au moins jusqu’en 1839 (Familles et Saisons).
A l’époque de la Révolution de 1848, Lucas était marié ; il était alors marchand de vin 37 rue Mouffetard (XIIe arr. ancien, actuel Ve), mais il continua aussi à travailler en même temps chez un ébéniste. Il fut élu délégué de sa corporation à la Commission du Luxembourg. Il était également président du Club de la Société des Droits de l’Homme. En mars 1848 il essaya de former une nouvelle société d’ouvriers en nécessaires, comme en 1833.
Lucas fut détenu à la prison de Mazas de 28 juillet au 31 août 1850 en vertu d’une ordonnance d’un tribunal parisien. Il fut accusé d’appartenir à une société secrète et d’avoir participé à un complot. Pendant son séjour en prison, il écrivit « Les réflexions d’un prisonnier sur les abus de la détention, et sur les réformes qu’il y aurait à faire dans les prisons ». Il déclarait, dans ce manuscrit jamais publié : « Je ne vois dans tous les malheureux condamnés aucun coupable, la société seule engendre les vices. Changez les formes de la société et vous n’aurez plus de voleur ni d’assassins. » Et : « La prison politique, c’est un martyr que l’on fait souffrir aux hommes pleins de foi dans leurs convictions et plus ils souffrent, plus l’espérance les fait vivre, plus vous les frappez, plus vous faites de prosélytes et plus vous nous donnez la certitude d’un prochain triomphe. »
Le matin même du coup d’État de 2 décembre 1851, la police vint chercher Lucas chez lui. Sa femme répondit qu’il était sorti travailler ; il ne reparut plus. Bien qu’il n’y ait aucune preuve formelle qu’il ait participé à l’insurrection, le commissaire de police du Jardin des Plantes déclara : « Les antécédents et l’exultation bien connus de ses opinions démagogiques, l’influence dont il jouit dans la classe turbulente, ne permettent pas le moindre doute à cet égard [...] » En fuite, Lucas fut condamné par contumace à « Algérie plus ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article34184, notice LUCAS Narcisse Julien par Notice revue et complétée par Michael Sibalis, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

Par Notice revue et complétée par Michael Sibalis

œUVRE : Société de secours mutuels : Instruction élémentaire : Règlement de la corporation des ouvriers, Paris, s. d. (copie dans le dossier Pornin aux Arch. Nat.,, CC 593). — Liberté, Égalité, Fraternité. L’Union fraternelle, société des ouvriers ébénistes en nécessaires, 7 mars 1848, Bibl. Nat. Lb/53 402.

SOURCE : Arch. Min. Guerre, B 353. — Arch. Dép. Seine-Maritime, 5 Mi 2568, déclaration de naissance, 11 septembre 1813. — Arch. PPo., A/a 422, pièce 587, rapport d’arrestations. — Arch. Dép. Paris (Seine), registres d’écrou, 2Y 7/1-709. — Arch. Nat., CC 596, dossier Moriencourt, interrogatoire du 25 février 1834 ; CC 588, dossier 3, interrogatoire du 18 juillet 1834 ; CC 616, pièce 6, Procès verbal du commissaire de la SDH pour le 5e arrondissement ; CC 728, « Listes de noms et adresses par ordre alphabétique faisant partie des papiers saisis chez le Sieur Garnier comme appartenant au Sieur Blanqui ». — Le Populaire, 1e et 8 décembre 1833. — La Tribune, 8 décembre 1833. — Cour des Pairs : Affaire du mois d’avril 1834 : Rapport fait à la Cour par M. Girod (de l’Ain), Paris, 1834, tome 4, p. 412. — Arch. Min. Guerre, armée de terre (Vincennes), justice militaire (1851), dossier 353. — Alphonse Lucas, Les Clubs et les Clubistes : Histoire complète, critique et anecdotique des clubs et des comités électoraux fondés à Paris depuis la Révolution de 1848, Paris, Dentu, 1851, p. 94.

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