DUBRÉ Eugène, Georges

Par Jacques Omnès

Né le 13 janvier 1883 à Grez-en-Bouère (Mayenne), mort le 26 mars 1943 à Château-Gontier (Mayenne) ; cheminot ; syndicaliste ; militant socialiste puis communiste.

Le père d’Eugène Dubré était roulier ; il conduisait les attelages qui tiraient les chariots chargés de troncs d’arbres abattus dans la forêt de Château-Gontier. Il était le cadet d’une famille de cinq ou six enfants.
Toute son enfance se passa en Mayenne, ainsi que son apprentissage de mécanicien-ajusteur, après lequel il fit son tour de France.
Vers 18-19 ans il s’engagea pour cinq ans dans la marine. Son temps terminé, il entra aux chemins de fer à Rennes (Ille-et-Vilaine) en 1909. Le 18 juin de la même année il se maria à Château-Gontier et s’installa avec sa jeune femme à Rennes. Socialiste militant, Eugène Dubré participa à la grève des cheminots d’octobre 1910. En 1913 il partit avec sa famille pour Tours et travailla aux chemins de fer de l’État.
Pendant la guerre il eut la chance d’être mobilisé aux chemins de fer. Au lendemain du premier conflit mondial il participa, en tant que délégué du syndicat des cheminots de Tours-État, au congrès extraordinaire de l’union des syndicats de cheminots du réseau de l’État des 3 et 4 février 1920. Il était porteur d’un mandat écrit précisant notamment :
« Le personnel ne peut accorder sa collaboration qu’à un comité de direction et d’exploitation générale des Réseaux, organisme de direction fonctionnant dans la période transitoire précédant la nationalisation des chemins de fer. En l’état actuel repousse collaboration avec le comité tel qu’il est institué par les décrets des 15 et 28 octobre 1919. »
Ce refus de « collaboration » avec l’administration fut d’ailleurs approuvé, contre l’avis de la direction de la Fédération, par 47 734 voix contre 8 030.
Le ton et les termes du compte rendu qu’Eugène Dubré fit de ce congrès à ses camarades montrent qu’il approuvait les positions révolutionnaires défendues par Gaston Monmousseau et Henri Sirolle.
En décembre 1920 il approuva la décision majoritaire du congrès socialiste de Tours d’adhérer à la IIIe Internationale. Mais entre-temps il avait été révoqué au cours de la grève des cheminots de mai 1920. Il ne devait être réintégré, aux Batignolles, qu’en 1924.
Privé de certificat de travail du fait de sa révocation, et donc dans l’impossibilité de trouver de l’embauche, Eugène Dubré réussit cependant à trouver un emploi à Paris en se faisant passer pour un petit artisan en faillite. Il quitta bientôt son patron avec cette fois en poche l’indispensable certificat qui lui permit de revenir auprès des siens à Tours et de s’y faire embaucher aux voitures Roland Pilain.
Au moment de sa réintégration aux chemins de fer, Eugène Dubré se vit placé dans l’obligation de rembourser le pécule de retraite qui lui avait été rendu lorsqu’il avait été révoqué. Heureusement le pharmacien tourangeau qui employait son fils Marc avança la somme nécessaire. Eugène Dubré put donc rejoindre son nouveau poste aux chemins de fer de l’État des Batignolles, tandis que sa famille restait à Tours et travaillait également pour rembourser l’avance faite par le pharmacien. En 1925 enfin, la femme et la fille d’Eugène Dubré purent le rejoindre à Boulogne-Billancourt, où Marc partageait depuis quelque temps déjà la vie de son père.
Eugène Dubré continua à militer au syndicat et au Parti communiste à des postes de responsabilité, avec cependant une interruption de quatre ans due à une forte sciatique. Le 13 janvier 1935 il partit en retraite. Il rentra à Château-Gontier et milita à la cellule communiste qui venait de se constituer dans cette ville (voir Théophile Guiard*).
Le 10 octobre 1937 il fut avec Théophile Guiard candidat du Parti communiste au conseil d’arrondissement dans le canton de Château-Gontier. Il obtint 367 voix contre plus de 2 700 aux deux candidats bourgeois.
Lorsque le Parti communiste fut interdit en 1939 et que la guerre éclata, Eugène Dubré ne voulut pas maintenir la cellule, estimant qu’il était trop connu et risquait d’être arrêté.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article3404, notice DUBRÉ Eugène, Georges par Jacques Omnès, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 15 janvier 2012.

Par Jacques Omnès

SOURCES : Arch. Dép. Mayenne, 3 M 2810 et 3552. — Souvenirs, renseignements et documents (notamment le mandat et le compte rendu manuscrits du congrès des 3 et 4 février 1920) fournis par M. Marc Dubré, fils d’Eugène Dubré. — Renseignements fournis par Madame Antoinette Touchet.

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