LEGAULT Léon, Félix

Par Gilles Pichavant

Né 13 Août 1809, dans le 6e arrondissement de Paris (Seine), mort le 7 ou le 8 février 1882 à Paris ; journaliste, rédacteur de journal, directeur ; communiste de l’école lyonnaise, mystique ; poursuivi à la suite de l’insurrection du 15 juin 1849 à Lyon.

Selon Ulrich de Fonvielle, Léon Legault serait né dans une famille bourgeoise aisée « fort divisée d’opinion » ; bien que son père et sa mère eussent été royalistes, il serait devenu républicain fervent grâce à une vieille parente fidèle aux principes de la Révolution. Il aurait ainsi participé à la Révolution de 1830 à Paris, où il aurait fait le coup de feu sur les barricades, puis à Bruxelles où il aurait contribué énergiquement à repousser les troupes hollandaises. Il aurait refusé à l’époque l’offre d’entrer comme rédacteur au Journal des Débats.

Au début de 1848 il était à Lyon. Par délibération du conseil municipal de Lyon en date du 27 janvier 1848, il fut nommé directeur des Théâtres de la Ville de Lyon, poste qu’il occupa quelques mois. Mais il y découvrit une situation économique proche de la faillite, et abandonna rapidement cette activité, non sans avoir assigné les actionnaires privés au tribunal et gagné son procès.

En cette période révolutionnaire, il devint rédacteur au journal républicain Le Peuple Souverain de Lyon, et participa pleinement aux événements. Il se rapprocha des fouriéristes et des communistes de l’école lyonnaise. L’année suivante il fut poursuivi dans le cadre de la répression de l’insurrection du 15 juin 1849 à Lyon, et fut jugé à partir du 26 novembre par le 2e Conseil de guerre de la 6e division avec 30 autres personnes, dont seulement 19 étaient présents. Parmi les accusés il y avait plusieurs autres employés du journal dont Joseph-Émile Faurès*, le directeur-gérant, détenu ; Auguste Morlon, rédacteur ; Jules Peyssard*, rédacteur, détenu. Léon Legault s’était constitué prisonnier le matin même, après avoir été caché au lendemain de l’affaire par des amis inconnus, puis avoir rejoint Paris.

Le Peuple Souverain ayant été interdit, Léon Legault quitta Lyon pour Paris où il devint rédacteur du Vote Universel à Paris et collabora à la Tribune où il succéda à Charles Ribeyrolles en exil. Il fut le correspondant de L’Indépendance Belge. Il devint l’ami de Raspail, père et fils, et de Gustave Lefrançais. En 1854, il contribua à un ouvrage collectif sur la Révolution de 1848 par une étude sur le thème de « l’Association à Lyon », qui fut publiée dans le tome 5.

En 1857 il publia un ouvrage « L’Insurrection de l’Inde » (in18 avec cartes) conjointement avec Wilfried de Fontvielle. En 1859, il fonda avec l’éditeur Barba une petite revue hebdomadaire : La Revue du Peuple, purement littéraire, car il n’avait pas les moyens de payer le cautionnement. Georges Duchêne y collabora. Elle était vendue 25 c. le numéro de deux feuilles in-4°. Elle publia des fragments d’œuvres posthumes du duc de Saint-Simon, le mémorialiste, ce qui valut à l’éditeur un procès avec la maison Hachette éditrice des Mémoires, qu’il perdit et qui tua la revue au 10e numéro.

Dans les années 1860, tout en étant le rédacteur en chef de L’Yonne, Léon Legault fut rédacteur au Temps. Le 27 décembre 1861 il fut condamné à 1000 Frs. d’amende pour délit de fausse nouvelle, conjointement à Neffzer, le gérant du journal. En 1866, il était secrétaire de rédaction au Temps et faisait partie du groupe du « Brascassé » de Martin-Bernard. A cette époque, il participa également à l’Almanach des corporations nouvelles (voir Panet Joseph). Il collaborait parallèlement au Phare de la Loire, journal politique quotidien de Nantes.

Le 9 juillet 1869, Le Rappel publia son nom au milieu d’une liste de 16 souscripteurs (dont Rochefort et Victor Hugo) pour les familles des blessés et des victimes de la fusillade de la Ricamarie (parfois appelée "fusillade du puits Caintin" ou "fusillade de la tranchée du Brûlé") qui eut lieu le 16 juin 1869 près de Saint-Étienne.

Quelle fut sa position vis-à vis de la Commune de Paris ? Eût-il des ennuis à sa chute ? On ne le sait pas. D’après Ulrich de Fonvielle, « après la guerre de 1870 il rédigea un journal à Nice, et un autre à Auxerre, et fonda le Réveil Social avec Louis-Blanc ». Il était à Paris au début de 1872, car plusieurs numéros de janvier 1872 du Temps annoncèrent une conférence donné par lui le 16 janvier dans la salle des conférences du boulevard des capucines à Paris, dont le titre était « Comment les peuples se relèvent », s’appuyant sur la persistance de l’influence française en Europe par la science, la littérature et les arts, malgré les désastres de 1815 ; A la fin du mois le journal annonça une nouvelle conférence donnée le 30 janvier sur le thème de « La chanson populaire ; Pierre Dupont et Béranger ».

Le 1er juin 1874, alors rédacteur en chef de L’Yonne, Léon Legault participa à un banquet républicain au cours duquel Léon Gambetta prit la parole. Mais son journal venait de subir un coup important. A la suite de la publication le 13 décembre 1873 d’un article signé de lui, et traitant de la condamnation de Bazaine, L’Yonne fut interdite de distribution et colportage par le préfet. C’est peut-être à la suite de cette affaire qu’il se retrouva à Dieppe, où il devint directeur du journal L’Impartial de Dieppe. Il offrit le poste de directeur de son imprimerie à Albert Detré, dieppois d’origine, qui avait présidé l’important Comité démocratique havrais pendant la période de la Commune de Paris, et qui était mis sur la liste noire depuis cette époque. Au début des années 1880 Malade, il laissa la direction du journal à Ulrich de Fonvielle.

Léon Legault mourut à Paris le 7 ou le 8 février 1882. Ses obsèques eurent lieu le 9 février l’église Saint-Ambroise à Paris. De nombreux journaux de l’époque comme l’Intransigeant, le Temps où il avait collaboré, ou encore Le Rappel annoncèrent sa mort dans des termes similaires. l’Intransigeant :« on annonce la mort d’un vétéran du parti républicain, qui a été autrefois l’un des collaborateurs du journal Le Temps, Monsieur Léon Legault ; il fit partie de la jeunesse libérale qui contribua au renversement de la royauté légitime de 1830, et était resté fidèle depuis lors, dans des situations diverses, fidèle aux convictions qu’il a servies jusqu’à son dernier jour : il était âgé de 72 ans ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article33703, notice LEGAULT Léon, Félix par Gilles Pichavant, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 24 mars 2019.

Par Gilles Pichavant

L’Association à Lyon, in Tome 5 des Révolution du XIXe siècle 1848, la révolution démocratique et sociale, Paris, 1854. voir Gallica.fr
l’Insurrection de l’Inde (in18 avec cartes) conjointement avec Wilfried de Fonvielle*, 1857.
Messe de minuit aux champs, Concerts populaire articles de Léon Legault publié dans L’Orphéon illustré du 6 janvier 1865

SOURCE : G. Lefrançais, Souvenirs d’un Révolutionnaire.La Gazette des Tribunaux, numéro du 30 novembre 1849. — Jurisprudence de la cour royale de Lyon, 1849, Ed. Durand et Perrin (Lyon), page 43 et suivantes. — Le Figaro, 7 janvier 1858. — Le Censeur, journal de Lyon, politique industriel et littéraire, le 4 février 1848. La Gazette des Tribunaux, 30 novembre 1849. — La Presse, 13 décembre 1849. Le Temps, 16 janvier 1872. — Le Grand dictionnaire du XIXe siècle, tome 17, p1698. — L’Impartial de Dieppe, notamment l’hommage, signé Ulrich de Fonvielle, dans le numéro du 11 février 1882, fonds ancien de Dieppe. — notes de Jean Maitron.

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