LAVERDANT Gabriel, Désiré

Né en 1810, à l’Île de France (aujourd’hui Île Maurice), mort à Paris, le Ier juillet 1884. Journaliste fouriériste converti au catholicisme.

En 1840, il dirigea La Phalange, dont il devait être l’un des principaux rédacteurs. Il collabora ensuite activement à Démocratie pacifique. Vers 1846-1847, il était un des phalanstériens qui recherchaient un rapprochement sincère avec les catholiques, même au prix de quelques sacrifices consentis à la morale de Fourier. Au début de 1848, il se convertit au catholicisme, sans abandonner l’essentiel de ses convictions fouriéristes. Il vint alors grossir le petit groupe des catholiques fouriéristes, au moment précis où Démocratie pacifique se départait un peu de l’attitude bienveillante vis-à-vis du catholicisme qui était la sienne depuis 1844.
Il approuva certains articles de L’Ère nouvelle, sans en épouser complètement les doctrines. En particulier, lorsque, de juillet à septembre 1848, Ozanam y fit paraître des articles sur les « Origines du socialisme », il écrivit à Lacordaire, directeur du journal, qu’Ozanam avait tort de ranger les fouriéristes parmi les socialistes réformistes.
En 1850, il se lia étroitement avec Arnaud (de l’Ariège). Il se présenta à lui comme « catholique phalanstérien ». En novembre 1850, il lui écrivait : « C’est dans la théorie de Fourier que se trouve la formule catholique sociale la plus précise. » Au fond, dès ce moment-là, il était certainement plus catholique que fouriériste. Très optimiste, il annonçait qu’en 1850, « la République démocratique et sociale, la République chrétienne sera fondée en France », et il confirmait que le génie de Fourier l’avait ramené à la vérité religieuse.
En 1851, il fut, avec Arnaud (de l’Ariège), un des fondateurs du Cercle de la Démocratie catholique. Cette même année, il fit paraître son principal ouvrage : Socialisme catholique. La déroute des Césars. Il y soutenait les idées qui étaient les siennes depuis 1848 : « Étant devenu chrétien et chrétien catholique, je suis resté catholique phalanstérien. » Il condamnait Louis Blanc, exaltait Saint-Simon et Fourier, adoptait une curieuse et longue devise : « Dieu et le prochain, Foi, Espérance et Charité. Paix, Vérité, Justice, Amour. Liberté, Égalité, Fraternité. Unité, Loyauté, Libre attraction, Solidarité. Association, Travail attrayant, Harmonie universelle. »
Il fut un de ceux qui sentirent le mieux l’échec du mouvement socialiste chrétien. En 1859, il écrira : « Lorsqu’un homme se présente au public sous ce double titre : socialiste et catholique, il doit prévoir ce qui l’attend des deux bords opposés : une égale méfiance va renier, réprouver, rejeter l’intrus ou le traître. »
Il collaborait parfois à L’Économiste français, créé au début de 1862 par l’ancien fouriériste Jules Duval. Il n’écrivait plus une ligne sur les questions sociales, s’il participait quelque peu à l’activité de la Société d’Économie charitable. Le 27 janvier 1862, il y présentait un rapport sur le logement des ouvriers, ce qui lui permit de faire l’éloge du système du « Palais de famille » proposé par Victor Calland, autre fouriériste catholique. En fait, sous l’Empire libéral, il ne gardait plus grand-chose de ses idées fouriéristes, voire de son catholicisme social. À la Société d’Économie charitable, il étonnait et scandalisait. Il consacrait de plus en plus ses efforts aux problèmes purement religieux. Avec L.-F. Guérin, il collaborait au Mémorial catholique. Il y combattait les gallicans et s’indignait de voir les démocrates libéraux favorables à la supériorité des Conciles, « assemblées aristocratiques », sur les Papes.
En 1864, il publia : Théocraties et diablocraties (Appel aux libres penseurs). Il y combattait toutes les « craties », y compris la démocratie, il n’y respectait que la théocratie. En 1867, devant la Société d’Économie charitable, il défendit le droit de réunion et la création de chambres de travail composées pour moitié d’ouvriers et pour moitié de patrons élus.
Au congrès des directeurs d’œuvres qui se tint à Nevers, du 4 au 8 septembre 1871, il fit une intervention applaudie, dans laquelle il condamnait la division des classes et où il semblait répudier les principes de 1789, dont il avait pourtant dit, dans L’Économiste français, qu’ils étaient l’émanation du catholicisme.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article33474, notice LAVERDANT Gabriel, Désiré , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

SOURCE : J.-B. Duroselle, Les Débuts du catholicisme social en France (1822-1870).

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