LANDRAGIN Joseph

Né le 2 octobre 1820, mort à Paris le 4 novembre 1891. Chansonnier.

Joseph Landragin
Joseph Landragin
Cliché fourni par Joseph Landragin

Fils d’un ouvrier venu travailler à Paris très vite après sa naissance, Joseph Landragin est placé chez « les frères » jusqu’à sa onzième année. Il est ensuite mis en apprentissage chez un cordonnier. Il fréquente assez vite les goguettes et commence à y rencontrer un certain succès, notamment, en 1842, avec L’Huissier et le chansonnier, puis avec Mon grenier « qui fut un triomphe et que l’on chanta pendant des années dans les ateliers et pendant les desserts des compagnons ». Membre de la Lice chansonnière il est aussi assidu aux séances des Enfants du Temple que préside Victor Rabineau. En 1845 il se fait remarquer en publiant Les Mystères de la goguette dévoilés, une longue pièce de quatre cents vers où il décrit dans le détail le rituel de ces sociétés. Influencé par Pierre Dupont il adjoint des revendications sociales à ses compositions sur le vin, les peines d’amour et les petits malheurs de la vie. Dans Peuple et poète de 1845 il revient sur les fonctions sociales de la poésie. Au lendemain de la révolution de Février, il participe aux publications des chansonniers républicains, notamment La Voix du peuple ou les républicaines de 1848 et Le Républicain lyrique. Le Père Duchêne fait l’éloge de ce journal radical, se réclame de la tradition hébertiste, et se moque pêle-mêle d’Arago, de Dupin, de Trélat, de Thiers et de Louis-Napoléon … seul Louis Blanc trouvant grâce à ses yeux. Dans la Carte d’électeur il appelle le peuple à préférer « l’urne électorale » à la violence pour « frapper les oppresseurs ». Il n’est pas inquiété au lendemain du coup d’Etat et publie sous l’Empire, grâce à une souscription faite auprès d’anciens goguettiers, Mes Chansons, un recueil de ses œuvres dans lequel il censure tous les titres écrits entre 1847 et 1850. Bachimont affirme que cet ouvrage fut imprimé en 1852, mais l’exemplaire conservé à la Bibliothèque nationale de France date de 1859. Il continue cependant à chanter les affres de la misère (Les Déshérités, 1851) mais aussi Aide-toi, le ciel t’aidera où il dénonce les conséquences néfastes de la Révolution industrielle pour certains travailleurs. Dans l’avant-propos qu’il rédige pour l’édition de 1859 il présente les fonctions de la chanson, en opposant les « landerirettes et les faridondaines » du Caveau aux « intelligences » des compositeurs des ateliers qui font vibrer les « lyres populaires ». Une chanson manuscrite de 1855 conservée par Bachimont (La Chanson de tous les jours) montre qu’il a gardé ses convictions politiques et sa croyance dans les vertus de la chanson pour faire entendre les aspirations à la liberté et à l’égalité sociale : « Chante poète, ô, chante encore,/ Les échos rediront tes chants./ Malgré la rage et le délire,/ Jamais la griffe des vautours/ Ne saurait déchirer ta lyre. ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article33258, notice LANDRAGIN Joseph, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 24 août 2017.
Joseph Landragin
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Cliché fourni par Joseph Landragin

ŒUVRE : Les Mystères de la goguette dévoilés, Paris, chez l’auteur, décembre 1845. — Mes Chansons, Paris, 1859.

SOURCES et bibliographie : AN ABXIX 720 (collection Bachimont). — Philippe Darriulat, La Muse du peuple, chansons sociales et politiques en France 1815-1871, Rennes, PUR, 2010. — Pierre-Léonce Imbert, La Goguette et les goguettiers, étude parisienne, 3e édition augmentée avec six portraits à l’eau forte par L. Bryois, Paris 1873. — Edgar Leon Newman, « The New World of the French Socialist Worker Poets : 1830-1848. » Dans Stanford French Review, Winter 1979, III, 3, p. 357-368.

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