LAIGNELOT Joseph, François

Né le 12 juin 1752 à Versailles, mort le 23 juillet 1829 à Paris. Homme de lettres. Conventionnel montagnard démocrate, proche du babouvisme.

Auteur dramatique représenté au Théâtre-Français dès 1782, il écrivit des tragédies « politiques » dès avant la Révolution. Agis et Cléomène, créée à Versailles en 1779, mettait sur la scène des héros spartiates d’une société pratiquant la communauté des biens jusqu’à un certain point. Rienzi (Théâtre de la Nation, Paris, 2 mars 1792) exaltait le tribun du peuple, Romain de la fin du Moyen Âge, digne de l’antique, mais la pièce n’eut guère de succès.
Connu comme patriote d’avant-garde, Laignelot fut ainsi élu député par le département de Paris, dans la première quinzaine de septembre 1792. Il se classa parmi les Montagnards démocrates, vota la mort du roi, attaqua les Girondins, s’opposa aux poursuites contre Marat pour lequel il déclara professer une vive estime.
Il fut juge au tribunal révolutionnaire de Rochefort dont Hentz (« Ance ») était le bourreau. Sa mission dans les ports de l’Atlantique, Rochefort et La Rochelle (septembre-décembre 1793) ne fut pas heureuse, faute de compétence, et parce que son associé Lequinio n’en avait pas davantage. Tous deux reconnurent leur insuffisance, d’ailleurs. Peut-être les destitutions auxquelles ils procédèrent dans la marine de guerre, si peu judicieuses qu’elles apparaissent, étaient-elles inévitables ? Peut-être auraient-ils pu user de la terreur avec plus de discernement, comme en usait Jeanbon Saint-André à Brest ? Mais il y avait incompatibilité d’humeur entre Jeanbon Saint-André et Laignelot, comme on le vit à Brest, où Laignelot arriva en janvier 1794, et où il séjourna plus de deux mois malgré un rappel du Comité de Salut public, patronnant un Tribunal révolutionnaire local dont Jeanbon, d’accord en cela avec ses collègues du Comité de Salut public, finit par obtenir la suppression.
Chargé de suivre les armées de l’Ouest, de mai à août 1794, Laignelot lutta avec énergie contre la Chouannerie. À Laval, qui avait été pris et perdu plusieurs fois par les chouans, lorsque les troupes républicaines l’eurent définitivement reconquis, il fit indemniser les pauvres par les riches, car, disait-il, les pauvres seuls ont été pillés par les chouans à chacune de leurs victoires ; ils avaient la liste nominative des riches dont il fallait épargner les propriétés. Cet acte à la Saint-Just ou à la Javogues ne lui fut pas reproché à son retour de mission (12 fructidor an II = 29 août 1794). Il fut même récompensé de ses succès contre la Chouannerie par une élection au Comité de Sûreté générale (15 brumaire an III = 5 novembre 1794). En cette qualité, il participa à la fermeture des Jacobins, foyer de conspiration depuis le 9 thermidor, selon lui. Il déclara inspirés par les terroristes ou les royalistes, ad libitum, les jeunes de la Jeunesse dorée qui avaient abattu le buste de Marat au théâtre Feydeau.
Mais le thermidorisme de Laignelot n’était pas réactionnaire. Le boucher dantoniste Legendre l’accusa, après les Journées de prairial an III, d’être le complice des Montagnards arrêtés, d’avoir persécuté et assassiné « les honnêtes gens » de Brest. On parla aussi des riches de Laval. Et Laignelot fut incarcéré jusqu’à l’amnistie qui mit fin à l’époque de la Convention.
Impliqué par le Directoire dans la conspiration de Babeuf, il fut de nouveau incarcéré le 10 mai 1796. Son rôle dans l’histoire du babouvisme étant quasi négligeable, il fut acquitté par la Haute Cour de Vendôme, mais aussitôt condamné à trois jours de prison pour insulte au général Lestranges qui commandait la garnison renforcée de Vendôme.
Nommé, le 2 thermidor an VII (20 juillet 1799), quand le Directoire subit l’impulsion du néo-jacobinisme du club du Manège, préposé en chef à l’octroi de Versailles, il refusa ce poste, peut-être uniquement pour ne pas s’éloigner de Paris.
Il y résidait en 1805, quand la police de Fouché fit saisir une seconde édition de sa tragédie Rienzi, « pleine d’allusions aux circonstances présentes et d’intentions odieuses ». Tenu à l’œil, il était recherché par la police, en 1808, au moment de la première affaire Malet. Peut-être appartint-il à la société secrète des Philadelphes, que les récentes découvertes des érudits sur Buonarroti font peu à peu sortir de l’ombre ?
En 1813, il fut compris dans le grand coup de filet qui ramassa quantité de républicains « exclusifs », anciens Montagnards, anciens babouvistes, etc. Le voilà en résidence surveillée à Pontoise ou près de Pontoise, à Vigny. Il protesta contre cet exil dans une lettre au ministère de la Police où il nous apprend que son fils, le capitaine Laignelot, était alors prisonnier des Russes.
N’ayant pas voté l’acte additionnel aux constitutions de l’Empire, en 1815, il ne fut pas exilé de France par la loi dite d’amnistie, en 1816. Il continua d’écrire des tragédies qu’il ne pouvait faire jouer pas plus que sous l’Empire. Son ami, l’avocat Pierre Grand, qui fit son éloge funèbre et le déclara « vertueux », fut frappé de suspension d’exercice de sa profession.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article33152, notice LAIGNELOT Joseph, François , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 26 octobre 2016.

SOURCES : A. Kuscinski, Dictionnaire des Conventionnels, Paris, 1919. — Les précisions sur l’affaire Malet de 1808 viennent des Arch. PPo., A a/313 et cartons suivants. — Etienne Charavay, "La Révolution et le cimetière du Mont-Parnasse", La Révolution française, novembre 1894, pp. 468-471.

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