LAHAUTIÈRE Richard, RICHARD de LA HAUTIÈRE Auguste, dit

Par Notice revue et complétée par J. Grandjonc

Né le 21 mai 1813 à Paris, mort le 27 juin 1882 à Paris, théoricien du socialisme et du communisme naissants.

Lauréat du concours général, licencié en droit en 1835 et avocat au barreau de Paris, Lahautière fut d’abord attiré par le socialisme de Pierre Leroux*, puis se tourna vers le néo-babouvisme. En 1839, il collabora à L’Intelligence de Laponneraye*, qui devait écrire quelques années plus tard : « L’Intelligence ne s’est jamais avouée communiste parce qu’elle ne jugeait pas qu’il fût opportun de le faire alors ; mais les idées et les principes qu’elle développait menaient droit à la Communauté. » Après la publication par Laponneraye en avril 1838 d’un Catéchisme démocratique, Lahautière publia à son tour l’année suivante avec Étienne Choron*, corédacteur du journal, un Petit Catéchisme de la réforme sociale, fondé sur « le principe égalitaire » (p. 3), dans lequel ils réclamaient la nationalisation et la centralisation étatique « des instruments et des produits. Qu’entendez-vous par instruments ? La terre et les matières premières données par la nature, et les machines créées par l’homme » (p. 9), brochure qui leur valut de comparaître devant la cour d’assises de l’Oise qui les acquitta (juin 1839). Lahautière et Choron tentèrent alors de fonder un nouveau journal, L’Égalité, qui devait paraître à partir de la fin juillet 1839, mais qui ne dépassa pas le stade du prospectus, Lahautière ayant été arrêté en relation avec les manifestations de rues organisées pour protester contre la condamnation à mort de Armand Barbès*. Relâché sans procès ni jugement, Lahautière préféra s’exiler provisoirement en Suisse, où il resta un an environ, à Genève, selon l’exilé allemand Sebastian Seiler* qui quitta lui aussi, vers cette date, la France où il séjournait depuis quelques années et fréquentait les milieux d’opposants, pour se rendre en Suisse également.
C’est donc de Suisse que Lahautière répondit en janvier 1840 à Théophile Thoré* par une brochure, Réponse philosophique à un article sur le Babouvisme, qui semble avoir été alors assez largement diffusée (il en existe plusieurs exemplaires aux Archives Nationales saisis au cours de l’année 1840 chez des communistes parisiens) et permet de considérer Lahautière comme l’un des porte-parole des groupes communistes organisés à cette date. Contrairement à ce qu’on a parfois avancé, Lahautière n’eut aucune part à la publication de L’Égalitaire de 1840 (il était encore en Suisse), fondé et rédigé par le seul Théodore Dezamy*.
Après son retour, en 1841, il publia De la loi sociale et Les Déjeuners de Pierre, cette dernière brochure annonçant la parution d’un nouvel organe, dirigé par Lahautière et Jules Leroux*, intitulé Le Communiste, Journal social et politique. En fait le journal qui parut porta le titre de La Fraternité, Journal moral et politique, le rédacteur en chef étant Lahautière seul, qui se retira en octobre de la même année pour être remplacé par un commis de librairie du nom de Pinault. Parmi les collaborateurs du journal on compte en particulier le cordonnier André-Marie Savary*. D’autre part La Fraternité est, fait rare pour l’époque, fort bien renseignée sur le mouvement communiste allemand naissant. On peut supposer ici un lien de Lahautière ou de ses collaborateurs avec les journalistes néo-babouvistes et communistes allemands Ferdinand Wolff* qui résidait à Paris depuis plusieurs années, ou Sebastian Seiler qui sera sténographe à l’Assemblée nationale en 1848, ou encore avec le médecin Hermann Ewerbeck* qui de 1841 à 1848 servira d’intermédiaire entre socialistes français et allemands. La même année 1841 paraissent d’ailleurs deux brochures de Lahautière en traduction allemande chez l’éditeur Johann August Weingart à Bienne : Kleiner Katechismus der Sozialreform et Über das gesellschaftliche Gesetz.
A son retour de Suisse, Lahautière s’était inscrit au barreau de Vendôme (Loir-et-Cher) et il rédigea à la fin de la monarchie de Juillet l’hebdomadaire vendômois Le Loir, sans nuance politique précise. Lahautière fut encore candidat aux élections de 1848 : le 23 avril il recueillit 2 202 voix en Loir-et-Cher, dont les 2/3 dans le canton de Montrichard, fief de Germain Sarrut*. Il semble ensuite se retirer de la vie politique.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article33145, notice LAHAUTIÈRE Richard, RICHARD de LA HAUTIÈRE Auguste, dit par Notice revue et complétée par J. Grandjonc , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 10 août 2017.

Par Notice revue et complétée par J. Grandjonc

SOURCES : Arch. Dép. Loir-et-Cher, série M. — L’Intelligence, 1839, Bibl. Nat. — Le Populaire, 2e année, n° 6, 11 septembre 1842, p. 4. — La Fraternité, n° 1 et 6, mai et octobre 1841. — Cabet, Ma ligne droite, Paris, 1841, p. 42. — Sebasian Seiler, Das Eigenthum in Gefahr, Bern, 1843, p. 21-22. — Notice nécrologique dans Bulletin de la Société archéologique du Vendômois, t. XXXI, 4e trimestre, 1882. — Jacques Grandjonc, Communisme/ Kommunismus/ Communism. Origine et développement international de la terminologie communautaire prémarxiste des utopistes aux néo-babouvistes, Trier, Karl Marx Haus, 1989, p. 204, 207, 208, 219, 423-428. — — Jean-Michel Paris, L’Humanitaire (1841) : Naissance d’une presse anarchiste ?, Paris, L’Harmattan, 2014, pp. 7-9, 35, 106, 123. (Collection Historiques. Série Travaux)

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