LADRÉ

Chanteur public de la Grande Révolution. Auteur du Ah ! ça ira, ça ira, ça ira. Il s’intitulait « chanteur des sans-culottes » dès l’été 1792.

Ladré fut un des plus abondants parmi les chansonniers populaires empruntant leurs timbres à des airs en vogue. Avant Ah ! ça ira... on connaît de lui des Plaintes du clergé réduit par l’Assemblée nationale de novembre 1789.
Ah ! ça ira..., sur l’air du Carillon national, contredanse nouvelle de Bécourt, date de juillet 1790, un peu avant la Fête de la Fédération du 14, au Champ de Mars. Il n’était pas question dans l’original de pendre les aristocrates à la lanterne. Et, selon les moments du drame révolutionnaire, on y accrocha successivement d’ailleurs ses adversaires puis ses partisans les plus chaleureux, dans une série de contrefaçons, qui attestent l’immense succès de Ah ! ça ira...
Il devint en 1793-1794 une sorte d’hymne officiel. Le peuple de Paris et le peuple de France en conservèrent le souvenir après la Terreur. On le chanta chaque fois qu’une victoire politique du peuple paraissait assurée. Ainsi, après le coup d’État du 18 fructidor an V, et durant les Cent-Jours, puis au XIXe siècle, lorsqu’il était interdit.
Ladré, qui était obligatoirement un opportuniste, chansonna tour à tour la défaite des « Noirs », c’est-à-dire celle des aristocrates, la Patrie en danger, la chute et l’exécution de Louis XVI, les victoires de l’automne 1792, le premier maximum, le 31 mai 1793, l’assassinat de Marat, la déchristianisation, l’effort de la métallurgie de guerre (Les forges républicaines sauveront la Patrie), l’héroïsme de Bara, la tyrannie de Robespierre, le procès de Fouquier-Tinville (sur l’air de La Carmagnole) et la défaite de la Montagne (soit après le 12 germinal an III, soit après les journées du 1er au 4 prairial). Toujours, bien entendu, dans le sens où penchait le plateau de la balance politique.
Mourut-il où cessa-t-il seulement de produire après le printemps de 1795 ? On pourrait supposer, semble-t-il, que, dépassé par le mouvement de réaction politique (dont la journée du 13 vendémiaire an IV montra qu’il n’était pas seulement dirigé contre la République populaire mais contre la République tout court, et en faveur de la monarchie), il ne voulut pas s’y associer, pas plus que la grande majorité des conventionnels thermidoriens, et qu’il disparut ensuite.
Toujours est-il que rien de l’abondante production du Directoire et du début du Consulat ne peut lui être attribué.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article33086, notice LADRÉ, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

SOURCES : Constant Pierre, Les Hymnes et Chansons de la Révolution, Paris, 1904.

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